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Économie

Cette année encore, l’État libanais ne lésinera pas sur les embauches

Projet de budget 2017

Plusieurs milliers de fonctionnaires devraient être recrutés en 2017, ce qui va alourdir significativement les dépenses courantes.

11/05/2017

Si la prise de conscience de la nécessité d'enrayer la hausse des dépenses publiques est revendiquée par l'ensemble de la classe politique, elle ne semble pas encore devoir être traduite dans les faits. Exemple avec le projet de budget pour l'exercice 2017, approuvé le 27 mars par le gouvernement et actuellement discuté en commission. Si celui-ci prévoit bien une baisse de 2,2 % du déficit public par rapport au record de 2016 – à 4,8 milliards de dollars –, celle-ci est due à une hausse de 9,5 % des recettes et en aucun cas à des efforts fournis au niveau des dépenses, qui augmentent de 4,7 % à 15,7 milliards de dollars.

Et les salaires, traitements et indemnités de fin de service constituent toujours le premier poste de dépenses (4,9 milliards de dollars, soit 31,2 % du total), devant le service de la dette (30 % du total des dépenses, à 4,7 milliards de dollars) et les transferts à Électricité du Liban (9 % du total des dépenses, à 1,4 milliard de dollars). Et ce poste connaît même une hausse de 30 % par rapport à 2015, les derniers chiffres de l'ensemble de l'année 2016 n'étant pas encore publiés.

Or la hausse des dépenses s'explique notamment par la poursuite de la politique de recrutement dans la fonction publique. Si le projet de budget de 2017 ne précise pas combien de nouveaux postes le gouvernement prévoit de créer cette année, plusieurs sources ont indiqué à L'Orient-Le Jour qu'ils devraient être aux alentours de 5 000 ; essentiellement dans l'enseignement, l'administration civile et au sein des Forces de sécurité intérieure (FSI). Par ailleurs, le gouvernement prévoit de recruter 4 000 nouveaux éléments dans l'armée en 2018.

 

(Lire aussi : La Banque mondiale presse le Liban de se réformer)

 

Défense et Éducation
Plus de la moitié de cette enveloppe (53 %) servira à financer les salaires et traitements des fonctionnaires employés par les différents ministères, la présidence du Conseil des ministres, le palais présidentiel, le Parlement et le Conseil constitutionnel, tandis que le reste de l'enveloppe est réservé aux allocations sociales et aux retraites. Le ministère de la Défense se taille la part du lion (38,6 % des seuls salaires et traitements) avec plus d'un milliard de dollars consacrés au financement de ses ressources humaines. « Sur un effectif de 70 000 éléments rattachés au ministère de la Défense, seuls 8 000 d'entre eux sont mobilisables en cas de conflit. A-t-on réellement besoin de toutes ces ressources ? » s'étonne auprès de L'Orient-Le Jour une source partisane.

Même constat au niveau du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, dont l'enveloppe consacrée aux salaires et traitements totalise 687 millions de dollars (soit 26,3 % des seuls salaires et traitements). « Nous continuons de recruter alors que le Liban a l'un des plus hauts ratios d'enseignant par élève dans le monde, avec un enseignant pour 8 élèves dans le secteur public », souligne le directeur exécutif du Consultation & Research Institute, Kamal Hamdan. Une disposition du projet de budget vise d'ailleurs à interdire l'emploi de contractuels par le ministère de l'Éducation, sauf en cas d'autorisation du Conseil des ministres et constitution du budget nécessaire. Or, selon M. Hamdan, « cette interdiction figure depuis quelques années dans des décisions du ministère des Finances, mais cela n'a pas empêché le recrutement de contractuels... »

 

(Lire aussi : Projet de budget 2017 : une hausse importante des recettes fiscales)

 

Postes vacants
« De manière générale, il faut faire très attention aux mesures visant à geler systématiquement les embauches, car cela a eu pour premier effet la hausse des recrutements sur base contractuelle et journalière, augmentant ainsi les coûts pour l'administration », prévient un haut fonctionnaire ayant requis l'anonymat. « Ce type de mesures aveugles ne permet pas de répondre aux besoins spécifiques des administrations, d'autant que nombre d'entre elles font face à d'importants taux de vacance », a-t-il poursuivi. Lors de la première réunion de la commission parlementaire des Finances et du Budget consacrée au projet de loi de finances de 2017, le 25 avril, son président, le député CPL Ibrahim Kanaan, avait déclaré que « près de 70 % des postes dans la fonction publique (étaient) vacants ». « Les 10 000 fonctionnaires employés actuellement dans l'administration civile ne constituent que le tiers des postes pourvus », renseigne de son côté M. Hamdan.

Par ailleurs, l'effet de ces recrutements sur les dépenses en salaires, traitements et indemnités de fin de service sera ultérieurement accentué par le relèvement de la grille des salaires de la fonction publique dont le coût est évalué à 796 millions de dollars pour l'exercice 2017. Pour rappel, les deux projets de loi portant respectivement sur la nouvelle grille et la vingtaine de mesures fiscales devant permettre de la financer ont été dissociés, début mars, du projet de budget et devraient être discutés lors de la prochaine session plénière au Parlement, prévue pour le 22 mai. Le projet de budget inclut néanmoins une disposition précisant qu'une ligne de crédit du même montant précité sera ouverte pour financer la grille des salaires. Cependant, les députés ont déjà avalisé huit des mesures fiscales devant financer la grille, dont le relèvement d'un point de la TVA à 11 % qui demeure très contesté. Fin mars, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, avait d'ailleurs déclaré qu'il n'était pas exclu d'abandonner cette mesure, ce qui laisse présager que la question du financement de la grille est loin d'être tranchée. « Sans un budget consolidé, incluant le coût du relèvement de la grille et les recettes qui permettront de la financer, nous ne pouvons pas réellement analyser les chiffres du projet de budget », prévient d'ailleurs M. Hamdan.

Reste qu'à plus long terme « une restructuration organisationnelle de l'administration doit être effectuée », avait plaidé fin avril M. Kanaan. « Il y a de fortes pressions populaires sur chaque leader communautaire afin d'opérer de nouveaux recrutements dans la fonction publique. Ils acceptent car c'est un moyen de garantir le soutien électoral de ces populations », explique M. Hamdan. « C'est sur ce type de recrutements que nous pouvons réaliser des économies », suggère-t-il.

 

 

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R.N.

La réduction du déficit public doit être la résultante d'une augmentation des recettes et d'une maîtrise des coûts et donc des dépenses.

Les recrutements prévus correspondent-ils à de vrais besoins ? Y-a-t-il eu un état des lieux et une évaluation sérieuse des besoins tenant compte des vacances constatées et des départs prévisionnels (retraite) ?

En tout état de cause, une augmentation du nombre de fonctionnaires ne résoudra pas la qualité du service rendu aux citoyens si, d'une part, le service public, ne fait pas l'objet d'une restructuration et si, d'autre part, un service minimum et de qualité n'est pas ciblé par l'Etat et exigé des fonctionnaires.
La réévaluation de la grille des salaires deviendra dans ce cas un instrument de motivation.

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