Liban

Un rassemblement contre « l’ablation du poumon vert » de Beyrouth

Bois des pins

À Horch Beyrouth, l'association Nahnoo a organisé samedi dernier une manifestation pour contester les empiétements en cours sur le seul grand parc public de la capitale.

05/06/2017

À 15 heures, ce samedi, l'atmosphère est lourde devant l'entrée du Bois des pins, entre les grilles fermées et les panneaux d'interdiction d'entrer. Quelques dizaines de citoyens rassemblés pour l'occasion affichent un visage désabusé devant le seul grand espace vert de Beyrouth, dorénavant fermé au public pour cause de traitement des arbres. Un à un, les habitants du quartier et autres résidents de la région se retrouvent dans ce petit espace cimenté entre les grilles et le trottoir pour afficher leur mécontentement. Le Bois des pins, longtemps fermé au grand public, avait rouvert totalement ses portes en 2016, grâce à Nahnoo, une ONG écologique. Depuis, de nombreux habitants avaient adopté ce terrain comme leur « poumon vert ».

C'est le cas de Sarah, une jeune femme passionnée de fitness et résidente à Badaro. Seule ou en groupe, elle venait courir chaque semaine dans cet espace. « Le paysage est magnifique, c'est vraiment un point fort », lance-t-elle. Maintenant, elle dit n'avoir plus d'autre choix que de courir sur la corniche de Beyrouth, « un endroit trop bétonné », ou à Sanayeh, un parc qu'elle juge « trop petit pour s'entraîner correctement ». La plupart des manifestants habitent près du parc, comme Sélim, père de famille qui réside à cinq minutes d'ici. « J'avais pris l'habitude d'emmener mes enfants et leurs amis de Tripoli. Nous avons organisé des pique-niques ou des anniversaires dans le parc », confie-t-il, précisant que dorénavant il sera obligé d'attendre le week-end pour organiser des activités en montagne.

Nahnoo s'est mobilisée samedi dernier avec une quinzaine d'autres collectifs de la société civile pour contester les quatre décisions principales de la municipalité de Beyrouth à propos du lot 1925, un terrain sur lequel se trouve l'espace vert du Bois des pins. Le Parti communiste libanais (PCL), l'Union des jeunes démocrates, Badna Nhasseb et Beyrouth Madinati ont participé, entre autres, à la manifestation.
Nahnoo dénonce notamment la construction d'un hôpital de campagne sur un ancien parking dans le bois, la construction projetée d'un stade en plein parc déjà existant et la régularisation de bâtiments qui avaient été construits illégalement durant la guerre. Selon Cynthia Bou Aoun, membre de Nahnoo, il faut que la municipalité arrête de « jouer sur les mots » et fasse preuve de davantage de transparence.

Manque d'information sur les pesticides

Si le parc est maintenant fermé au public, c'est pour des raisons sanitaires. Les pins du parc ont été touchés par le buprestidae, un insecte qui ronge les arbres de l'intérieur jusqu'à les dessécher. Pour sauver un maximum de plantations, la municipalité a commencé le traitement avec des insecticides. Cynthia Bou Aoun explique que ce n'est pas tant la fermeture du parc qui est révoltante, mais le manque de transparence quant à la date de réouverture. Selon la commune, le parc ne devrait pas rouvrir au public avant la fin du mois de juin (lire L'OLJ du 18 mars), et le reboisement ne pourra pas être réalisé tout de suite. « Nous avons peur que le traitement ne serve de prétexte à une fermeture du parc sur le long terme », lance Cynthia Bou Aoun. Elle dénonce aussi un manque d'information sur les produits utilisés. « Les habitants, s'ils ne sont pas au courant, peuvent être exposés à des principes actifs dangereux », accuse-t-elle.

Les voisins du parc partagent la méfiance des écologistes : l'accès au parc leur a été interdit durant de nombreuses années, ce qui a nourri leurs craintes concernant d'éventuelles atteintes à leur espace public. Sélim a appris la fermeture du parc pour causes sanitaires en pleine promenade. « J'ai vu que des personnes coupaient les arbres dans l'enceinte du bois, alors j'ai appelé la police. Ils m'ont expliqué que ces ouvriers avaient la licence nécessaire pour le faire en toute légalité », confie-t-il, déçu.

« Rien n'est temporaire »

L'association dénonce principalement les constructions prévues dans le périmètre du poumon vert de la capitale. En premier lieu, la construction d'un hôpital de campagne « temporaire », une installation que l'association qualifie d'« illégale ». Même si la municipalité a approuvé la construction du bâtiment, sans l'accord du ministère de la Santé publique, le projet ne devrait pas avoir lieu, selon Cynthia Bou Aoun. Et pourtant, malgré la circulaire émise par Ghassan Hasbani précisant qu'il n'a pas donné de permis, les travaux se sont poursuivis. Fin mai, Nahnoo a d'ailleurs décidé de présenter un recours devant le Conseil d'État contre la construction de l'hôpital. « La municipalité assure que l'hôpital est temporaire, mais au Liban, rien n'est temporaire », déclare Cynthia Bou Aoun.
De plus, Nahnoo précise que le « cadeau » de l'Égypte (fait en 2006) est « en nature » et non pas en espèces, c'est-à-dire que ce pays fournit le matériel et le personnel, mais la construction reste à la charge de la municipalité, donc indirectement payée par les habitants. D'ailleurs, a-t-on vraiment besoin de cet hôpital de campagne à Beyrouth ? Les manifestants pensent qu'il n'y a nul besoin d'un hôpital supplémentaire puisque celui de Barbir est sous-utilisé et que Beyrouth ne manque pas d'hôpitaux.

Manque de transparence

Si la construction de l'hôpital s'est concrétisée malgré tout, le projet d'un stade de sport en plein bois reste encore plus flou. Le conseil municipal souhaite déplacer l'actuel stade municipal dans l'enceinte du terrain 1925. Pour l'instant, aucun travail n'a commencé dans ce sens, mais Nahnoo craint qu'une récente décision du Conseil des ministres de changer le zoning d'une partie du lot 1925 n'ouvre la voie à ce projet.
« Horch Beyrouth est un échantillon de ce qui se passe au niveau national. Qu'en sera-t-il des autres affaires qui secouent le pays ? » s'interroge Cynthia Bou Aoun. Des questionnements partagés par les manifestants et aussi par deux militantes de Beyrouth Madinati. L'une d'elles, accompagnée de son chien, dénonce plus généralement une « politique d'étouffement ». « On essaie de bloquer les initiatives d'espaces publics. Ça va plus loin que les seules questions écologiques », dénonce-t-elle.
Après deux heures de manifestation pacifique, les manifestants ont quitté les lieux progressivement, avec un sentiment d'injustice mais avec l'espoir de « faire entendre leurs voix ».

 

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BEYROUTH EST DEJA SANS POUMONS... UNE VEINE N,EST PAS UN POUMON... MAIS DEFENDEZ LES POUMONS DU LIBAN QUI SE RETRECISSENT DE JOUR EN JOUR... DEFENDEZ SES FORETS... DEFENDEZ SON LITTORAL ET SON CIEL... DEFENDEZ SON HERITAGE HISTORIQUE... DEFENDEZ SON AVENIR ET SON DEVENIR...
VOILA CE QUE VEUT DIRE DEFENDRE !

N. Noon

Bravo et merci de vouloir sauvegarder ce bien si précieux et si important qu’est l’environnement sain des arbres.

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