Liban

À la découverte de Kfarhay, Assia et Douma

Que faire ce week-end

Le temps d'un week-end, on peut se laisser perdre dans la nature verdoyante des hauteurs de Batroun, aller à la découverte des trésors cachés dans trois villages et suivre, pour cela, le circuit que l'Apsad a proposé au public lundi dernier, à l'occasion des Journées nationales du patrimoine.

19/05/2017

Cap sur la montagne de Batroun, une région chargée d'histoire, à découvrir et redécouvrir, pour la beauté de ses sites et paysages, mais aussi pour l'immersion qu'elle propose dans l'histoire du Liban. L'Orient-Le Jour a participé aux circuits organisés depuis lundi par l'Association pour la préservation des sites et anciennes demeures (Apsad) à l'occasion des Journées nationales du patrimoine.

De bon matin, le soleil tape déjà fort dans cette région montagneuse. Le petit village de Kfarhay se dessine progressivement. Il représente une étape importante pour comprendre l'histoire de la région, à majorité maronite. Kfarhay est en effet le premier siège des patriarches maronites. Il abrite le monastère Saint-Jean-Maron, du nom du premier patriarche maronite. La bâtisse, construite vers l'an 676, n'est pas très grande, mais reste symbolique. Elle a abrité pendant un certain temps une relique précieuse, le crâne de saint Maron. Quelques visiteurs déambulent dans la vaste cour ensoleillée, alors que d'autres tentent d'échapper à la chaleur en trouvant refuge sous les arcades ou dans l'église. D'architecture traditionnelle maronite, la petite église date du VIIe siècle. Ses murs sont faits de pierre brute, à peine taillée, et la décoration est sobre. Du haut du monastère, la vue sur les montagnes couvertes de végétation est imprenable.

De l'autre côté de la montagne, une bâtisse en pierre charmante apparaît. Il s'agit de l'ancienne maison du patriarche Élias Hoayek, l'un des pères du Grand Liban. Les membres du groupe s'entassent à l'intérieur de la maison, qui n'est pas habituée à recevoir autant de visiteurs. Tous veulent entendre parler Léon Hoayek, descendant du patriarche et actuel occupant des lieux. Très enthousiaste, il raconte les combats de son aïeul pour l'indépendance du pays. Il se prête au jeu et lit les lettres échangées entre Georges Clemenceau et Élias Hoayek. Cela n'a pas laissé son public indifférent. « J'ai adoré quand il a lu les lettres. C'est le genre d'histoires qu'on n'entend pas ailleurs », se réjouit Amir Samaha, un habitué de ce genre d'excursions. Comme d'autres curieux, il en a profité pour demander à leur hôte des précisions sur les positions politiques du patriarche.

 

Sarcophages
Dans chaque village où le groupe s'arrête, il est reçu par l'équipe municipale. Le président du conseil municipal d'Assia, George Dib Helou, s'empresse d'accueillir ces touristes d'un jour. Si le village est célèbre pour ses poteries, qui se distinguent en raison de la qualité du sol et de la pierre Kak, il reste méconnu du grand public. Et pourtant la localité regorge d'histoire. En en faisant le tour, les plus observateurs peuvent remarquer des ruines en contrebas. « Ce sont les restes d'un temple romain », indique George Dib Helou. Plus loin, dans une fosse entre deux maisons, les habitants pensent avoir fait une trouvaille peu commune : des sarcophages. Des fouilles approfondies devraient avoir lieu pour confirmer ou non cette hypothèse. Assia abrite en effet des vestiges remontant aux Romains. Le temple évoqué par le maire est consacré au culte d'Esculape ou Asclépios, dieu gréco-romain de la médecine. Il ne reste toutefois pas grand-chose du temple, ses pierres ayant été utilisées pour construire des maisons, des églises.

La fabrique de poterie artisanale reste l'attraction principale d'Assia. Les poteries sont façonnées à main nue et cuites au four traditionnel. Le spectacle est à la hauteur des visiteurs, qui ont voulu y assister à tout prix.
À une vingtaine de minutes, la bourgade colorée de Douma offre une tout autre atmosphère. Le climat y est moins aride. Située entre plusieurs montagnes, la localité est protégée des températures extrêmes. C'est une des municipalités les plus importantes de la région de Batroun. Ses petites ruelles et ses nombreuses églises ne manquent pas de séduire les marcheurs. Hoda, membre du groupe, remarque un escalier discret et décide de l'emprunter. « Ceux qui habitent ici ont une vue magnifique », avoue-t-elle en scrutant le paysage. Il est facile d'accéder aux toits des petites échoppes pour profiter du panorama du village, niché en haut d'une vallée verdoyante. La commune est, elle, réputée pour ses glaces et son fromage de chèvre, choses que n'ont pas oublié de goûter les quelques gourmands du groupe. Les habitants se montrent ravis de voir un aussi grand nombre de visiteurs dans le village.

Au-delà de profiter des plaisirs culinaires et de la beauté architecturale des sites visités, ces journées ont un vrai but de sensibilisation. Beaucoup de Libanais admettent ne pas bien connaître leur patrimoine, à l'image d'Aline Kheir, une Beyrouthine qui s'est laissé tenter par l'expérience. Elle confie : « La plupart des Libanais ne connaissent pas leur propre histoire. » Un peu plus tard, elle explique que « c'est rare de faire l'effort, d'aller voir par nous-mêmes et de sortir de Beyrouth ».

Depuis sa création en 1960, l'Apsad se donne pour mission la conservation du patrimoine dans le pays. Raymonde Hannoun, bénévole de l'association qui encadre la journée, insiste sur le fait que l'Apsad « milite aussi pour l'éducation des gens sur leur propre patrimoine ». C'est en partenariat avec le ministère de la Culture que sont organisées les Journées du patrimoine depuis plus de dix ans.
Hier, le groupe s'est rendu dans la Békaa. Samedi, une visite guidée est prévue dans le Akkar.

 

 

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