Le village préféré des Libanais - 2017

#1 Anjar, pour rêver de paix et d’Omeyyades…

Pour la deuxième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Chacun d'eux fait l'objet d'un reportage écrit et d'une vidéo pour vous aider à choisir. Anjar ouvre le bal, qui s'étalera sur dix jours, au terme desquels le vote sera ouvert sur notre site.

17/07/2017

C'est sous les chants des oiseaux, audibles dans tous les recoins du village, qu'amoureux de la nature et passionnés d'histoire seront accueillis à Anjar, qui signifie en arabe la source au fort courant d'eau. Ce véritable havre de paix, au cœur de la Békaa, a pu être reconstitué par les familles arméniennes de Moussa Dagh (Jabal Moussa, aujourd'hui en Turquie et anciennement en Syrie), ayant fui en 1939 les exactions de l'occupation turque. Anjar a d'ailleurs été aménagée fidèlement aux six villages de leur localité d'origine – Haji Habibli, Kebusiyeh, Vakif, Kheder Bek, Yoghunoluk et Bitias.

Cultiver la terre pour survivre
« Afin de protéger la population arménienne, le gouvernement français avait acheté les terrains au Liban, avant de distribuer des petites parcelles de terre de manière égale entre tous les habitants, indépendamment de leur statut social », raconte le président de la municipalité de Anjar, Vartkes Khoshian. Pour assurer la survie des familles, les Français avaient également mis en place en 1945 un système d'irrigation ingénieux, qui relie les deux sources du village – Nabeh Anjar et Nabeh Chamsine – aux 1 200 hectares de terres cultivables. Conservés jusqu'à aujourd'hui et récemment restaurés grâce à l'aide de la Société pour la protection de la nature au Liban (SPNL), les canaux d'irrigation fascinent les visiteurs de Anjar, qui peuvent les découvrir en choisissant un parcours de randonnée qui leur est dédié.

Et il semblerait que ces canaux d'irrigation ont fait des miracles ! « Vous voyez tous ces champs verts ? Il n'en était rien lorsque nos familles se sont installées ici. Anjar était un terrain désertique », assure Berge Tumberian, un passionné de la nature qui a décidé dès son plus jeune âge de consacrer sa vie à la protection du patrimoine naturel de son village. Désormais, pêches, poires, pommes, fraises, noix et pistaches sont cultivées à Anjar et régaleront les papilles des visiteurs, tout au long de leurs promenades dans la Hima (la réserve), la zone verte protégée du village.

 

 


Anjar au présent
Anjar vit encore à ce jour de l'agriculture et du tourisme, mais compte aussi beaucoup sur l'apport financier de sa diaspora, qui revient chaque été au village. « En hiver, nous sommes 2 300 habitants permanents, mais notre nombre dépasse les 6 200 personnes en été », renseigne Vartkes Khoshian. La plupart des familles ont émigré en Europe et en Amérique du Nord. Elles conservent cependant leurs maisons. Celles qui ont souhaité les vendre l'ont fait exclusivement à des habitants de Anjar. Les Anjariotes, à 75 % orthodoxes, 15 % catholiques et 10 % protestants, ne souhaitent pas voir « des étrangers » s'installer dans leur village, nous dit-on. « Nous souhaitons que Anjar demeure peuplé par les descendants des survivants de Jabal Moussa. Nous sommes une communauté particulière, mais extrêmement solidaire. Même les Arméniens de Beyrouth ne peuvent pas comprendre notre langue », explique un policier municipal.
Autre fait notoire, le village n'a jamais organisé d'élections municipales, mais procède à une désignation par consensus du conseil municipal et de son président. Vartkes Khoshian est d'ailleurs fier de rappeler que le village dispose de l'électricité 24h/24, et qu'il compte organiser en septembre prochain son tout premier festival. Autant de réussites pour une drôle de municipalité ! Mais pour Anjar Village, le grand défi aujourd'hui est de convaincre des jeunes comme Berge Tumberian de ne pas aller s'installer dans la capitale, à la quête d'un avenir professionnel plus radieux.

