Timi Hayek

Génération Orient II : #8 Timi Hayek, créatrice de mode, 28 ans

24/06/2017

Ne pas se fier à ce regard rêveur, cette petite voix timide, ce sourire aux anges qui passent et qu'elle semble seule à voir. Sous ses airs de fée Clochette, Timi Hayek a les deux pieds solidement ancrés sur terre. Cette jeune créatrice de mode est une bûcheuse qui ne cesse d'aligner son univers onirique avec la réalité du marché.

Depuis son BA en design textile vestimentaire à Central Saint Martins, en 2012, Timi Hayek n'a pas chômé un seul jour. Déjà en 2011, elle faisait ses armes à Paris chez Louis Vuitton, sous la direction artistique de Marc Jacobs, et dans les ateliers de Jean-Charles de Castelbajac. D'autres stages ont suivi, à Londres, chez Alexander McQueen et Mary Katrantzou, tandis qu'elle préparait son projet de diplôme. L'année précédente, en 2010, elle se distinguait en remportant le prix Liberty Art Fabrics, et le tissu qu'elle avait dessiné avait été produit et vendu chez Liberty & Co. Au bout de ce parcours, de retour au Liban, elle avait été remarquée par Tala Hajjar, la cofondatrice de l'incubateur Starch, qui l'avait préparée à créer son propre label, ce qu'elle fit en 2014. Jusqu'en 2016, toujours sous l'aile de Starch, elle présente trois collections à Dubaï dans le cadre de l'événement Fashion Forward. En 2016, elle expose avec Starch une collection capsule lors de l'International Fashion Showcase présenté en marge de la Semaine de la mode londonienne. Elle y est sélectionnée pour le prix de Best designer. Avant cela, en 2015, elle avait déjà ouvert un élégant espace de vente et aménagé un studio dans un ancien immeuble de la rue Monnot, à Achrafieh. L'immeuble a appartenu à son arrière-grand-mère, une femme d'affaires avisée qui a fait fortune en Afrique et qui a quitté ce monde sans oublier de laisser à Timi le gène du perfectionnisme et de la persévérance.

Sharon Tate

Dans la boutique minimaliste, toute blanche et soulignée de bois brut qui s'ouvre derrière l'enseigne Timi Hayek, s'aligne une collection dominée par les pastels et les tissus métallisés. Ici, la texture est reine, plissée, nouée, effilochée, sensuelle, tactile. Les coupes fluides, légères, déstructurées, impriment de la grâce au mouvement. Sous l'objectif de Cynthia Merhej, sa meilleure amie, Timi est souvent son propre mannequin. Qui mieux qu'elle saurait mettre en scène et en valeur la magie secrète de ses vêtements ?

Porter une création de Timi Hayek, c'est habiter un personnage et évoluer dans une histoire dont elle seule connaît les fils secrets. Mis à part sa collection de carrés de soie blancs ou écrus ornés d'une illustration à l'encre noire inspirée des Ballets russes et portant sa signature, on trouvera étrangement peu de graphismes chez cette artiste textile. Comme si elle avait décidé, à ce tournant précis de sa carrière, de laisser le tissu s'exprimer en silence, sans ajouter de bavardage au récit du vêtement.

Pourtant, il suffit de visiter son site web timihayek.com pour découvrir, à travers ses débuts d'illustratrice et ses projets de diplôme, un aspect fascinant de la fée Clochette. Ici, des photos d'archives des multiples guerres du Liban sont traitées à la manière d'un moodboard avec force échantillons d'éléments d'uniformes militaires et dessins de femmes éthérées par-dessus les décombres. Là, une robe entièrement réalisée avec des lunettes de soleil et chutes de rubans de films. Là encore, une étude sur Sharon Tate, l'actrice américaine assassinée par la bande de Charles Manson et qui fut la première épouse de Roman Polanski.

L'inspiration de cette série sans aucun pathos parle de marine et d'op art. Pourquoi la marine ? Parce que la victime a été retrouvée attachée à son amie au moyen d'un cordage de bateau ! Ailleurs encore, on trouvera une magnifique veste en plusieurs couches qui, sous le thème Beautiful decay, illustre la décomposition d'un corps et le festin qu'offre la mort à d'autres vies opportunistes. Cet elfe, on l'aura compris, regarde la vie dans les yeux et sème sa poussière d'étoile là où on l'attend le moins.

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