Le village préféré des Libanais - 2017

#2 Aqoura, l'Éden d'Ève et de sa pomme...

Le village préféré des Libanais 2017

Pour la deuxième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir... Après Anjar, voici Aqoura.

18/07/2017

C'est un petit village qui vit de pommes, d'amour et d'eau fraîche... Aqoura, village accroché à la montagne de Jbeil, semble tutoyer les étoiles et sortir tout droit d'un roman de Jules Verne. Ses vallons encaissés et ses cratères d'eau, servant à irriguer les arbres fruitiers, composent son paysage lunaire.
Une fois dépassés les panoramas de Laqlouq, l'arrivée dans les territoires aqouriotes est nimbée de mystère. La nature abondante, les points de vue époustouflants et ses multiples virages entretiennent le suspense. Avec près de 117 km2 de superficie, ce village, à quelque 68 km de Beyrouth, figure parmi les plus grands du Liban (1 % de sa superficie totale). Le dernier tournant passé, une petite bourgade aux maisons à toit de tuiles rouges apparaît, dans la vallée, à 1 400 mètres d'altitude. La rue principale la scinde en deux, tandis que les nombreuses ruelles pittoresques et les escaliers en pierre permettent au visiteur de se perdre, pour tomber parfois sur quelques merveilles. De vieilles maisons libanaises, certaines aux volets fraîchement repeints, se dressent fièrement. Mais ce sont les multiples édifices religieux jouxtant les habitations qui ponctuent la marche à travers le village.

 

 

Fief maronite
À Aqoura, il y a autant d'églises et de chapelles que de familles ! Au total, près de 50 lieux de culte... Au IVe siècle, un disciple de saint Maron, Ibrahim el-Korchy, a converti la région, alors païenne, au maronitisme. Le fleuve Adonis traversant Afqa et Roueiss (Aqoura) prendra notamment le nom de fleuve Ibrahim. La chapelle Saints-Pierre-et-Paul témoigne du passé important de Aqoura : c'est l'un des plus vieux lieux du christianisme au Liban. Les maronites ont en effet investi le site d'un ancien temple romain, creusé à même la roche, sur les hauteurs du village. La paroisse Saint-Georges est, quant à elle, construite sur un temple païen dédié à Apollon dont il reste encore quelques traces.
La via Appia, qui allait de Rome à Baalbeck, passait par Aqoura. Le sentier romain mène jusqu'à Daraj Mar Semaan qui permettait de se rendre jusqu'au village de Yammouné, de l'autre côté de la montagne, dans la Békaa. Des inscriptions datant de l'époque de l'empereur Hadrien, propres à la montagne libanaise, rappellent le décret qu'il avait instauré afin d'éviter la déforestation du Mont-Liban.
Coquet et fleuri, le village est sur le point d'être jumelé avec la commune suisse de Montreux. Le nouveau président de la municipalité, Vincent Wehbé, revenu au pays après plusieurs décennies passées en France, met toute son énergie au service de son village natal, dont il ne se lasse de raconter l'histoire. La commune, pratiquement désertée en hiver, est, l'été venu, en effervescence, avec près de 8 000 estivants. L'écotourisme est le défi majeur que s'est fixé le maire, avec un décret récemment promulgué, protégeant les deux tiers de Aqoura (réserve protégée), mais également des quotas de chasse d'oiseaux, ainsi que la plantation de 100 000 cèdres et de chênes dans les années à venir.

 

Au fond de Roueiss...
Contrairement à beaucoup de villages libanais, Aqoura est envahi pendant les vacances par une jeunesse qui se retrouve sur la place principale du village et qui ne manquerait pour rien au monde un week-end dans sa day3a. De prime abord méfiants envers les visages étrangers (comme dans un village corse !), les jeunes Aqouriotes ouvrent grands les bras dès que la glace est brisée. Ce sont d'ailleurs eux qui font vivre le village en organisant chaque année des événements divers, tels un semi-marathon en hiver, un marathon en été, des randonnées, des camps et bien d'autres activités.
La visite sportive de la grotte de Roueiss, à flanc d'une falaise vertigineuse, plonge inexorablement le visiteur dans l'aventure. Et Alaa al-Hachem et Boutros al-Hachem, de l'équipe Explorers qui gère le site, savent mieux que quiconque lui faire passer une heure ou deux mémorables, entre fou rire et sérieux. Dans les dédales de la grotte, il s'agit d'apprécier le silence et de contempler la puissance créatrice de l'eau – juste la beauté de cette architecture naturelle. Tout autour, les peupliers et la fraîcheur des chutes d'eau tranchent avec la nature des sommets, envahis par les chardons et les herbes folles.
Après le spirituel et le culturel, place au temporel et à ses plaisirs ! Rien de mieux que d'aller manger une bonne truite grillée autour d'un verre d'arak ou de cidre au bord de la rivière qui serpente la vallée de Aqoura, qui veut dire « source froide » en syriaque. Quant au jardin coloré de la maison d'hôtes de Guitta Germanos et son fils Philippe, elle est faite pour le farniente. Le soir, de grandes tablées de visiteurs s'y forment autour d'un arak ou d'une eau de vie faits maisons et de délicieux petits plats.

