L’édito de Ziyad MAKHOUL

HyperHezbollah

L’édito
20/02/2017

Le Hezbollah est déjà l'un des plus grands vainqueurs de la guerre en Syrie. Dans un article remarquable, le Financial Times annonçait, il y a quelques jours, une couleur que beaucoup d'observateurs et d'analystes pressentaient depuis des mois. Le Hezbollah est en train d'apprendre, et l'expérience, c'est important : de guérilla, il se transforme en force d'invasion.

C'est effectivement le Hezb 3.0 : de terroriste dans les années 80 ; de noble résistance, ensuite, jusqu'au retrait israélien en mai 2000 ; de milice ensuite, refusant à l'État sous de fallacieux prétextes le monopole des armes et la décision de guerre et de paix, et provoquant en 2008 un sanglant blitzkrieg contre Beyrouth et la Montagne ; jusqu'à mercenaire, depuis son entrée sur le sol syrien aux côtés des troupes de Bachar el-Assad et de la Russie. La formation de Hassan Nasrallah aura ainsi évolué comme peu d'autres dans le monde. Avec, toujours, une seule et même constance : obéir directement et aveuglément aux ordres des ayatollahs de Téhéran, et servir de bras armé à l'Iran dans un monde arabo-sunnite en pleine crise existentielle, voire identitaire, depuis des années. Un monde arabo-sunnite qui, à partir de 2013, a compris qu'il s'était férocement, forcément, trompé sur le parti de Dieu.

Que le Hezb engrange en Syrie un maximum d'expérience, mais aussi de missiles de plus en plus sophistiqués ; qu'il reste ce grain de sable qui peut enrayer, à n'importe quel moment, sur objurgation perse et en provoquant l'État hébreu, la sulfurique et tellement bancale machine proche-orientale ; qu'il étende ses tentacules jusqu'en Irak, au Yémen, et peut-être même en Libye, et qu'il demeure, ad vitam, cet épouvantail qui affole et enrage n'importe quelle administration américaine, est une chose. Toutes autres sont les répercussions au Liban, au quotidien et dans les grandes lignes, de sa gigantisation postsyrienne.

Ce n'est qu'en 1992 que le Hezbollah a décidé, via les législatives, de participer à la vie institutionnelle libanaise. De mettre un pied dans l'État, tout en gardant l'autre dans l'illégalité, dans le déni de souveraineté asséné à ce même État. Son entrée dans l'Exécutif a eu lieu plus tard, en 2005, en juillet, soit cinq mois après l'assassinat de Rafic Hariri, dans le gouvernement Siniora. Et depuis, gentiment, poliment, dans une étonnante démonstration d'abnégation, le Hezb partage le nombre de strapontins chiites à la Chambre avec le mouvement Amal de Nabih Berry et se contente de deux portefeuilles plus ou moins mineurs. La cohérence est fascinante : à quoi peuvent bien servir députés et ministres quand on a un arsenal hallucinant... Mais aussi (mais surtout ?) quand on n'en finit plus d'accélérer le processus de vampirisation de l'État.

Jamais depuis son investiture, le président Michel Aoun, qui a pourtant multiplié en quelques mois de beaux signes de centrisme, n'aura à ce point fait revenir le naturel, chassé au trot ; jamais président de la République n'aura avalisé à ce point l'adéquation entre un État (le Liban) et une milice. L'État c'est eux, aurait-il pu dire, en assurant que le Liban répondra de manière adéquate à toute tentative israélienne de s'en prendre à sa souveraineté. À la bonne heure – même si, venant de quelqu'un qui s'est attaqué à l'occupation syrienne toute puissante de l'époque avec l'épilogue que l'on connaît, cela n'a rien de rassurant... Soit M. Aoun sait des choses, que tout le monde ignore, à propos de l'armée libanaise et de sa nouvelle capacité de riposte, soit il entend répliquer par le truchement du Hezbollah. L'État c'est eux prend là sa pleine, sa mortifère signification...

Le Hezbollah étant maître du Parlement (Nabih Berry ne fait pas un geste, pas un pas sans l'accord de M. Nasrallah), et maintenant que le palais présidentiel se fait le porte-voix de la banlieue sud, il ne reste plus que le Sérail. Combien de divisions, le Sérail, se demanderaient alors en souriant les stratèges du Hezb, le souvenir souriant de 2008 (et le tout récent flirt diplomatique entre Israël et l'Arabie saoudite) en tête...

Et si Michel Aoun était le dernier président de la République libanaise...

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P.-S. : lequel Michel Aoun concrétisera aujourd'hui l'un des fantasmes absolus d'une Marine Le Pen qui gigote frénétiquement depuis quelques mois à la recherche d'une crédibilité internationale, fût-elle minimale : il sera le premier chef d'État en exercice à recevoir la candidate de l'extrême droite à l'élection présidentielle française.

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Tabet Ibrahim

En rabaissant le rôle de l’armée nationale libanaise et en justifiant l’armement d’une milice sectaire et illégale prêtant allégeance à une puissance étrangère, Michel Aoun a failli à sa fonction de Président de la République et douché les illusions de ceux qui pensaient qu’il pouvait jouer un rôle rassembleur.

Soeur Yvette

Un pas dans le vide ???ou dans l'inconnu ????

