Décryptage

Lutte contre le terrorisme : quatre raisons pour lesquelles le « Muslim Ban » est contre-productif

Le décret pris vendredi par Donald Trump interdisant l'accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane risque de renforcer les groupes jihadistes qu'il cherche à combattre.

Un voyageur arrivant à l’aéroport de Boston après le décret pris par Donald Trump interdisant l’accès au territoire des ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Reuters/Brian Snyder

Il faut prendre le nouveau président américain Donald Trump au mot. Si une partie de ses déclarations étaient jugées provocatrices et irréalisables durant la campagne présidentielle, force est de constater que le 45e président des États-Unis est en train d'appliquer à la lettre ce qu'il avait promis. L'interdiction pour les musulmans d'entrer sur le territoire américain était une proposition du candidat républicain au lendemain de l'attentat d'Orlando, le 12 juin 2016. C'est désormais une réalité. Au moins en partie. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a en effet suspendu vendredi par décret l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Syrie et Libye) et de tous les réfugiés, pendant une période de 90 jours. « Je mets sur pied de nouvelles mesures de contrôle pour maintenir hors des États-Unis les terroristes islamiques radicaux. Nous ne les voulons pas ici », a justifié le président américain. Cette mesure, qui a suscité de vives réactions aux quatre coins de la planète, apparaît pourtant contre-productive pour lutter contre le terrorisme. Au moins pour quatre raisons.

 

L'ennemi peut venir de l'intérieur
La constitution de la liste rouge est sujette à de nombreuses interrogations, notamment en raison du fait qu'il est impossible d'associer l'engagement jihadiste à une ou plusieurs nationalités en particulier. À titre d'exemple, le fondateur d'el-Qaëda, Oussama Ben Laden, était saoudien, l'actuel chef de l'organisation, Ayman al-Zawahiri, est égyptien et le père de l'État islamique (EI), Abou Moussab al-Zarkaoui, était jordanien. Les auteurs des attentats du 11 septembre étaient majoritairement saoudiens. Et les Tunisiens et les Saoudiens forment les deux plus gros contingents étrangers dans les rangs de l'EI. Interdire l'accès au territoire américain des ressortissants de sept pays ne constitue donc pas une garantie d'être préservé de la menace terroriste.

Depuis juillet 2015, les États-Unis ont été frappés par quatre attentats motivés par des convictions islamistes. Deux d'entre eux ont été commis par des non-Américains : un Somalien et un Pakistanais (le Pakistan ne figure pas sur la liste rouge). Les autres ont été perpétrés par des Américains, notamment l'attaque d'Orlando qui a fait 50 morts. Le décret de Donald Trump fait référence aux attentats de 2001. Mais la menace terroriste – qui n'est pas nécessairement islamiste – a largement évolué depuis, et ne vient plus seulement de l'extérieur. Les ressortissants nationaux sont de plus en plus impliqués dans le passage à l'acte terroriste. Les groupes jihadistes, notamment l'EI, s'appuient sur des cellules dormantes qui ont vocation à passer à l'action de façon plus ou moins indépendante. Les groupes terroristes ont su continuellement s'adapter aux nouvelles mesures mises en place par leurs adversaires. Le décret du président américain ne devrait donc pas être pour eux un obstacle infranchissable.

 

(Lire aussi : Muslim Ban : « L'administration Trump a sélectionné des pays plutôt faibles »)

 

Le décret est un cadeau pour les jihadistes
En interdisant à des personnes d'entrer sur le territoire américain en raison de leur confession musulmane, Donald Trump fait le jeu des groupes jihadistes. Il assimile l'islam au terrorisme, comme si les groupes jihadistes étaient représentatifs du monde musulman. Non seulement il leur donne une importance démesurée par rapport à la réalité mais en plus il renforce leur propagande, en partie basée sur le fait que l'Occident a déclaré la guerre à l'islam. « Vous voyez, ils vous détestent », pourrait être en quelque sorte le message des jihadistes à l'adresse des populations musulmanes. Le décret de Donald Trump est un cadeau pour les groupes jihadistes. Il renforce le discours des extrémistes et marginalise celui des plus modérés. Il pourrait également renforcer la motivation des jihadistes et les encourager à passer à l'acte pour venger « l'humiliation subie par leurs frères et sœurs ».