 

« Teffehit Aqoura... »
« Dans notre village, on construit nos maisons à côté de nos pommeraies », plaisante Nidal al-Hachem Rustom, présidente du festival de la pomme de Aqoura, qui aura lieu les 28 et 29 juillet. Véritable emblème, la pomme rythme les histoires du village, dont la plupart des habitants possèdent plusieurs hectares de vergers. La production se chiffre ainsi en centaines de tonnes. Ce secteur agricole a traversé une crise importante l'an dernier, les producteurs dénonçant l'absence de marchés internationaux pour l'écoulement de leur récolte ainsi que le manque d'action politique sur ce dossier. Ne dit-on pas pourtant que Teffehit Aqoura btiswa fwekit Lebnen (une pomme de Aqoura vaut tous les fruits du Liban) ?
« On ne parle que de pommes, on se fâche pour les pommes, on rigole ensemble lors de la cueillette des pommes (de la mi-septembre à la mi-octobre), et certains appellent même leur fille Golden, Tefeha ou Gala », poursuit Mme Rustom. Alors, pomme de la discorde ou pomme d'amour ? À quelques kilomètres du village, se fabrique un breuvage apte à réconcilier tout le monde : le cidre ! 12 000 bouteilles de jus de pomme fermenté et de vin sont ainsi produites chaque année au château Wadih, dans le petit hameau de Mgheiri.
À Aqoura, vous trouverez tous les ingrédients pour un week-end loin de l'agitation de la ville, quelles que soient vos inclinations : tourisme religieux, sportif ou satisfaction des papilles !

 

Demain : Beit Chabeb.

 

 

 

Comment y accéder ?


Il faut compter deux bonnes heures en partant de Beyrouth. Au niveau de Nahr el-Kalb, vous avez le choix entre deux routes pour arriver à Aqoura : bifurquer à Zouk, suivre Ajaltoun puis Afqa ; ou sinon prendre la route de Saint-Charbel jusqu'à Laqlouq, puis Aqoura.

 

À ne pas rater

*Festival de la pomme les 28 et 29 juillet.
*Visite de la grotte de Roueiss
*Découverte des églises – celle de Saydet el-Hebess offre une vue spectaculaire.
*Activités sportives : randonnée, escalade, vélo...
*La pomme sous toutes ses formes : cueillez-la, croquez-la, buvez-la ou cuisinez-la !
*Nuit en maison d'hôte ou à la belle étoile.

 

Fiche technique

*8 000 habitants l'été.
*Président de la municipalité : Dr Vincent Wehbé.
*Célébrités issues du village : Liliane Germanos Ghazaly, première femme psychanalyste au Liban.
*Maisons d'hôte et restaurants : Guita Bed and Bloom (03/943420) ou Aqoura Guest House (03/183540).
*Vous pourrez goûter aux truites dans le petit restaurant Roueiss, au bord de l'eau.
*Altitude : 1 400 m, jusqu'à plus de 2 000 m.
*Météo : temps froid en hiver et très agréable en été, notamment grâce à la rivière de Roueiss.

 

La spécialité culinaire rapportée par Kamal Mouzawak (Souk el-Tayeb)


« C'est tante Bouchra el-Hachem qui a fait ces maakroun », précise fièrement Alaa el-Hachem, en montrant ces pâtisseries qui ne sont pas des macarons parisiens, ni des maakroun sucrés typiques de la Sainte-Barbe et des fêtes foraines.
Ces maakroun ressemblent à ceux de la Berbara, mais sont salés ! « C'est un plat typique des villages de haute montagne du Mont-Liban, raconte Alaa el-Hachem. Il y avait peu de choix en hiver dans ces montagnes, donc on faisait avec ce qu'on avait. Des maakroun cuisinés avec de la farine de blé en réserve, et assaisonnés de laban et d'ail, d'awarma dans les jours les plus froids, de charab el-hosrom (verjus)... Des maakroun cuisinés avec ce que l'on avait à disposition sous la main... »

 

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