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"P.S. : Lequel, boSSfèèèr, concrétisera today Le fantasme absolu de la Marinade de (souche?) Le Pen qui gigote frénétiquement à la recherche d'une crédibilité internationale ; fût-elle minimale, et donc libanaiiise ; car il sera le premier (chef d'État?!) en exercice à recevoir la candidate de l'extrême-droite à l'élection présidentielle française." !
Wâïynâk yâ.... Bâtrâk Primordial Sfééér ?!
Quant au "râââëéh" actuel, RIEN à faire ! Disons, passons.... Ou, plutôt et mieux, OUBLIONS.... le dans ses moult jamborées dans ; yâââï ; TOUUUT ce mâââhjâr ; yîîîh ; Étranger(!).
Yâ wâââïyléééh yâ "Grand"-Lébnéééne !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Et si ce Äâoûn était le dernier (président?!) de la République libanaise....".
Mais, Ziyâd, c'la n'est RIEN ! Ce n'est qu'une broutille boSSfâïr-orangiste.
Le plus alarmant c'est de comprendre que ce serait plutôt le DERNIER ACTE de la "république!" d'un certain Liban, et surtout de ce même "Liban?" !
Wassalâmoûäâlâïy.... Qôôôm(?) !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Jamais depuis son (investiture!), ce Äâoûn n'aura à ce point fait revenir le naturel au Galop alors que, chassé au trot...
Jamais ce bigaradier n'aura avalisé à ce point l'adéquation entre cet (État?) et une Milice : ce héZébbb.... L'État c'est eux, aurait-il pu même ; à l'aise ; dire !
En assurant donc que cet (État-là?!) répondra(!) à toute tentative israélienne de s'en prendre à lui.
À la bonne heure, même si ; venant de quelqu'un qui comme ce boSSfééér s'était (attaqué!?) à la bääSSyrie de l'époque avec l'épilogue CATASTROPHIQUE pour le Grand-Liban que l'on connaît, cela n'a rien de rassurant.... Bien évidemment !
Tout ce qu'il compte faire en fait, ce boSSfèèèr Aigri-Amèèèr ; mais cette fois-ci face à Äâsraël ; c'est répliquer par le truchement, yâââï, de cette même Milice dénommée.... héZébbb !
L'État c'est eux, prend là sa mortifère signification...." !
Clair Net et précis. Tout y est !
Merci.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

APRES SES PERIPLES REUSSIS EN ARABIE ET A QATAR... QUE S,EST-IL PASSE ? POURQUOI CES DECLARATIONS QUI DENUDENT INTERNATIONALEMENT LE PAYS ? QUELS INTERETS SONT EN JEU ?

Hitti arlette

Un monde arabe , a majorite sunnite qui effraye ( de par son nombre) les autres communautes ou religions .Le hezb a peut etre commis des bevues mais il n en reste pas moins l élément rassurant dans la region . Les sunnites majoritaires et en partie , petite ou grande , radicalisés et extremistes seront en mesure de phagocyter dans la foulée, chiites, chretiens,kurdes et j en passe .l'exemple est flagrant en Egypte, en Irak en Syrie et pas seulement.. Vous la voyez monsieur cette réalité telle quelle sur le terrain ? Si oui vous verrez que le hezb reste le facteur qui constitue " l' équilibre des forces" .

Bery tus

Aoun a déçu plusieurs dommage après avoir effectuer un virage au centre !! On croyais en lui mais il s'est avérée être vraiment pire que le général lahoud

Ma Fi Metlo

VOUS VENEZ DE DÉCLARER QUE LE PHARE AOUN N'A ABSOLUMENT PAS CHANGER DE CAP , NI DE BOUSSOLE NI DE LANGAGE , SI JE VOUS REPRENDS, C'EST QU'ALORS L'OLJ DEVRAIT LOGIQUEMENT POUVOIR LE PUBLIER .

VOUS VOULEZ NOUS PROUVER QUE LE HEZB DE LA RÉSISTANCE LIBANAISE BASÉE SUR LE PEUPLE-L'ARMÉE-LA RÉSISTANCE EST UNE ERREUR DE CALCUL DU ( DERNIER) PRÉSIDENT LIBANAIS, MOI JE VOIS QUE CETTE UNITÉ OFFICIELLE EST LA FORCE DU DEVENIR DU LIBAN , LA FAIBLESSE SE TROUVE DANS LE CAMP DE LA BRUTALITÉ ISRAÉLIENNE EN VOIE DE DÉCLIN.

ET PUISQUE VOUS PARLEZ DU SECRET QUE DÉTIENDRAIT LE PHARE AOUN DE LA FORCE DU LIBAN , J'EN AI UN À VOUS LIVRER , MAIS NE LE RÉPÉTEZ À PERSONNE SVP , LE HEZB EST CAPABLE D'OCCUPER , DONC DE LIBÉRER LE NORD DE LA PALESTINE USURPÉE. CHUTTTTTTTT GARDEZ ÇA POUR VOUS , LES USURPATEURS LE SAVENT .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PAYS ENTRE, POUSSE, DANS L,OEIL DU CYCLONE... QU,ALLAH YISTOR !

Ashjian Andreas

Le blitzkrieg contre Beyrouth et la Montagne date de 2008 et non de 2006.

Sam

Quelle solution avez vous pour ne plus être une variable d'ajustement des grandes puissances ?

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