 

Les ennemis de mes ennemis sont mes...
Est-il possible de lutter contre le terrorisme islamiste sans l'aide des pays musulmans ? Contrairement à son prédécesseur, le 45e président américain semble penser que oui. La coopération entre pays alliés est devenue une donnée primordiale de la lutte antiterroriste. En renouant dans une certaine mesure avec la rhétorique de Georges W. Bush, qui consiste à classer certains pays dans l'axe du mal, le nouveau locataire de la Maison-Blanche compromet fortement ses futures relations avec les pays en question. Les États-Unis effectuent pourtant actuellement des opérations antiterroristes dans cinq de ces sept pays : Irak, Syrie, Yémen, Libye, Somalie. Ils le font en coordination avec les pouvoirs en place, à l'exception du régime de Damas. Comment vont alors réagir les pays concernés ? Vont-ils accepter de poursuivre la coopération ? Bagdad a déjà annoncé qu'il avait proposé au Parlement irakien un plan de réciprocité à l'encontre des citoyens américains. Les Américains travaillent pourtant en étroite coopération avec l'armée irakienne pour reprendre les territoires contrôlés par l'EI. Il y a actuellement plus de 4 800 soldats américains sur le sol irakien.

En agissant de la sorte, Washington risque de se mettre plusieurs pays alliés à dos et de doper l'anti-américanisme dans la région. Les Américains ont pourtant besoin de pouvoir compter sur des alliés fiables et forts pour combattre les groupes jihadistes sur leurs territoires respectifs.

 

(Lire aussi : Face au décret anti-immigration, Starbucks et Airbnb offrent emplois et hébergement aux réfugiés)

 

États-Unis, cible prioritaire ?
El-Qaëda avait fait des États-Unis, l'ennemi lointain, son principal adversaire. L'EI a préféré concentré ses efforts sur l'Europe, considéré comme le « ventre mou de l'Occident ». Les attentas commis par l'EI sur le sol européen ont pour objectif principal d'attiser les tensions entre les différentes communautés, en faisant monter l'islamophobie et en ralliant les musulmans qui en seraient victimes à leur cause. Le décret de Donald Trump pourrait inciter les groupes jihadistes à faire des États-Unis une cible prioritaire pour au moins deux raisons. Premièrement, l'attentat bénéficierait d'une visibilité sans précédent dans un tel contexte et renforcerait le moral des jihadistes. Deuxièmement, il accentuerait les divisions dans la société américaine, affaiblissant ainsi l'adversaire.

Durant la campagne électorale américaine, Donald Trump avait expliqué « avoir un plan » pour lutter contre l'EI. Le décret pris vendredi semble être la première partie de ce plan. La deuxième pourrait se concrétiser par une étroite coopération avec la Russie pour frapper les groupes terroristes, notamment en Syrie. Mais là aussi, pour différentes raisons, la mesure pourrait s'avérer contre-productive. À suivre...

 

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Il faut prendre le nouveau président américain Donald Trump au mot. Si une partie de ses déclarations étaient jugées provocatrices et irréalisables durant la campagne présidentielle, force est de constater que le 45e président des États-Unis est en train d'appliquer à la lettre ce qu'il avait promis. L'interdiction pour les musulmans d'entrer sur le territoire américain était une...

