L’édito de Émilie SUEUR

Entendre la France qui gronde

L’édito
09/05/2017

La campagne présidentielle 2017 et son aboutissement resteront probablement dans les annales comme l'un de ces tours dont les Français ont le secret.

Une campagne hors norme, plombée par les affaires, allant de rebondissements en coups de théâtre, qui aboutit à l'élection d'un candidat hors partis, de 39 ans, faisant voler en éclats le clivage droite/gauche. Et pourtant, au soir de la victoire d'Emmanuel Macron, alors que les célébrations de l'esplanade du Louvre alliaient sans ciller références au Mitterrand de 1981 et à l'Obama de 2008, l'on était loin du vent d'enthousiasme qui avait suivi l'élection de celui qui signait la fin de 23 ans d'opposition pour le Parti socialiste et du premier président noir de l'histoire américaine.

Pourquoi ? Parce que la victoire d'Emmanuel Macron n'est que le reflet partiel de la France d'aujourd'hui. Son visage et ses fractures, la France les a montrés au soir du premier tour.

Certes, la victoire d'Emmanuel Macron, après une ascension fulgurante, est une source réelle de soulagement face à la perspective d'une installation de Marine Le Pen à l'Élysée. Certes, le candidat centriste a fait se lever une brise de fraîcheur et de renouvellement sur la scène politique française. Certes, M. Macron s'est posé en porteur d'espoir dans une France passablement déprimée.

Mais aujourd'hui, entre abstention record et vote barrage, c'est une France qui l'a mal élu, ce dont M. Macron a rapidement convenu dès dimanche soir, qu'il doit gouverner et sortir de l'ornière.

Et pour le jeune président, il n'y aura pas de période de grâce. Avant même le second tour, la campagne pour les législatives a été lancée. Avant même le second tour, c'est aussi le casse-tête de la formation de son gouvernement qu'il veut resserré au risque de susciter bien des déceptions, qui s'est posé au nouveau locataire de l'Élysée.

Il faut espérer que celui qui a promis le renouvellement en politique n'aille pas se perdre dans la cuisine politicienne qui se profile. Car les défis qui l'attendent, et dont les termes ont été posés lors de la campagne, sont autrement plus lourds.

Comment donner sa place à la France dans la mondialisation tout en protégeant les Français qu'elle menace ? Comment redonner confiance dans les politiques et à la politique ses lettres de noblesse ? Comment refonder l'Europe ? Comment réduire le chômage de masse ?

Face aux clivages qui traversent l'Hexagone, et pour reconquérir le terrain rongé par les extrêmes, Emmanuel Macron doit entendre la France, jusque dans ses colères, la regarder en face jusqu'au fond de ses angoisses, qu'elles portent sur l'immigration, l'avenir de la valeur travail, les questions identitaires, la laïcité... sans esprit d'inquisition, sans démagogie et sans renoncer aux valeurs d'ouverture qu'il porte.

Dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon, tout en promettant une bataille âpre à M. Macron pour les législatives, exhortait le président à être « obsédé » par la pensée « des démunis sans droit, sans toit, sans emploi ».

Rien ne serait plus dangereux, dans cette marche en avant indispensable de la République dont M. Macron a fait son stimulant mot d'ordre, que de laisser une frange de la population derrière.

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