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Liban

La danse sur un volcan reprend

La situation
Fady NOUN | OLJ
16/09/2017

Certes, ce n'est pas la première fois que le Liban danse sur un volcan. Mais rarement contraste aura été si évident avec, d'un côté, un communiqué alarmiste de l'ambassade de France (voir par ailleurs) qui évoque le risque d'un attentat imminent (48 heures) et, de l'autre, deux matchs sportifs, l'un de football à la Cité sportive, opposant le Nejmeh (sunnite) au Ahed (chiite), l'autre de basket, au club de la Renaissance, avec des gradins archibondés ici et là.

Pour expliquer ce contraste, il faut se rappeler que le pays vit, sur le plan de la sécurité, un moment d'euphorie, et que l'armée et les services de sécurité annoncent presque quotidiennement le démantèlement de cellules jihadistes dormantes. Cela ne veut pas dire, évidemment, qu'il faut continuer à jouer avec le feu, et c'est bien dans ce sens que vont certaines décisions prises dernièrement. Ainsi, la décision d'annuler la fête de la Victoire prévue place des Martyrs par des ministres amateurs, avec le risque de mettre en présence deux foules exaltées, ce qui aurait pu torpiller le climat d'apaisement que la majorité des Libanais souhaite. Avec, en outre, le risque de voir certains exploiter cette occasion.
Au demeurant, la fête n'a été qu'ajournée, puisqu'une cérémonie est prévue aujourd'hui à la caserne de Rayack (Békaa) pour célébrer la victoire de l'armée à la frontière orientale, sans nécessairement occulter les faits d'armes du Hezbollah, encore que, sourdement, beaucoup redoutent que les « victoires » de ce parti cachent une inféodation idéologique en préparation ou un arrimage à une tyrannie.

 

(Lire aussi : Premier bal... L'édito de Issa GORAIEB)

 

Faire barrage au Hezbollah
Ce que certains redoutent plus ou moins consciemment, le Premier ministre et le chef des Forces libanaises, Saad Hariri et Samir Geagea, en ont pleine conscience. Faire barrage au Hezbollah et à toute « normalisation » avec le régime syrien, en l'état actuel du rapport des forces en Syrie, voilà ce qu'ils se sont dit jeudi soir à la Maison du Centre.

Le Hezbollah, d'ailleurs, ne cache plus son jeu. Maintenant qu'il pense la victoire acquise – mais quelle victoire ? –, ce parti ne veut rien de moins qu'une réactivation du traité de fraternité, de coopération et de coordination conclu en 1991 par le Liban et la Syrie, à l'heure de plus grande faiblesse institutionnelle du Liban et contre sa volonté, comme n'a cessé de l'affirmer, à l'époque, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir.
Le gouvernement résistera-t-il à une telle pression ? Et quel discours pourra tenir, à l'égard de cette polarisation aiguë, le président Michel Aoun dans les grandes capitales où il se rend ? Les prochaines semaines et mois le diront, d'autant que le régime, dissipant tous les doutes à ce sujet, semble avoir enclenché le processus conduisant aux élections législatives générales avec la formation de la commission de supervision des élections.

 

(Lire aussi : La « caravane des vaincus », un avant-goût du déclin de Daech... Le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Le grand enjeu de la place géopolitique du Liban sur l'échiquier moyen-oriental ne doit cependant pas cacher les autres enjeux plus modestes. Ainsi, l'enjeu économique et social d'une nouvelle grille des salaires dans le secteur public qui a eu pour toute première conséquence d'entraîner une augmentation irréfléchie des frais de scolarité. Il ne faut pas minimiser la crise morale que ces hausses entraînent, et les invectives de jour en jour plus marneuses qu'elles valent au clergé qui tient une partie de ces écoles. Certes, l'école privée assure, d'une certaine façon, un service public; mais cette position la met en devoir de répondre de ses actes. Le temps du paternalisme s'efface. « Si tu ne vas pas mettre de la nourriture dans l'assiette du pauvre, il viendra la prendre dans la tienne », a dit un jour l'abbé Pierre. En outre, les enseignants disposent d'une arme de dissuasion massive : la grève qui met en péril l'année scolaire, pour laquelle se saignent les foyers libanais qui rêvent d'ascension sociale. Tout cela plaide en faveur de la modération dont doivent faire preuve toutes les parties en cause, pour que soit évitée une crise sociale majeure doublée d'une crise de confiance dans les élites et le clergé.

D'autres enjeux sont également importants, comme celui de l'équipement du Liban et des réseaux d'électricité et autres services publics, comme celui de la corruption, du népotisme et des oligarchies qui se forment et pillent les ressources publiques.

Et la marginalisation n'est certainement pas qu'économique. Ainsi, la communauté druze se plaint de ne pas être traitée conformément à son rôle historique et à sa présence essentielle dans la construction du Liban. C'est au point que Talal Arslane exige la tenue d'assises druzes élargies pour en parler. Tout cela reflète une myopie politique mortelle qui risque de rejaillir sur les chrétiens, dans les décennies à venir, si leur nombre aussi continue à décroître, comme celui des druzes. Il faut espérer que les choses ne vont pas empirer avec les élections, et que l'on saura s'écarter des discours populistes et agir sur le long terme, comme d'autres le font si bien.

 

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Saliba Nouhad

Vous espérez que les choses ne vont pas empirer après les prochaines élections: en somme, on peut tomber encore plus bas que ça dans notre paysage politique et social?
On a toujours parlé de résilience du peuple Libanais surtout côté chretien, sauf que la limite de celle-ci est simple: on plie bagages et on va vers d'autres cieux plus cléments...et culturellement proches.
L'avenir des chrétiens au Liban est désastreux si rien n'est fait!

LA TABLE RONDE

On est un peu habitué non ?

Marionet

Article empreint d'une sagesse rare et d'un recul dont FN a constamment la maîtrise.Et toujours ce ton cash, loin des formules alambiquées.

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