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Moyen Orient et Monde

Emmanuel Macron, le premier jour du reste de sa vie

Décryptage

Pour gouverner, le nouveau président français devra obtenir une légitimité parlementaire.

09/05/2017

Il a conquis le pouvoir à une vitesse folle. Mais il va désormais lui falloir ralentir s'il souhaite l'exercer comme il l'entend. Emmanuel Macron est arrivé dimanche à la plus haute marche de l'État, sans pour autant en avoir gravi un à un les différents échelons. En obtenant un score, important, de 66,1 % des suffrages exprimés, le plus jeune président de France, 39 ans, a réussi son pari fou, alors que beaucoup donnaient peu cher de sa peau il y a seulement un an. Mais le plus dur reste à faire, tant les défis qui se dressent devant le nouveau président apparaissent colossaux. Le premier d'entre eux ? Endosser le costume présidentiel à seulement 39 ans et concilier ainsi son souffle de modernité et sa volonté de s'inscrire dans la tradition de la Ve République. Rompre définitivement avec l'image de l'enfant modèle ou du gendre idéal pour devenir le capitaine dans la tempête et la voix de la France dans le monde. Emmanuel Macron l'a compris : dès dimanche prochain, il devait tuer le candidat et se muer, plus ou moins naturellement, en président.

À l'annonce des résultats du premier tour et de l'élimination de deux challengers importants, le candidat Les Républicains François Fillon et celui de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron avait fêté sa qualification avec fracas dans un célèbre restaurant parisien et fait polémique. C'est une tout autre personne qui est apparue dimanche soir, victorieuse de l'élection. Du solennel de son discours, à sa marche mitterrandienne dans la cour du Louvre sous les airs de l'hymne européen, il a tenté d'intégrer du « gravitas » dans son personnage, qui lui avait fait jusque-là défaut.

 

(Lire aussi : Victoire de Macron : entre bonheur, mécontentement et colère, ce qu'en pensent des électeurs franco-libanais )

 

Président jupitérien
Faire « président », avant tout. L'obsession de François Hollande. L'obsession de tous les successeurs du général De Gaulle. Emmanuel Macron veut rompre avec les deux précédents quinquennat : avec l'hyperprésidence bling-bling de Nicolas Sarkozy et la présidence « normale » de François Hollande. Il se voit en « président jupitérien », s'exprimant avec parcimonie. « Je ne veux pas être le président du quotidien, de l'anecdote, je ne veux pas intervenir tous les jours sur tous les sujets », déclare-t-il en mars dernier sur Europe 1. Il veut redonner ses lettres de noblesse à la fonction, même si, pour l'heure, ni son discours, trop figé et peu impactant, ni son arrivée seul sur l'estrade de l'esplanade du Louvre ne parviennent à donner une dimension unique à son nouveau statut. Donnant parfois l'impression de confondre l'imitation et l'incarnation.

Contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron ne bénéficie d'aucun état de grâce. À peine les résultats dévoilés qu'il s'efforçait déjà de rassurer tous ceux qui ont voté pour lui seulement pour faire barrage à Marine Le Pen et de convaincre ceux qui se sont abstenus. Malgré un score flatteur, sa légitimité politique est fragile. Sa « large victoire » ainsi dépeinte dans les médias face à Marine Le Pen cache en réalité une élection bien moins fracassante. En l'emportant avec 66 % des voix, Emmanuel Macron réalise le deuxième meilleur score de tous les présidents élus depuis 1965, à l'exception de Jacques Chirac qui avait recueilli 82,2 % des voix face à Jean-Marie Le Pen. Si 15 ans auparavant faire barrage au FN coulait de source, l'élection 2017 a montré que de nombreux votants ont préféré s'abstenir ou voter blanc. Le taux d'abstention se situe en effet à 25,38 % et celui des votes blancs ou nuls à 11,47 % des votants : un record. L'abstention n'a jamais été aussi élevée dans un second tour de l'élection présidentielle depuis 1969. M. Macron a pu catalyser autour de lui 20 703 694 électeurs, sur, selon le ministère de l'intérieur, 47 448 929 inscrits au second tour.

Selon un sondage IFOP-Fiducial pour Paris Match, « près de six de ses électeurs sur dix ont voté par rejet de son adversaire », soulignant ce « mauvais signe pour le nouveau président ». Lors du premier tour, l'ancien ministre de l'Économie avait obtenu 8 657 326 voix sur 47 581 118 inscrits. Certains médias évoquent déjà une « génération Macron », en écho à la « génération Mitterrand ». Pourtant, les jeunes ont largement plébiscité les extrêmes lors du premier tour. Selon Opinionway, les 18/34 ans sont 25,7 % à avoir voté pour Marine Le Pen contre 24,6 % pour Jean-Luc Mélenchon et 21,6 % pour Emmanuel Macron. Pas de raz-de-marée donc de jeunes électeurs adhérant au projet du jeune candidat, contrairement aux années 1980, quand ils soutenaient François Mitterrand à plus de 60 %.

 

Majorité parlementaire
Élu avec deux tiers des suffrages exprimés au second tour, le jeune président a remercié hier ceux qui ont voté pour lui « sans avoir ses idées », reconnaissant « qu'il ne s'agit pas d'un blanc-seing ». Comment pourra-t-il alors mener ses réformes sans le soutien de la rue ? Comment pourra-t-il réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ?

Surtout que, contrairement à eux, il pourrait être privé de majorité parlementaire à l'issue des élections législatives qui suivront, les 11 et 18 juin prochains. Sans celle-ci, il lui sera impossible de mettre en œuvre son programme. Pour cela, il devra compter sur l'appui de 290 députés. Un scénario envisageable mais peu probable compte tenu de l'offre où quatre blocs politiques s'affronteront. La gauche – divisée entre le PS, EELV et la France insoumise, le centre social-libéral d'En Marche !, la droite des Républicains et enfin l'extrême droite, qui souhaite s'installer comme la seule force d'opposition. Selon le sondage réalisé les 4 et 5 mai 2017 par l'institut Kantar TNS pour LCI, Le Figaro et RTL, seulement 34 % des Français souhaitent qu'Emmanuel Macron dispose d'une majorité pour gouverner. Comme s'ils voulaient prouver qu'ils ne sont clairement pas (encore) en marche.

 

 

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