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Dossier spécial : Trump à la Maison Blanche

Avec Trump, la mondialisation entre dans l'ère du chacun pour soi

ANALYSE

En Europe, les Etats cherchent aussi des solutions.

OLJ/AFP/Antonio RODRIGUEZ
20/01/2017

Protectionnisme pur et dur, patriotisme économique ou une meilleure répartition des richesses: les gouvernements cherchent des remèdes face à une mondialisation de plus en plus contestée par des électeurs qui dénoncent les délocalisations.

Après la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et celle des partisans du Brexit au Royaume-Uni, nombre d'économistes ont partagé le même constat: la mondialisation a créé des inégalités frappant avant tous les classes populaires dans les pays riches au cours des trente dernières années. Les pays émergents n'ont pas été épargnés non plus, comme l'a reconnu récemment le FMI dans une publication intitulée "le commerce international peut approfondir les inégalités dans les économies en développement".

Des inégalités croissantes que l'économiste français Thomas Piketty a mis en lumière dans sa base de données en ligne WID.world. "La part qui revient aux revenus les plus élevés est en hausse dans la quasi-totalité des pays sur les dernières décennies, que ce soit dans les pays développés ou les pays en développement", a-t-il constaté. Voilà pour le diagnostic. Pour le remède, les opinions divergent sur les moyens pour combattre les délocalisations.

Aux Etats-Unis, M. Trump a menacé de prendre des mesures protectionnistes contre les importations chinoises et mexicaines. Il s'est attribué un premier succès avec la décision du groupe automobile Ford de renoncer à construire une nouvelle usine au Mexique.
En Europe, les Etats cherchent aussi des solutions. Les secrétaires d'Etat français Christophe Sirugue et Matthias Fekl ont plaidé pour un "Buy European Act" et le "make in Europe", dans une récente tribune publiée dans Libération.


La mondialisation du chacun pour soi
Pour Xavier Timbeau, directeur principal de l'OFCE, la victoire de M. Trump "n'est pas du repli sur soi". Il s'agit, au contraire, d'une "volonté de tirer un maximum la couverture vers soi", a expliqué l'économiste à l'AFP.

"Nous entrons dans une étape où il n'y a plus de bienveillance de la part des pays développés à l'égard de ceux en développement, mais au contraire la défense d'intérêts contre ceux des autres", a-t-il ajouté.
Et pour peser sur la mondialisation, les Etats disposent de plusieurs leviers, comme les taxes anti-dumping, qui sont tolérées par l'OMC dans certains cas.

Pour le politologue Thomas Guénolé, auteur de "La mondialisation malheureuse", les gouvernements ont la possibilité d'appliquer d'autres taxes pour protéger leur industrie. Celle sur le carbone, par exemple, qui pénaliserait les importations de produits provenant de pays polluants qui ne respecteraient pas les accords de la COP21, voire "les taxes anti-dumping social face aux Etats qui ne reconnaissent pas le droit de grève".

"Si ces taxes sont suffisamment fortes, elles rendent l'économie locale à nouveau compétitive", évitant de nouvelles délocalisations, favorisant même des relocalisations, a-t-il assuré à l'AFP. Mais ces mesures sont risquées aux yeux de Radu Vranceanu, professeur d'économie à l'Essec.
"Les mesures protectionnistes promises par Trump ne feraient qu'affaiblir les capacités de l'économie américaine à se développer", a-t-il estimé. "Ce serait aller contre l'engagement du candidat de donner une impulsion de croissance forte pour les USA", a-t-il assuré.

Pour cet économiste, la solution est ailleurs: une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation. "Dans les pays riches, on a trop souvent négligé les perdants, les salariés concurrencés par les importations des pays à bas salaires", a-t-il affirmé à l'AFP.

Les institutions internationales comme le FMI ou l'OCDE sont sur la même ligne et ont multiplié les appels pour une mondialisation plus équitable. "Un discours lénifiant et naïf aujourd'hui", rétorque M. Timbeau, qui rappelle que face aux altermondialistes qui battaient le pavé un peu partout dans le monde, ces mêmes institutions assuraient il y a une quinzaine d'années que la mondialisation bénéficierait à tout le monde.
"Il ne faudrait pas que les remèdes n'aggravent le problème", a également averti dans un récent article le prix Nobel d'économie Angus Deaton.
Selon lui, le "vrai danger" dans la mondialisation actuelle, c'est la "recherche de rentes. En d'autres termes, la volonté de "devenir riche au dépens des autres sans apporter de valeur à l'économie".

M. Deaton cible les banques "dont le sauvetage a apporté des sommes époustouflantes d'argent public à des gens qui étaient déjà riches".

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