Liban

La « caravane des vaincus », un avant-goût du déclin de Daech

Décryptage
16/09/2017

S'il est vrai que les autorités de Damas se considèrent déjà en période de préchantier de la reconstruction, les menaces sécuritaires et militaires demeurent, même si elles ont baissé d'intensité. Pour le régime syrien, l'organisation de l'État islamique est pratiquement vaincue et il ne reste plus que quelques poches sous son contrôle, comme une partie de la province de Deir ez-Zor et une autre à Raqqa qui sont en train de connaître des développements militaires importants qui présagent de la défaite finale de l'EI en Syrie.

L'arrivée à bon port de « la caravane des vaincus » de Daech vers la région d'Abou Kamal, à la frontière irako-syrienne, dans le cadre de l'accord conclu avec le Hezbollah, est venue confirmer cette impression. D'ailleurs, au-delà de la polémique interne libanaise sur cet accord, sa conclusion même a soulevé de nombreuses questions. En effet, les services de renseignements étrangers, qui suivent cette organisation depuis sa naissance officielle en juin 2014 en Irak, avaient tendance à croire que les combattants de Daech étaient féroces et déterminés, préférant la mort à la reddition. De même, tout au long de ces dernières années, l'EI s'est rendue célèbre en mettant en scène de façon atroce l'exécution des otages capturés pendant les combats. Cette organisation terroriste a ainsi été connue pour ne pas garder des otages vivants. C'est pourquoi l'échange qui a eu lieu entre elle et le Hezbollah, et qui a permis au « moujahed » Ahmad Maatouk de revenir sain et sauf dans son village au Liban-Sud, a soulevé de nombreuses questions sur un changement potentiel au sein de l'organisation. Selon un expert syrien, ce changement de comportement montre en réalité l'état d'esprit de cette organisation en Syrie.

 

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L'expert précité rappelle que l'organisation terroriste est née officiellement en Irak, et son chef, le « calife » Abou Bakr el-Baghdadi, est irakien. Par conséquent, sa légitimité en Syrie est plus faible, alors que le Front Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra), avec son chef, le Syrien Abou Mohammad el-Joulani, est bien mieux implanté en Syrie. C'est un peu la même situation en Irak qui a permis au « calife » Baghdadi de prendre le relais de la branche d'el-Qaëda là-bas, dirigée alors par le Jordanien Abou Mossaab el-Zarqaoui. La nationalité du chef a donc un important impact sur l'engagement des partisans et leur mobilisation. Chaque pays a ainsi ses spécificités en matière de terrorisme et ses figures en matière de « jihad ».

Selon l'expert précité, l'idée qui veut que les combattants de Daech soient plus encadrés idéologiquement, et donc plus déterminés que les autres combattants des différents groupes syriens, n'est pas forcément vérifiée en Syrie, notamment dans la région du Qalamoun, où la plupart de ceux qui se sont engagés sous la bannière de l'EI l'ont fait par refus d'intégrer le Front Fateh el-Cham, qui est, à la base, la branche syrienne d'el-Qaëda, et qui a donc une identité syrienne plus marquée, étant aussi implanté dans les tribus qui peuplent cette région montagneuse.

Ces combattants n'étaient donc pas aussi déterminés que ceux d'Abou Malek el-Tallé, dans le Qalamoun, ni que ceux de Daech à Deir ez-Zor et dans d'autres régions syriennes plus proches de l'Irak. Si cela ne tenait qu'à eux, ils auraient même réclamé des négociations depuis le début de la bataille du jurd, des côtés libanais et syrien, pour éviter de se battre. Mais ils avaient reçu des instructions fermes de la part du commandement à Raqqa de tenir le plus longtemps possible, et c'est finalement leur chef dans le jurd, le fameux Mouaffak el-Jarbane (originaire de Qousseir, en Syrie), surnommé Abou el-Souss (qui faisait de la contrebande de mazout entre le Liban et la Syrie), qui a réussi à convaincre ses supérieurs de la nécessité de mener des négociations en vue de la reddition. L'accord conclu, dont la dernière étape s'est achevée jeudi par l'ultime échange entre le Hezbollah et l'organisation terroriste, a définitivement terni l'image des combattants de Daech, déterminés et croyants, ne craignant pas la mort et semant la terreur. Encerclés dans des autobus poussifs au milieu du désert syrien, accrochés à la vie, même au prix de leur dignité, les combattants de l'EI avaient perdu tout ce qui pouvait encore faire illusion au sujet de leur force.

 

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Les autorités de Damas sont ainsi convaincues que Daech en Syrie, ce sera bientôt de l'histoire ancienne. Par contre, elles sont plus réservées au sujet de l'ex-Front al-Nosra, qui, lui, est formé de combattants syriens bien implantés dans le tissu social du pays. Fateh el-Cham serait donc en quelque sorte la relève et la version moderne du groupe des Frères musulmans, dans sa branche syrienne, qui a joué un rôle dans l'histoire de la Syrie au cours des dernières décennies. La lutte contre lui est donc plus longue et plus difficile, et elle peut revêtir d'autres formes. Il faut préciser à cet égard que l'ex-Front al-Nosra est ouvertement présent en Syrie, à Idleb et dans la Ghouta orientale de Damas. À Idleb, il semble qu'un accord se profile à l'horizon, sous l'égide de la Russie et avec la participation de la Turquie qui suit de près tout ce qui se passe dans cette région proche de sa frontière, pour inclure cette province dans les zones de désescalade. Une affaire à suivre...

 

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