Cinéma

« Ya Omri », ou quand les 104 rides parlent...

Rencontre

Avec sa petite famille de cinéma, Hady Zaccak, auteur et réalisateur-producteur (Zac Films), reproduit sa famille biologique. Un documentaire où l'émotion prime et où le rire se mêle aux larmes.

30/03/2017

Le nouveau documentaire de Hady Zaccak, déjà en salle, raconte, à travers le portrait d'une grand-mère chérie, des tranches de l'histoire du Liban. Le cinéaste libanais n'en est pas à son premier documentaire. Une voiture (Mercedes), un leader politique (Kamal Joumblatt) et maintenant un parent : voilà autant de moyens pour redessiner la carte sociale ou politique de son pays.

Mais pourquoi ce focus sur le documentaire et pourquoi n'avoir jamais franchi le pas vers un film de fiction ? « J'ai trouvé très tôt dans le documentaire un champ d'expérimentation très intéressant, confie-t-il. C'est un moyen cinématographique pour lutter contre l'amnésie, archiver et raconter la grande histoire à travers la petite. » « De plus, poursuit Zaccak, le film documentaire ressemble dans sa structure au monde arabe. Il est comme un miroir qui reflète son évolution, ses malaises et ses appréhensions. » Le réalisateur, aujourd'hui dans la quarantaine, a commencé à témoigner en 1990 de la disparition du vieux Beyrouth. Appartenant à une génération qui a vécu la guerre, il tente par l'intermédiaire de la caméra de récupérer ces morceaux brisés d'un puzzle de vie.

 

 

(Pour mémoire : La « Marcedes » de Hady Zaccak est une icône libanaise)

 

 

Le miroir de nos sociétés
Dans Ya Omri ou 104 Wrinkles , Hady Zaccak filme sa grand-mère. Il narre son départ du Liban, son retour, son amour, son mariage, ses enfants, mais aussi le Liban d'antan et le problème d'émigration auquel le pays a fait face. Chaque ride parle et évoque des souvenirs. Le spectateur plonge dans son regard embué, parfois interrogateur, mais toujours chargé d'émotions limpides et vives. Si le corps s'est alourdi avec le temps et que l'inertie s'est installée, Henrietta est toujours alerte, drôle, digne, malgré les rares visites de certains de ses parents. Elle répond aux questions toujours avec le sourire. Sa mémoire ne l'a pas lâchée. Elle est cette même mémoire d'un certain Liban vieilli et fatigué, mais aussi d'une famille. Chaque spectateur peut se projeter dans ce film qui lui rappelle lui-même.

Non, ce documentaire n'en appelle pas au pathos, bien qu'il nous arrache quelques larmes. Il est teinté de cet humour propre au personnage d'Henrietta, véritable brave héroïne du film qui lance une passerelle entre le Liban et le Brésil tout en luttant contre la vieillesse. « Filmer ma grand-mère n'était pas un exercice facile, avoue le réalisateur. J'ai commencé à le faire en 1992 parce que je l'aimais et j'avais peur de la perdre. » Le départ du documentaire était initié par un sentiment de préservation. Ainsi, depuis cette date-là, c'est la même maison qu'il filme en entrant cependant par des issues différentes. Soit par la fenêtre, soit par la porte. Cela suppose donc différents angles de la vie d'Henrietta alors qu'elle est assise depuis quelque temps dans ce même fauteuil. « C'était un défi pour moi de pénétrer son intimité, reprend Zaccak. La question primordiale qui s'est imposée à moi était : quels extraits garder et quels autres rejeter ? J'avais fouillé dans ses correspondances, ses albums. Avais-je le droit d'inviter les autres à être les spectateurs de la vie intime de ma grand-mère ? Il fallait donc faire en sorte d'élaguer le superflu pour aller du particulier à l'universel », indique-t-il. Henrietta décède en 2013 et le film s'arrête là. « Pendant le montage, elle mourait et revivait maintes fois sous mes yeux. Je devais prendre du recul, car j'étais en train de traiter une matière à la fois vivante et morte. »

Encadré par une équipe fidèle depuis 12 ans, à savoir Muriel Aboulrouss à la photo, Émile Aouad au montage son, Mouhab Shanesaz (ingénieur du son) et Élias Chahine au montage, Hady Zaccak soutient que l'entente était totale sur le plateau. « Muriel et moi étions à 100 % d'accord sur le langage cinématographique : quand reculer, quand s'approcher, quoi mettre en lumière ou en ombre. On attendait également d'être toujours surpris. »
Ya omri est un hommage à la grand-mère, mais aussi une ode à la vie.

 

 

Pour mémoire

Quand Hady Zaccak fait parler Kamal Joumblatt

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