Moyen Orient et Monde

Entre le Fateh et le Hamas, la réconciliation désormais en marche accélérée

Territoires palestiniens

Les deux factions rivales palestiniennes ont signé hier un accord au Caire.

13/10/2017

Le rapprochement entamé ces dernières semaines entre le mouvement islamiste Hamas et son rival palestinien du Fateh s'est concrétisé hier. Les deux partis ont signé au Caire un accord de réconciliation destiné à mettre fin à une décennie de déchirements dévastateurs, en se laissant deux mois pour résoudre les problèmes les plus épineux.

Encore à couteaux tirés il y a quelques semaines, ils ont fixé au 1er décembre l'échéance d'un transfert des pouvoirs dans la bande de Gaza, actuellement gouvernée sans partage par le Hamas, ont indiqué dans un communiqué les Renseignements égyptiens qui ont parrainé les négociations.

L'Autorité palestinienne, entité internationalement reconnue supposée préfigurer un État palestinien indépendant, devra à cette date assumer « toutes les responsabilités » dans la bande de Gaza, selon le communiqué.

Les deux camps se donnent jusqu'à cette date pour régler tous leurs différends, ajoute le texte. Les détails de l'accord n'ont pas été divulgués dans les déclarations faites aux journalistes au Caire. Une nouvelle réunion est prévue au Caire le 21 novembre.

 

(Lire aussi : Fateh et Hamas : une décennie de relations tendues)

 

Rapprochement spectaculaire
Dans ce qui serait une manifestation spectaculaire de ce rapprochement, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devrait se rendre prochainement à Gaza, a déclaré à l'AFP Zakaria el-Agha, chef du Fateh de M. Abbas dans la bande de Gaza. Cette visite serait la première depuis 2007.
Autre avancée de la réconciliation, 3 000 policiers de l'Autorité palestinienne vont être déployés dans la bande de Gaza et aux frontières avec Israël et l'Égypte, a dit à l'AFP sous le couvert de l'anonymat un haut responsable impliqué dans les tractations.

Les deux factions rivales se sont également mises d'accord hier pour placer le poste frontière de Rafah, donnant accès à la bande de Gaza à partir de l'Égypte, sous le contrôle d'une unité dirigée par la garde présidentielle de Mahmoud Abbas à compter du 1er novembre, sous la supervision de la mission d'assistance frontalière de l'Union européenne (Eubage).

Par ailleurs, M. Abbas devrait lever « très bientôt » les mesures financières prises en 2017 pour forcer le Hamas à la conciliation, a dit M. Agha. Le texte prévoit notamment le paiement des salaires des fonctionnaires du Hamas à hauteur de 50 %, que Ramallah avait cessé de payer ces derniers mois. Le Hamas attend la levée de l'arrêt du paiement de la facture d'électricité gazaouie à Israël. « On reviendra dessus quand le gouvernement sera en mesure d'assumer ses responsabilités », avait dit M. Abbas la semaine passée.

 

(Lire aussi : Réconciliation palestinienne : et maintenant ?)

 

 

« Contexte différent »
Le Hamas, vainqueur des législatives en 2006 mais privé de sa victoire sous les pressions internationales, avait évincé de la bande de Gaza l'Autorité palestinienne ainsi que ses forces de sécurité, au prix d'une quasi-guerre civile avec le Fateh en 2007. L'Autorité, dominée par le Fateh, n'exerce plus son pouvoir, limité, que sur la Cisjordanie. Isolé, confronté au risque d'explosion sociale mais aussi à un soutien amoindri du Qatar, le Hamas, par ailleurs soumis aux pressions du grand voisin égyptien, a fini par accepter en septembre le retour à Gaza de l'Autorité et de son gouvernement.

Le raccommodement a été matérialisé en grande pompe la semaine passée avec le premier Conseil des ministres se tenant à Gaza depuis 2014. Le Hamas et le Fateh ont engagé mardi au Caire des tractations entourées du plus grand secret sur les modalités pratiques de la réconciliation.

Alors que toutes les tentatives de réconciliation ont échoué depuis 2007, y compris celle qui avait donné lieu à un accord en 2011 au Caire, l'accord d'hier soulève des espoirs de réussite, estiment des observateurs. « Le contexte aujourd'hui est différent », souligne Leïla Seurat, chercheuse associée au CERI (Centre de recherches internationales), contactée par L'Orient-Le Jour. « La volonté du Hamas de faire des concessions politiques pousse à croire qu'une évolution de la situation est possible » sous la supervision de l'Égypte, ajoute-t-elle. Selon la spécialiste, « les accords de réconciliation étaient rejetés auparavant par une partie du leadership à Gaza, alors que le texte d'aujourd'hui a été imposé par Yahya Sinwar (chef du Hamas à Gaza) et les voix dissidentes sont contenues. »

 

« Très long terme »
L'enjeu de la réconciliation, considérable, est double. Le plus immédiat est le sort des deux millions de Gazaouis, éprouvés par trois guerres avec Israël depuis 2008, les blocus israélien et égyptien, la pauvreté, le chômage et les pénuries d'eau et d'électricité.

Des questions aussi compliquées que le contrôle de la sécurité dans la bande de Gaza et le sort des 25 000 hommes du bras armé du Hamas sont en revanche remises à plus tard. Évoquant l'éventualité que le Hamas reste en charge de la sécurité à Gaza, M. Abbas a aussi prévenu qu'il n'accepterait pas « qu'on clone l'expérience du Hezbollah au Liban ». Le Hamas a déjà signifié que la question de ses armes n'était pas négociable. Les parties doivent aussi régler le sort de dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas.

« Un consensus a été trouvé sur les sujets les moins délicats », observe Leïla Seurat. Les prochaines discussions sur les sujets plus lourds « pourraient mettre à mal l'accord », note la chercheuse, qui reste optimiste pour le moment. « C'est un processus à très long terme qui est enclenché », anticipe-t-elle.

 

 

 

Pour mémoire

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gaby sioufi

je sais n'etre pas le seul a comparer cette foto et celle ou l'on trouve nasrallah et aoun lors de la signature de leur accord de 2006.

CELLE OU : LES 2 SONT DEBOUT, Saleh el-Arouri du Hamas (à gauche) et Azzam el-Ahmad du Fateh échangent une poignée de main après la signature de l’accord de réconciliation hier au Caire. Khaled Desouki/AFP

le regard de nasrallah et celui de al arouri , ts deux TOUCHANTES DE condescendance ,ironiques , frisant le paternalisme

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