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Liban - Portrait

Ghassan Hasbani, l’expérience d’un PDG-consultant au service de la chose publique

Pour le vice-président du Conseil, il est temps de passer à l'acte.

Ghassan Hasbani, un homme qui privilégie l’action.

Il est de ceux qui croient que les discours ne suffisent pas et qu'en définitive seuls les actes comptent. S'armant de ce principe, Ghassan Hasbani, vice-Premier ministre et ministre de la Santé, a décidé de relever le défi en acceptant sa nomination par les Forces libanaises (FL) au sein du gouvernement. Joignant l'acte à la parole, il s'est mis à l'œuvre dès le premier jour, s'attelant à un véritable chantier de réformes.

Le pays ne peut que bénéficier de sa grande expérience de consultant auprès de multinationales. Ayant grandi à Londres où il a suivi ses études scolaires et universitaires, Ghassan Hasbani a travaillé dix ans au sein de la société de conseil Booz Allen Hamilton d'abord à Londres, puis au Moyen-Orient où il a occupé le poste de vice-président et d'associé. Il était chargé de portefeuilles de sociétés spécialisées dans la technologie et les télécommunications, et s'occupait de tout ce qui touchait à la réglementation, aux stratégies d'investissement, fusions et acquisitions, développement de nouveaux marchés, restructuration, etc. En 2010, il rejoint l'équipe de STC Group (Saudi Telecom Company). Il y occupe le poste de PDG jusqu'en 2012, date à laquelle il rentre au Liban où il ouvre sa propre compagnie de conseil, Graycoats, et une ONG, le Cedar Institute, « un think tank autour duquel les FL gravitent ». « C'est ainsi qu'a commencé ma relation avec les FL auxquelles j'ai adhéré plus tard, d'autant que nous partageons les mêmes visions », explique le ministre, dont l'expérience professionnelle englobe également les marchés d'Europe, d'Asie du Sud-Est, d'Amérique latine et d'Afrique.

Ex-membre du Conseil de l'agenda global du Forum économique mondial (Global Agenda Council of World Economic Forum), Ghassan Hasbani est aussi membre de l'Aspen Global Leadership Network, « un réseau regroupant quelque 4 000 personnes du monde, qui se penchent sur des questions de leadership sur le double plan personnel et social ». Il est aussi l'auteur de plusieurs articles scientifiques et ouvrages à caractère socio-économique, « dont les théories se sont traduites dans les faits ».
« C'est avec ce bagage que j'ai fait mon entrée au gouvernement », lance Ghassan Hasbani, un sourire timide illuminant son visage. Posé, il a la parole facile. Mais, dans son discours, aucun mot ne semble laissé au hasard. « Il est temps de passer à l'action », insiste-t-il.

 

La culture du politique
Son regard rêveur ne cache pas son aspiration au changement. Son visage avenant et son calme contagieux mettent son interlocuteur à l'aise. Son discours laisse dévoiler une certaine détermination qui inspire confiance. « Le redressement de la situation ne peut se faire par les paroles, mais par les actes, affirme Ghassan Hasbani. Nous ne pouvons pas continuer à agir en tant que spectateurs et donner des conseils, mais il faut essayer de jouer le jeu en essayant d'améliorer les choses, ne fût-ce que partiellement. »

C'est ce qui a d'ailleurs attiré le ministre dans la chose publique. « Le pays est arrivé à un point où ses défis sont plus nombreux que les solutions, et il faut des gens qui aident », confie-t-il. Ce qui l'a encouragé, c'est ce désir de « développer des politiques générales des différents secteurs et de sensibiliser à la culture du politique et non de la politique ». « Dans son sens traditionnel, la politique est la concurrence entre des factions pour contrôler le pouvoir de décision à des fins stratégiques, idéologiques ou autres, souligne-t-il. Le politique, par contre, est lié à la planification, la stratégie, la définition d'objectifs pour les secteurs économique, social, sécuritaire, etc. pour rendre le pays compétitif au double niveau régional et international. Pour pouvoir redresser le pays, il faut penser au politique. »

