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Économie

Navires-centrales : l’appel d’offres relancé... mais sans garanties

Électricité

Le nouveau cahier des charges soumis par le gouvernement à l'examen de la Direction des adjudications n'assurerait toujours pas le jeu de la concurrence, selon certains.

25/08/2017

Saisi depuis plusieurs semaines de la gestion du dossier des navires-centrales que l'État projette de louer pour combler une partie du déficit de production d'Électricité du Liban, le Conseil des ministres, réuni hier à Beiteddine, a adopté plusieurs mesures pour relancer l'appel d'offres devant attribuer ce marché public.

Le gouvernement avait décidé une semaine plus tôt de redémarrer cette procédure après avoir annulé celle lancée en avril par le ministère de l'Énergie et de l'Eau. « La question avait été tranchée à la demande de certains ministres et après que la Direction des adjudications (DDA), saisie en juin par le gouvernement à titre consultatif, eut jugé l'appel d'offres invalide », indique à L'Orient-Le Jour une source proche du dossier.

 

Moins de 2 milliards de dollars
Hier, le Conseil des ministres a adopté le nouveau cahier des charges qu'il avait commandé il y a une semaine au ministre de l'Énergie, César Abi Khalil. Le cahier des charges fixe les modalités d'attribution de la location de deux centrales de 400 mégawatts chacune, qui devront être déployées, respectivement trois mois et six mois après l'ouverture des plis, à Zahrani et Deir Ammar. « Ce marché est estimé à moins de deux milliards de dollars sur cinq ans, selon les chiffres qui circulent en coulisses », confie la source précitée, supposant que ce montant n'inclurait pas la facture de carburant sur cette période.

Le gouvernement a également confirmé son intention de laisser la DDA superviser la procédure. Selon le ministre des Travaux publics et des Transports, Youssef Fénianos, qui s'exprimait à l'issue de la réunion, le Premier ministre Saad Hariri s'est en effet « engagé » à transmettre le nouveau cahier des charges à cette administration « conformément à la loi sur la comptabilité publique ». Selon la source précitée, la DDA va disposer d'un délai d'environ une semaine pour passer ce document au crible avant de le transmettre au ministère de l'Énergie avec ses observations. « Ce dernier sera en droit de ne pas tenir compte de ces remarques, à condition de justifier ses choix auprès du Conseil des ministres », poursuit-elle.

Le Conseil des ministres a enfin décidé d'étendre à « trois semaines au lieu de deux » le délai accordé aux sociétés candidates pour déposer leurs offres, poursuit-on de même source, estimant néanmoins ce nouveau délai « encore trop limité » pour permettre à tous les candidats d'être prêts à temps.
« De manière générale, le nouvel appel d'offres reste, malgré les modifications exigées par le Conseil des ministres, très proche du précédent et donc encore trop favorable à la société turque Karadeniz, un des huit candidats qui s'étaient manifestés en mai », juge la source précitée. Il y a une semaine, le gouvernement avait en effet imposé l'introduction d'une clause fixant des pénalités de retard qui s'appliqueraient au vainqueur de l'appel d'offres ou encore l'obligation pour les candidats de souscrire une assurance temporaire de 50 millions de dollars, entre autres conditions.

Avant le Conseil des ministres, le ministre Fénianos avait également lancé, au sujet du nouveau cahier des charges : « Ils ont fait sortir Karadeniz par une porte pour mieux la faire rentrer par la fenêtre. »
Karadeniz est l'opérateur turc à qui l'État loue déjà deux barges depuis 2013 – le Fatmagül Sultan à Zouk et l›Orhan Bey à Jiyeh – qui produisent un total 370 MW et dont les contrats expirent mi-2018. Selon plusieurs sources concordantes, c'est à partir d'une proposition de cette société que le ministère de l'Énergie avait élaboré l'un des cinq axes de son plan d'urgence pour l'électricité. Karadeniz proposait de louer plusieurs navires-centrales pouvant déployer entre 800 et 1 000 MW moyennant plus de 4 milliards de dollars sur cinq ans, carburant compris. Lors du lancement du premier appel d'offres, plusieurs observateurs avaient dénoncé, à la lumière de ces informations, une procédure « sur mesure » en faveur de cette société. « C'était particulièrement voyant dans le premier cahier des charges, qui avait fixé des conditions que seule Karadeniz était en mesure de satisfaire », rapporte la source, citant notamment le type de carburant imposé – du mazout lourd ou du carburant diesel.
« Le cahier des charges est conçu pour les opérateurs de barges qui fonctionnent au mazout, même si le gouvernement prétend qu'il est ouvert à toutes les catégories de prestataires de solutions temporaires, comme l'a indiqué la semaine dernière le vice-président du Conseil, le ministre de la Santé Ghassan Hasbani », déplore la source. Elle s'interroge également sur la marge de manœuvre réelle de la DDA, qui devra composer avec un comité désigné par le ministère de l'Énergie, comme l'a déjà décidé le Conseil des ministres.

 

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