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Face au protectionniste Trump, le drôle de jeu de l'UE et de la Chine

Economie

"Il y a une convergence objective d'intérêts" face à l'attitude du président américain, qui "déstabilise et met en danger le système commercial", explique un expert.

OLJ/AFP/Clément ZAMPA avec Julien GIRAULT à Pékin
10/02/2017

L'Union européenne semble prête à amorcer un rapprochement commercial avec la Chine pour répondre à la tentation protectionniste des Etats-Unis. Mais derrière les mots, tensions et divergences restent considérables entre Bruxelles et Pékin.

Comme elle en a désormais l'habitude depuis l'élection de Donald Trump, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a cette semaine encore brandi "la" menace, celle des "barrières" et du "protectionnisme".

Dans un discours consacré à la Chine, elle a fustigé ceux qui "ferment leurs portes" ou "utilisent le commerce comme arme", allusion à peine voilée à la rhétorique protectionniste du nouveau locataire de la Maison Blanche. En réponse, a-t-elle poursuivi, l'UE doit "renforcer" ses "relations" avec d'autres pays.

Et la Chine, son deuxième partenaire commercial après les Etats-Unis, en fait selon elle partie, à condition que la relation reste "équitable, transparente et basée sur des valeurs". "Si la montée d'un protectionnisme venu d'ailleurs constitue une menace pour l'économie chinoise, nous sommes prêts à nous engager et à le combattre ensemble", a même déclaré Mme Malmström devant notamment des représentants du patronat européen.

 

(Lire aussi : Le protectionnisme, arme politique plus que commerciale)

 

Voir l'UE prête à se battre aux côtés du premier exportateur mondial, à qui elle continue d'imposer des mesures antidumping --notamment sur l'acier-- et dont elle critique l'omniprésence de l'Etat dans l'économie, a de quoi surprendre. Surtout face à une opinion européenne de plus en plus critique de la mondialisation.

Mais ce positionnement fait écho à un autre discours: celui du président chinois Xi Jinping mi-janvier à Davos, devant le Forum économique mondial. Il avait alors défendu un libre-échange des biens et capitaux "impossible à arrêter", ainsi qu'une mondialisation "irréversible".

"Il y a une convergence objective d'intérêts face à l'attitude de Donald Trump", qui "déstabilise et met en danger le système commercial", explique Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

 

 

 

'Message politique'
Dans ce contexte, "la Chine et l'Europe disposent d'un plus grand espace pour approfondir leur coopération", renchérit Ding Chun, professeur à l'université Fudan, à Shanghai. "Les deux parties sont simplement en train de chercher un point d'équilibre pour parvenir à une relation où elles engrangeront le maximum de bénéfices. Avec l'idée que, désormais, s'affronter ne résoudra aucun problème", poursuit-il.

Faut-il, dès lors, voir la suppression annoncée des mesures antidumping européennes sur les importations de panneaux solaires chinois --une affaire qui avait failli entraîner une guerre commerciale en 2013-- comme un gage de l'Europe en faveur de Pékin ?
"Il n'y a pas de hasard !", répond Charles de Marcilly, responsable de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles, pour qui la toute récente annonce de l'UE est bien un "message politique".
C'est "plutôt un exercice de réalisme", rétorque une source européenne, qui résume l'équation: l'industrie photovoltaïque européenne représente 8.000 emplois, tandis que les entreprises dépendantes des importations chinoises de panneaux solaires (comme les installateurs) emploient 50.000 personnes.

En réalité, les points de frottement et les tensions entre Bruxelles et Pékin restent nombreux, à commencer par la très délicate question du statut d'"économie de marché" que l'UE refuse de reconnaître à la Chine. Bruxelles cherche même toujours à renforcer ses instruments de défense commerciale face à Pékin. En riposte, la Chine s'est plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

(Lire aussi : Trump s’inscrit dans une longue lignée protectionniste à la Maison-Blanche)

 

Et elle n'a pas la moindre intention de "faciliter l'ouverture de son marché" aux Européens, rappelle Charles de Marcilly. "Dans un cas comme dans l'autre", l'UE et la Chine "attendent de voir si les menaces" de Donald Trump "se concrétisent" réellement, souligne Sébastien Jean. "Pour l'instant, son administration a beaucoup gesticulé. Mais en dehors du TPP (un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont Trump a demandé la sortie), elle n'a pas agi", insiste-t-il.

Donald Trump vient d'ailleurs d'envoyer à son homologue Xi Jinping une lettre dans laquelle il dit vouloir bâtir une "relation constructive" entre les deux pays.

 

 

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