Ghassan Hasbani souligne que le gouvernement compte plusieurs ministres qui sont sur la même longueur d'onde, et « cela est encourageant ». « Le parti ne doit pas se limiter à l'idéologie, mais il doit faire du politique pour développer les différents secteurs », relève-t-il. En tant que vice-Premier ministre, « j'essaie autant que possible de faire développer ces politiques pour organiser les différents secteurs ».
Ses projets sont ambitieux. Mais Ghassan Hasbani ne se leurre pas. « Même si nous ne réalisons que 10 % des projets auxquels nous aspirons, ce sera un pas en avant, affirme-t-il. Le redressement n'est pas une chose facile. Il est encore plus lent dans un régime démocratique, qui tient compte de l'avis des autres. Que serait-ce si cette démocratie est consensuelle ? Il sera encore plus lent. Il n'en reste pas moins que chaque amélioration sera ressentie par le citoyen. » Tel est le cas du guichet électronique, « One stop shop », lancé il y a trois semaines au ministère de la Santé, qui permet d'exécuter par internet des formalités. « La bureaucratie qui continue d'être observée dans de nombreuses administrations coûte à l'économie libanaise 1,2 milliard de dollars par an, avance le ministre. De plus, le Libanais passe en moyenne sept jours par an à assurer le suivi de ses formalités. L'impact de cette période sur la productivité est énorme. À cela s'ajoutent les pots-de-vin qu'il doit verser. D'où l'importance de l'administration électronique ou l'e-gouvernement pour réduire cette corruption qui coûte en moyenne au citoyen 800 000 dollars par an. C'est une taxe supplémentaire que le citoyen paie et qui ne renfloue même pas le Trésor public. »

 

Un lourd fardeau pour l'État
Le chantier de redressement lancé au sein de son ministère porte sur plusieurs aspects. Ghassan Hasbani rappelle que le ministère de la Santé joue quatre rôles principaux. Celui de régulateur pour « encadrer le marché », d'opérateur pour dynamiser les hôpitaux publics, d'assureur pour couvrir les frais d'hospitalisation des personnes qui ne bénéficient d'aucune couverture médicale, et de pharmacien pour assurer les médicaments des maladies chroniques. De plus, il travaille sur la prévention et la dynamisation des centres de soins de santé primaire. « C'est un lourd fardeau pour l'État, souligne le ministre. À cela s'ajoute la pression exercée par l'afflux des réfugiés syriens sur l'infrastructure et les hôpitaux libanais. Dès que j'ai pris en charge mes fonctions, j'ai essayé donc de remédier aux crises qui sévissaient, notamment la question des médicaments. Les importateurs avaient arrêté de livrer des médicaments à la Pharmacie centrale, en raison des montants que leur devait l'État. »

Ghassan Hasbani s'attarde, chiffres à l'appui, sur les projets menés au sein de son ministère pour organiser le travail, renforcer le rôle de la commission des médicaments, régulariser le marché des médicaments, encourager l'industrie pharmaceutique locale, développer une stratégie pour les admissions aux urgences, régler le problème des admissions des patients couverts par le ministère dans les hôpitaux privés, améliorer la pratique médicale, encourager le don d'organes et renforcer le rôle du Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus... « Il faut restituer au Liban sa place de destination médicale au Moyen-Orient », insiste le ministre.
Et la famille dans tous ces projets ? Un éclat de rire échappe à Ghassan Hasbani. Père de trois enfants, il confie qu'il n'a plus beaucoup de temps à leur consacrer. « J'aime les faire étudier et passer avec eux du temps dont nous tirons profit. Lorsque j'atteindrais la vitesse de croisière, je pourrais alors faire un équilibre entre ma vie professionnelle et privée. »

 

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