Nature, histoire et gourmandises
Lorsqu'il ne participe pas à des projets de plantation d'arbres – 85 000 au total, de 2011 à maintenant –, Berge Tumberian accueille avec ses amis Hrair Kurdian et Khajag Stambulian des groupes d'enfants, mais aussi des adultes, dans la Hima, idéalement au printemps. « Nous vivons les quatre saisons à Anjar. Il neige en hiver et il fait très chaud en été, mais au printemps tout est vert ! » plaisante Vartkes Khoshian. Randonnée, vélo, escalade et canoë sont au programme. Une séance de cueillette de fraises bio est également prévue. En fonction de la demande, les jeunes guides animent des ateliers éducatifs sur la faune et la flore de la région, organisent des campings et apprennent aux visiteurs à planter un arbre. Les plus gourmands doivent avertir Berge Tumberian de leur arrivée 48 heures à l'avance. Il demandera aux grands-mères du village de préparer les mets traditionnels de Anjar : taptup (boulettes de viande et pois chiches), jajukh (salade de concombres au yaourt), blghourapour (une soupe au bourghoul et au jus de raisin), basterma (bœuf cru et épicé, séché à l'air) et burma (roulés aux noix) pour le dessert.

Anjar héberge également une dizaine de restaurants, dont le plus connu est incontestablement Chams et ses fameuses patates ballons. Tous sont spécialisés dans la cuisine libanaise classique et servent très peu de plats arméniens. Le village ne dispose cependant que de deux hôtels, Layali Chams et Chalalate. Car si Anjar est à seulement 60 kilomètres de Beyrouth, il faudra prévoir aussi du temps pour visiter les emblématiques ruines, ou Qalaat Anjar.

Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, l'unique site archéologique omeyyade du Liban offrira aux rêveurs un petit voyage au VIIIe siècle, dans les allées du palais de Walid Ier. Découverte en 1948, sous les domiciles des premières familles arméniennes, la cité de Anjar s'est révélée être un carrefour des échanges commerciaux, à la croisée des routes reliant Beyrouth à Damas et de celles reliant Homs à la Palestine. La cité est divisée en quatre parties égales, à l'architecture inspirée de l'ère romaine. Jean Banboukian, ainsi que d'autres guides accrédités, pourront faire découvrir au visiteur la chambre du calife, les hammams ou encore les échoppes. Les plus chanceux pourront apercevoir un serin syriaque, une espèce menacée, perché sur un des arbres entourant le site.

 



Comment y accéder ?

À partir de Hazmieh-Baabda, prendre l'autoroute de Damas, dans la direction de Saoufar, puis de Taanayel. 60 kilomètres plus tard, un panneau Welcome to Anjar, à votre gauche, vous indiquera l'entrée du village.


À ne pas rater

*Visite du site archéologique omeyyade de Anjar. Jean Banboukian : 70/980669.
*Randonnée, vélo et escalade pour adultes et enfants dans la Hima de Anjar. Berge Tumberian : 76/439344.
*Visite des trois églises (orthodoxe, catholique et protestante) du village.
*Repas dans le très célèbre restaurant Chams. Réservations recommandées : 08/620567.
Fiche technique
*Nombre d'habitants : 2 300 en hiver, 6 200 personnes en été.
*Président du conseil municipal : Vartkes Khoshian.
*Possibilité de séjourner dans un des deux hôtels de Anjar : Layali Shams (76/622600) ou Chalalate (N.C.).
*Restaurants : Chams, Chalalate, Nabeh Anjar, Aïn Anjar, Jazira, Mountajaâ al-Sharq, Razmik.
*Altitude : 900-950 mètres.
*Météo : il fait très froid l'hiver, très chaud l'été. Climat tempéré le reste de l'année.

 

La spécialité culinaire rapportée par Kamal Mouzawak (Souk el-Tayeb)

Le plat qui pourrait illustrer à la perfection la diversité libanaise est la kebbé. On la conjugue pure et dure au Nord, ou parfumée et relevée de toutes les senteurs du jardin au Sud. Et bien évidemment, elle a sa version arménienne à Anjar... Car les Arméniens de Anjar sauvegardent leur identité grâce aussi à la cuisine, bien différente de celle des Arméniens de Beyrouth. La kebbé made in Anjar est très proche de la kebbé sajiyé – un disque presque plat, bombé en son milieu, bien arrosé de gras et de beurre, cuit au four ou au charbon de bois et farci de viande hachée, de rebb el-harr (purée de piment), rebb el-banadoura (purée de tomate) et d'oignon haché. On rajoute la dose de piment avec une mhamara à côté (purée de noix concassée, avec de la purée de piment et de la chapelure).

 

Et relisez, ici, les articles de la première édition du village préféré des Libanais

 

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