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Culture

Baptême du feu pour Jean Boghossian

Événement

L'artiste représente le pavillon arménien à la Biennale de Venise qui se tient à partir du 13 mai et jusqu'au mois de novembre.

26/04/2017

Depuis que Jean Boghossian s'est consacré entièrement à l'art qu'il aime plus que tout, il n'a de cesse de le faire évoluer. « Le travail du feu m'a apprivoisé », dit-il. C'est comme s'il était tombé dans les fonts baptismaux de ce feu qui lui a redonné une nouvelle peau. Né en Syrie, ayant grandi au Liban et résidant en Belgique, jean Boghossian, qui ne renie pas ses origines arméniennes mais les revendique tout autant que les autres identités, se dit fier de s'enrichir de chaque culture et d'être ouvert au monde grâce à ces mêmes identités multiples. « Je suis issu de ce peuple arménien, confie-t-il, même si je suis né en Syrie, que j'ai grandi au Liban et que je vis en Belgique. C'est pourquoi l'exposition a un rapport avec la spiritualité et, dans mon cas spécifique, c'est la transmission de la connaissance, de l'écriture et du langage. Ce qui permet de connaître la persévérance d'un peuple et la reconnaissance de sa survie quelques siècles après. » « Être une minorité, poursuit-il, permet d'avoir du recul, de connaître des peuples différents et d'évoluer en tant que citoyen du monde. »

 

Être à la hauteur du défi
S'il a été sélectionné pour représenter le pavillon arménien à la Biennale de Venise, « c'est parce que le pavillon libanais avait déjà son artiste, avoue-t-il. L'Arménie avait eu vent de mon projet et de mon désir d'appartenir à cette grande famille de la Biennale. Ils m'ont alors invité, ainsi que mon curateur Bruno Corà ». « Être sélectionné n'est pas une fin en soi, précise-t-il. Il faut être à la hauteur de ce défi qui m'attend. »
Jean Boghossian multiplie les va-et-vient entre ses ateliers dans différents pays et s'impose une certaine solitude pour effectuer des recherches, lire, s'essayer. Il faut du recul pour avoir des idées et pour bien les macérer, explique-t-il. « Quand je ne travaille pas, je réfléchis beaucoup, je m'isole et j'écris. Et dès que je suis devant mon chevalet, tout rejaillit comme des flammes qui embrasent la toile. Il faut savoir reculer pour peindre. Le recul, pour moi, est une grande distance que je prends en fermant la porte de mon atelier. »

 

Dans la continuité et dans le renouveau
C'est ainsi que dans le cadre du pavillon arménien, le visiteur aura à voir des travaux inédits, dans la continuité de son exposition rétrospective au Beirut Exhibition Center, en 2016. « Je suis l'otage de ce feu et content de l'être... comme si j'étais l'otage d'une belle femme. » Certes, Jean Boghossian a continué dans la même voie qu'il s'est choisie depuis trente ans, comme grand nombre d'artistes, mais avec le temps, le travail de l'artiste a revêtu plusieurs facettes. Il est sorti de son carcan figé et s'est libéré. Son expérimentation continue et il l'avoue avec fierté. Ce travail du feu surfe ainsi entre la non-peinture et les pigments, entre les traces évidentes et la fumée évanescente, entre la brûlure et la cicatrice. Jean Boghossian ne porte-il pas, dans sa chair, ces souvenirs de pays blessés et maintes fois brûlés ? « L'art me donne de l'énergie. Tout bouillonne dans ma tête. » Selon lui, la vie est ainsi faite : de moments d'agitation et de calme.

Pour Bruno Corà, le curateur qui signe probablement sa dernière collaboration avec lui, c'est l'attitude expérimentale qui l'a attiré en premier chez l'artiste. Lors de sa visite à Beyrouth il y a quelques années, et à l'occasion de la rétrospective de Boghossian, Corà avait dit : « L'artiste parle des langues différentes en changeant chaque fois les modalités du langage. »

Dans cet incubateur d'idées qu'est la Biennale de Venise, cette grand-messe de l'art contemporain « là où tout se passe, » et dans un de ces pavillons nationaux, au Palazzo Zénobie du XVIe siècle qui a été donné par un bienfaiteur arménien aux pères mekhitaristes, l'artiste qui se veut citoyen du monde installe son travail. « Faire une bonne exposition est ma grande priorité. Gagner le prix vient en second lieu. »

 

Pour mémoire 

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Jean Boghossian : « Je suis un boulimique de la vie ! »

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