commentaires (3)

la nouvelle mesure anti-immigration concerne moins de 8 % des musulmans du monde si l'on exclue l'Iran, et ne peux être considérée comme discriminante et stigmatisante pour l'islam . Ces mêmes pays ont déjà été frappés d'embargo sur des produits médicaux et autres biens d'équipements par l'ancienne administration Obama, sans que ceci ne suscite l'émoi ...pourtant , pour une souffrance et une morbidité parfois bien supérieure. Mais il n'est de frontière que ne peux franchir l'espoir.... Alors, des peuples, pour échapper au totalitarisme et la tyrannie ont décidé de partir coûte que coûte et, leur tourment dans cette épreuve ne peux être ignoré. Il faudrait que Donald Trump accepte de recevoir au moins ceux qui disposent déjà d'un visa. Cette tension perceptible de par le monde, a éclipsé un autre événement : la nomination de l'ultraconservateur Steve Bannon comme membre permanent du conseil National de la sécurité NSC, conjugué au retrait de ce même conseil du chef d'état major et du directeur du Directeur du renseignement national DNI, perçus comme déloyaux dans un problème récent relatif à une fuite du MI6. Cette permutation que comparent les démocrates à Caligula nommant son cheval consul de Rome isole encore plus Donald Trump . A moins que ce dernier ait décider de parer à cette carence en s'appuyant sur James Mattis chef du Pentagone et Mike Pompeo Nouveau Directeur de la CIA , tous deux fidèles en toute circonstance.

Hallak Andre

00 h 04, le 01 février 2017

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Commentaires (3)

  • la nouvelle mesure anti-immigration concerne moins de 8 % des musulmans du monde si l'on exclue l'Iran, et ne peux être considérée comme discriminante et stigmatisante pour l'islam . Ces mêmes pays ont déjà été frappés d'embargo sur des produits médicaux et autres biens d'équipements par l'ancienne administration Obama, sans que ceci ne suscite l'émoi ...pourtant , pour une souffrance et une morbidité parfois bien supérieure. Mais il n'est de frontière que ne peux franchir l'espoir.... Alors, des peuples, pour échapper au totalitarisme et la tyrannie ont décidé de partir coûte que coûte et, leur tourment dans cette épreuve ne peux être ignoré. Il faudrait que Donald Trump accepte de recevoir au moins ceux qui disposent déjà d'un visa. Cette tension perceptible de par le monde, a éclipsé un autre événement : la nomination de l'ultraconservateur Steve Bannon comme membre permanent du conseil National de la sécurité NSC, conjugué au retrait de ce même conseil du chef d'état major et du directeur du Directeur du renseignement national DNI, perçus comme déloyaux dans un problème récent relatif à une fuite du MI6. Cette permutation que comparent les démocrates à Caligula nommant son cheval consul de Rome isole encore plus Donald Trump . A moins que ce dernier ait décider de parer à cette carence en s'appuyant sur James Mattis chef du Pentagone et Mike Pompeo Nouveau Directeur de la CIA , tous deux fidèles en toute circonstance.

    Hallak Andre

    00 h 04, le 01 février 2017

  • C'est contreproductif et dangereux ...surtout pour les pays, comme la France par exemple, qui ont chez eux des gisements de djihadistes visibles et/ou invisibles....

    M.V.

    12 h 20, le 31 janvier 2017

  • NOUS ATTENDONS TOUS DE VOIR L'AMERIQUE SOMBRER DANS UNE GUERRE CIVILE SANS FIN , COMME ELLE L'A FAIT POUR CES PAYS ARABES MUSULMANS QU'ELLE INTERDIT D'ACCÈS CHEZ ELLE . COMMENT SE FAIT IL QUE L'AFGHANISTAN, LE PAKISTAN , LE MAROC , LA TUNISIE , LA BENSAOUDIE NE FIGURENT PAS SUR SA LISTE DE CON.....TACTS ..... IL FALLAIT AUX RÉSISTANTS UN CLOWN PAREIL POUR VOIR ENFIN LES CONSÉQUENCES DE LEUR RÉSISTANCE ATTEINTS . HAMDOULIILAH ....

    FRIK-A-FRAK

    11 h 22, le 31 janvier 2017