Liban

L’esprit de fromagisme retarde les nominations diplomatiques

Dans les coulisses de la diplomatie
13/07/2017

Rien ne laisse présager que les nominations diplomatiques auront lieu prochainement, tant les chefs des blocs parlementaires et des partis politiques se disputent les postes dans les capitales de décision, notamment les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – le facteur communautaire restant déterminant.

Les maronites cherchent ainsi à avoir leurs ambassadeurs en France, au Vatican et aux États-Unis, alors que les sunnites concentrent leurs efforts pour les postes en Égypte et en Arabie saoudite, et pour nommer deux membres aux Nations unies. Quant aux chiites, le président de la Chambre, Nabih Berry, lorgne, en plus des postes en Iran et en Grande-Bretagne, ceux des Émirats arabes unis ou du Qatar.

Ce qui complique encore plus les choses, c'est qu'aucun des leaders politiques ne laisse une liberté de manœuvre au chef de la diplomatie, Gebran Bassil, et à la commission tripartite ad hoc au sein de l'administration centrale qui l'aide à achever ces nominations dans les plus brefs délais pour combler les postes vacants, à savoir 44 ambassadeurs sur un total de 68.

Il est à noter que cette commission ad hoc est présidée par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, un poste également vacant qu'occupe actuellement par intérim le directeur des affaires politiques au ministère, Charbel Wehbé, qui passera à la retraite le 15 juillet, soit dans trois jours. Si les nominations diplomatiques ne sont pas approuvées lors du prochain Conseil des ministres, le 19 juillet, une énorme vacance sera constatée au sein de l'administration centrale du ministère des Affaires étrangères.

 

(Pour mémoire : Les nominations diplomatiques tributaires de tractations politiques...)

 

Selon plusieurs sources du palais Bustros, le chef de la diplomatie a, au lendemain de l'approbation de la nouvelle loi électorale, multiplié les contacts et les réunions tous azimuts pour aboutir à un projet de nominations sur base de la règle suivante : « Le bon ambassadeur au bon endroit. » Certains échos laissent toutefois supposer que cette base ne sera pas respectée et que les nominations sont loin de voir le jour dans un avenir proche.

Une source qui suit le dossier de près affirme que l'affaire est particulièrement compliquée, en raison des ingérences des forces politiques. Ce qui est encore plus flagrant, c'est l'incapacité à nommer un secrétaire général du ministère des AE, poste vacant depuis six mois. Certaines parties politiques s'étonnent de l'atermoiement observé pour trancher la nomination du consul général du Liban à Istanbul à ce poste, Hani Chmaïtelli, d'autant que les ambassadeurs de la communauté sunnite qui sont mieux placés que lui dans la course ne sont pas intéressés, préférant être nommés dans n'importe quelle ambassade à l'étranger. M. Chmaïtelli sera-t-il élevé au rang d'ambassadeur avant que le dossier des nominations ne soit examiné en Conseil des ministres ou une fois qu'elles auront été approuvées ?

Comment faire, du reste, puisque, selon le règlement du ministère des Affaires étrangères, le secrétaire général doit présider la commission qui met au point l'avant-projet de nominations en examinant le dossier de chaque diplomate ?

Il convient de signaler dans ce cadre que l'ambassadeur Abdel Sattar Issa, qui représentait le Liban à une conférence à Abidjan, a été convoqué par le Premier ministre Saad Hariri. L'on ne sait toujours pas cependant si c'est pour lui proposer le poste de secrétaire général au ministère des AE ou bien celui de représentant du Liban aux Nations unies, pour succéder à Nawaf Salam.

 

(Pour mémoire : Du jamais-vu dans l’histoire du Liban : 44 postes d’ambassadeur vacants)

 

De plus, Gebran Bassil s'est heurté à l'opposition de certains chefs de blocs parlementaires à sa proposition de permuter les postes habituellement réservés à des ambassadeurs d'une communauté bien déterminée dans les capitales de décision. Le cas se serait par exemple posé à Moscou, où M. Bassil aurait tenté de briser la tradition qui veut que le poste échoit à un ambassadeur druze – qu'il voulait transférer à Pékin – pour le remplacer par un ambassadeur grec-orthodoxe –, lequel était d'ordinaire nommé à Washington (en alternance avec un maronite). Le tout pour placer son propre candidat à Washington, Gaby Issa.

Mais ni le Rassemblement démocratique de Walid Joumblatt n'a donné son approbation à cette démarche ni la communauté grecque-orthodoxe ne s'est montrée enthousiaste face à l'éventualité de perdre ce poste. L'émissaire de M. Joumblatt, Waël Bou Faour, a même haussé les enchères : concéder Moscou, d'accord, mais seulement en contrepartie de Paris, ce que M. Bassil a naturellement refusé. Par ailleurs, l'ambassadeur Issa possède la nationalité américaine, et les États-Unis n'accepteront jamais sa nomination, sans compter que le règlement du palais Bustros interdit à un ambassadeur d'être nommé dans un pays dont il possède la nationalité. Un accord aurait été trouvé finalement entre Walid Joumblatt et le Premier ministre Saad Hariri pour que l'ambassadeur du Liban à Moscou reste de la communauté druze. Quant au conflit en cours sur les postes de Washington et de Paris, il ne serait toujours pas résolu.

Le chef de la diplomatie rencontrerait le même succès mitigé dans sa proposition de permutation communautaire dans les pays arabes. M. Bassil aurait réclamé le poste à l'ambassade d'Abou Dhabi pour les maronites. Au final, c'est à la communauté sunnite qu'il reviendra, Nabih Berry ayant brigué et obtenu, pour la communauté chiite, le poste d'ambassadeur au Koweït. Quant aux postes d'ambassadeur à Oman et Cuba, qui étaient attribués à des chrétiens, ils iront cette fois à la communauté chiite...

 

 

Pour mémoire

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