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Liban

Niha, Temnine et Ksarnaba : la splendeur des temples méconnus de la Békaa

Que faire ce week-end ?

Si vous aimez les vielles pierres, partez à la découverte de vestiges romains non loin de Baalbeck, sans nécessairement passer par la Cité du Soleil.

05/05/2017

Il est de ces temples romains méconnus, impressionnants, à couper le souffle, qui reçoivent peu, très peu de visiteurs. Plantés à l'orée de villages ou au milieu d'habitations, ces temples peuvent être découverts quand on se laisse guider par les locaux. Dans la Békaa, même si certaines localités ont mauvaise réputation, n'ayez pas peur des habitants. Ils seront enchantés de montrer les vestiges de leurs villages et se feront volontiers guides bénévoles sur certains sites avant de dire, simplement : « Rentrez à Beyrouth, faites-nous de la pub et revenez avec de grands groupes. »

Partez tôt de Beyrouth, vers 9h30 par exemple. C'est qu'il faut compter cinq heures au moins pour visiter quatre localités de la Békaa : Ferzol, Niha, Temnine el-Faouqa et Ksarnaba.
Ne prenez pas la route de Damas mais celle de Dhour Choueir-Zahlé. Au niveau de Bois de Boulogne, vous pourrez profiter du paysage qu'offre l'une des plus belles pinèdes du Liban, avant de vous retrouver dans l'atmosphère un peu sèche de la Békaa.

Première étape, le petit déjeuner au Grand Hôtel Bois de Boulogne. Installez-vous à la terrasse, sous les pins parasols ou les glycines en fleurs. Ici, on vous servira du labné, du fromage, des légumes de saison, de la confiture, du beurre et bien sûr du thé et du café. Jetez un coup d'œil sur les salles de réception de l'hôtel qui datent du début des années trente.

Reprenez la route. Vous arriverez à Aïntoura el-Metn, à 1 300 mètres d'altitude. C'est le village habité le plus élevé du caza. La localité présente une grotte à stalactites et stalagmites (Attine Azar) aussi importante que celle de Jeïta, mais qui n'est pas aménagée pour recevoir le public.

À Aïntoura el-Metn cependant, vous pourrez admirer un genre très particulier de roches calcaires et carbonatées, sculptées par les ans et dont les répliques existent, à la même altitude, dans quelques villages du Kesrouan. De forme étrange, lisses et striés, ces rochers de l'ère jurassique, connus pour être des réservoirs naturels d'eau, risquent de bientôt disparaître à cause des carrières dans la région. Regardez-les donc bien, pour vous en souvenir, une fois qu'ils seront détruits.

Au barrage de Touyté, à l'entrée de Zahlé, vous avez le choix. Si vous n'êtes pas vraiment fan de vieilles pierres, ne visitez pas les ruines. Prenez un autre chemin. Allez à Ksara, Kefraya, Taanayel, Ammiq, ou encore d'autres destinations de la Békaa où vous pourrez passer votre temps à boire et à manger...

Vous venez avec nous ? Entrez à Zahlé et continuez vers Ferzol, village exclusivement chrétien et majoritairement melkite de la Békaa. Il compte de nombreuses églises, dont l'une des plus anciennes est Notre-Dame de la Dormition, qui présente une ancienne icône de la Vierge. Ferzol a été durant plusieurs siècles le siège de l'évêché grec-catholique de la région. Son histoire remonte aux Phéniciens. Leurs traces sont visibles à Wadi el-Habis (vallée de l'ermite), à l'orée du village. Wadi el-Habis présente des cavités rocheuses utilisées comme sanctuaire par les Phéniciens avant d'être réaménagées en cellules monastiques ayant accueilli les chrétiens qui fuyaient les persécutions.

 

Une toile pointilliste
Deuxième étape sur le même chemin en direction de Baalbeck, le village de Niha, majoritairement chrétien et qui signifie en araméen « plaisir ». Il faut traverser tout le village pour découvrir deux sites. Le premier abrite deux temples romains datant du Ier siècle après Jésus-Christ et très bien préservés. On distingue les détails de nombreux sculptures et bas-reliefs : aigles, lions, divers personnages... Collé à ce site, une petite église dédiée à saint Élie.

Reprenez votre voiture et dirigez-vous vers le second site, qui se trouve loin des habitations et qui présente également les vestiges de deux temples romains construits au IIe siècle. La municipalité tente, tant que faire se peut, d'empêcher les pique-niqueurs d'accaparer l'espace en week-end.

Reprenez la route, allez à Temnine el-Faouqa. Entre les vergers, un temple minuscule, dont les piliers ont été volés durant la guerre et remplacés par des répliques au cours des années 90. Situé au pied du Mont-Liban et dédié à un dieu des eaux, il représentait une source qui jaillissait, jusqu'à il y a quelques années, à la fonte des neiges.

Dernière localité, Ksarnaba. Entre les maisons, découvrez des vestiges monumentaux d'un temple romain rappelant étrangement celui de Jupiter à Baalbeck. Sur les mêmes lieux, des vestiges plus anciens sculptés dans le roc. À Ksarnaba se trouve la carrière romaine, toujours intacte, qui a servi à la construction du temple de la localité.

Les paysages de Niha, tout comme ceux de Temnine el-Faouqa et Ksarnaba, ressemblent, au printemps, aux toiles des pointillistes. Ici la culture se fait en terrasse. De la vigne, des oliviers, des noyers, des amandiers et divers arbres fruitiers sont plantés. Les villages sont constitués de monts et de vallées. Vus de haut, les arbres sont comparables à de petits points verts dans une toile aux tonalités plus claires.

Fatigués ? Il est temps de déjeuner. Optez pour Zahlé. Après un tel tour, vous méritez un succulent mezzé avec kebbé nayé et arak dans un restaurant sur le Berdawni. Le bruit des touristes, des enfants et des marchands de CD de contrebande tranchera avec le silence sacré des temples.

 

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Fouad Arsanios

**Merci pour cet article qui met au jour des coins précieux de notre pays. Les sites mentionnés valent le déplacement. L'itinéraire tracé est un des meilleurs à mon avis. Cependant, quelque soit le raisonnement et la justification, une phrase comme "n'ayez pas peur des habitants" trahit un isolationnisme, un fanatisme, et une ignorance inadmissibles dans un article de journal. Pourquoi devrait-on avoir peur des habitants? Ksarnaba est le village de ma mère, et mon village, puisque j'y ai passé une bonne partie de mon enfance, et quand j'ai lu cette phrase, j'ai bien rigolé.

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