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Culture - Rencontre

Rana Salem va où la route la mène

Pour son premier long-métrage présenté au Metropolis Empire Sofil, la jeune réalisatrice questionne le spectateur et la notion de temps.

Rana Salem, actrice, réalisatrice et productrice de « The Road ».

Prix de la critique (Fipresci) au Festival international de Moscou en 2015, The Road a voyagé dans différents pays et dialogué (en silence) avec différentes cultures. La réalisatrice libanaise Rana Salem avoue que c'est une œuvre née de la collaboration de plusieurs personnes (Chrystel Salem, Diala Kashmar et l'équipe d'ArTrip) : « Toute l'équipe du tournage y est productrice, c'était une expérience unique. Je n'ai pas réalisé ce film en pensant à ce qu'il rapporterait comme bénéfices ni en pensant qu'il atteindrait une certaine audience. Je l'ai réalisé parce que je ne voulais pas qu'il dorme dans un tiroir et qu'il ne voie pas le jour. » Et d'ajouter : « Si ce film accède à l'écoute d'une seule personne, cela m'est amplement suffisant.

The Road n'est pas un film que je pouvais pitcher a priori, car il repose sur les images et non sur le récit. J'ai dû le pitcher au montage. » Dans cette route qui se termine nécessairement, sans que l'on sache où elle commence et où elle aboutit, deux êtres font face au passé, au présent et au futur, à la métamorphose de leurs caractères ainsi qu'aux étapes de transition dans leurs vies. Ils font face au temps et cela donne à voir une histoire universelle. Rana Salem en parle à L'Orient-Le Jour.

 

Vous avez écrit et réalisé ce film que vous interprétez avec votre compagnon. Est-il biographique ?
Non, ce film est à la fois une fiction et un documentaire. Le thème est traité à la manière d'un documentaire, puisqu'il suit le parcours initiatique d'un couple, dans son quotidien, son intimité, sa solitude. Et cela est propre à tous les hommes et à toutes les femmes. Chaque être vit seul, même s'il est en couple et qu'il partage des moments avec l'autre. En fait, chacun accompagne l'autre et l'aide, dans les moments difficiles comme dans les moments de joie.

 

Le film est truffé de métaphores. Comment avez-vous réussi à représenter la solitude ?
On voit souvent Guy et Rana, les personnages du film, faire les mêmes mouvements, mais en parallèle. C'est ce qui traduit un peu le cloisonnement. Un couple peut très bien s'entendre, mais respecter la solitude de l'autre. Certains éléments, comme les cheveux et la barbe, sont aussi symbole de deuil et de changement. D'ailleurs, tout en étant un sujet très simple, accessible à tous et pas du tout adressé aux intellectuels comme on le pense – puisque même au Sri Lanka et en Inde, où il a été projeté, il a été compris –, le film traite de la vie, dans sa simplicité et sa complexité. La première métaphore est celle de la route qu'on emprunte un jour sans savoir où elle mène. L'homme est le seul être qui sait qu'il va mourir un jour. Il porte en lui la notion de vie et de mort.

 

Pourquoi un film quasi silencieux, sans beaucoup de dialogues ?
Ce n'était pas une décision réfléchie, mais le film s'est imposé ainsi au thème que je traitais. Ainsi, la caméra se rapproche des personnages, comme si elle ne voulait pas rester sur le seuil de leurs pensées, mais pénétrer leur plus profond intime. Par ailleurs, aujourd'hui, on est tellement envahi par le bruit qu'il était nécessaire d'avoir ce petit espace de silence pour voir le film avec tous les sens.

 

Un film à voir avec les sens, mais aussi dans tous les sens, puisqu'il n'est pas une suite chronologique de faits.
J'ai essayé en effet de déstructurer le temps et de mélanger le passé, le présent et le futur. D'ailleurs, le temps est une notion non palpable. C'est l'homme qui a décidé de définir le temps selon les aiguilles d'une montre. On voit souvent dans The Road des images de l'avenir, ou même du passé. Sont-elles réelles ? Ou existent-elles dans l'esprit des personnages ? Le cinéma est le seul outil artistique qui puisse jouer avec le temps, le manipuler et le recomposer à sa manière.

 

N'avez-vous pas eu peur de la lenteur de la trame ?
Comme je me joue du temps, la lenteur est aussi un concept très personnel. Le film qui a le plus bouleversé ma vie est Persona d'Ingmar Bergman. Je n'ai pas senti le temps passer. Or, la dernière fois que j'ai vu un James Bond, supposé être un film d'action, beaucoup de spectateurs s'ennuyaient dans la salle. La lenteur est aussi un concept très subjectif. Le cinéma est une question d'être parfois seul, mais aussi avec d'autres spectateurs, dans un cadre qui s'appelle grand écran, et de ne pas être ailleurs. Or, les gens se sont trop habitués à être dans mille lieux à la fois. Un film existe pour les aider à ne pas se mettre hors champ, mais à rester concentrés et à se laisser emporter.

 

Au Metropolis Empire Sofil jusqu'au 7 juin.

 

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commentaires (1)

Ben ???quand la route de mène à rien et conduit à tout...il faut faire du cinéma...! :-)

M.V.

15 h 42, le 01 juin 2017

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Commentaires (1)

  • Ben ???quand la route de mène à rien et conduit à tout...il faut faire du cinéma...! :-)

    M.V.

    15 h 42, le 01 juin 2017

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