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Moyen Orient et Monde

Les répercussions du décret Trump en Irak

Éclairage

La réaction tardive et partielle du Premier ministre Haïder al-Abadi n'est rien moins qu'un aveu de faiblesse.

01/02/2017

Le décret du président Donald Trump n'en finit pas de faire des remous. Depuis vendredi dernier, sa décision d'interdire aux ressortissants de sept pays (Iran, Irak, Syrie, Somalie, Yémen, Libye et Soudan) d'entrer aux États-Unis pendant 90 jours au moins suscite des réactions émotionnelles à travers le globe. À part l'Iran, les pays concernés ont tardé à répondre à ce qui est communément appelé le « Muslim Ban ».

De ces sept pays, l'Irak est le seul avec lequel les États-Unis entretiennent des liens étroits à tous les niveaux, y compris diplomatiques et militaires. Mais ce n'est que lundi après-midi que le Parlement et le ministère irakien des Affaires étrangères ont réagi, appelant les États-Unis à revoir cette décision « erronée ». Les députés irakiens ont d'ailleurs voté une motion appelant à appliquer la réciprocité avec les États-Unis, au lendemain d'un appel similaire de la part de l'influent chef chiite Moqtada Sadr. « Vous entrez en Irak et dans les autres pays en toute liberté, mais vous empêchez (les ressortissants de ces pays) de se rendre dans le vôtre », a-t-il lancé dimanche, en condamnant l'« arrogance » des États-Unis. Mais le vote parlementaire reste symbolique et ne peut d'aucune manière devenir contraignant sans l'aval de l'exécutif irakien. Au Kurdistan irakien également, une décision de réciprocité reste difficilement applicable. Erbil entretient de bonnes relations avec Washington, et a sa propre législation.

Et ce n'est qu'hier que le Premier ministre irakien Haïder al-Abadi a évoqué ce décret pour la première fois, lors d'une conférence de presse à Bagdad. Le décret Trump « punit les personnes qui font des sacrifices, qui combattent le terrorisme », a-t-il affirmé, avant d'ajouter que « c'est la victime qui est pointée du doigt ». « Nous ne voulons rien faire pour le moment (...) mais nous examinons toutes les options », a également affirmé le Premier ministre irakien. Cette absence de réactivité est particulièrement embarrassante pour un pays qui se targue d'avoir des relations privilégiées avec les États-Unis et qui n'aurait même pas été consulté ou prévenu par l'administration Trump.

 

(Lire aussi : Lutte contre le terrorisme : quatre raisons pour lesquelles le « Muslim Ban » est contre-productif)

 

Les témoignages se multiplient
En termes de politique intérieure, la réaction tardive et partielle de Haïder al-Abadi n'est rien moins qu'un aveu de faiblesse. Ses détracteurs, à l'instar de l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et de Moqtada Sadr, le critiquent déjà vivement et lui reprochent d'avoir fait confiance à Washington. Le décret Trump sera, pour eux, une raison de plus de lui reprocher d'avoir parlé de collaboration étroite avec un pays qui n'hésite pas à rejeter toute forme d'aide aux Irakiens, et ils n'hésiteront pas à brandir le décret Trump pour tenter de l'écarter du pouvoir.

Le décret Trump a également mis en lumière la situation particulièrement difficile de ces nombreux Irakiens qui ont travaillé avec les troupes américaines après l'invasion de l'Irak en 2003. Interprètes, vétérans, binationaux, conseillers culturels, informateurs, chauffeurs... les témoignages se multiplient. Outre les différentes formations militaires suivies par les troupes irakiennes aux États-Unis dans le cadre de la collaboration entre les deux pays contre le terrorisme, ils sont des centaines, sinon des milliers, à avoir risqué leur vie et celle de leur famille pour aider les troupes américaines en Irak. Aujourd'hui, ils ne peuvent plus se rendre aux États-Unis, malgré leur obtention d'un visa spécial, pour refaire leur vie après des années de préparation, et perçoivent le décret Trump comme une trahison. Face au tollé, le Pentagone a annoncé lundi être en train d'établir une liste de ces Irakiens afin qu'ils soient exemptés du décret, mais cette annonce – et surtout cette initiative – arrive bien trop tard.

Sur le plan militaire, quelque 5 000 soldats américains se trouvent en Irak dans le cadre de la coopération anti-État islamique. En pleine offensive pour la reprise de Mossoul, encadrée par de nombreux conseillers américains, l'interdiction de territoire aux Irakiens a été très mal accueillie. Les Forces de mobilisation populaires, coalition paramilitaire majoritairement chiite qui combat les jihadistes en Irak aux côtés de l'armée irakienne et des conseillers américains, ont appelé au renvoi des Américains présents en Irak. Mais l'aide américaine est cruciale sur le terrain, et contribue très largement au succès des forces irakiennes contre l'EI. Le groupe ultraradical pourrait toutefois profiter du « Muslim Ban » pour recruter davantage de jihadistes, sous prétexte d'une guerre occidentale contre l'islam.


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