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Liban - Loi électorale

Les joumblattistes rejettent « catégoriquement » les formules proposées

La proposition de loi composite de Gebran Bassil aurait été abandonnée lors d'une réunion quadripartite.

La délégation joumblattiste avec Saad Hariri au Sérail. Photo Ani

À trois semaines du 21 février, date de la convocation des collèges électoraux, les négociations politiques devant déboucher sur une entente autour d'une nouvelle loi électorale se sont intensifiées, sans pour autant favoriser des percées positives. Et pour cause : la majorité des formations politiques restent attachées à leurs positions respectives quant à ce dossier épineux.

Ainsi, le bloc joumblattiste a ouvertement rejeté les formules électorales proposées. Une délégation du bloc s'est rendue hier au Grand Sérail et s'est entretenue avec le Premier ministre, Saad Hariri. « Nous sommes venus informer M. Hariri que nous rejetons catégoriquement les formules proposées pour la loi électorale », a déclaré l'ancien ministre de la Santé, Waël Bou Faour, à l'issue de la rencontre, citant notamment les moutures fondées sur la proportionnelle.

De son côté, le ministre de l'Éducation, Marwan Hamadé, a nié tout désir de sa formation d'entrer dans un polémique avec le président de la République, Michel Aoun, au sujet de la législation électorale, assurant par la même occasion que le Rassemblement démocratique, que dirige Walid Joumblatt, est « ouvert au dialogue autour d'un texte électoral à même de réconforter tout le monde ». M. Hamadé n'a toutefois pas manqué de critiquer les menaces récemment lancées par le Courant patriotique libre de recourir à la rue, si un nouveau code n'est pas voté dans les délais.

Plus tôt dans la journée, la délégation joumblattiste avait rencontré l'ancien Premier ministre Nagib Mikati. S'exprimant à l'issue de la rencontre, Waël Bou Faour a été jusqu'à mettre en garde contre « un retournement contre l'accord de Taëf ».

 

(Lire aussi : Les projets de loi électorale du CPL et les amendements qui changent tout, le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Au contraire du bloc joumblattiste, celui du Futur a réitéré hier son attachement à la proposition de loi composite présentée conjointement par le Futur et les Forces libanaises, et à laquelle M. Joumblatt s'était rallié un moment. Dans un communiqué publié hier à l'issue de sa réunion hebdomadaire, le bloc haririen a estimé que la proportionnelle intégrale « ne peut être appliquée à l'ombre d'armes illégales ». Selon le bloc, « cela perturberait les équilibres sur lesquels le Liban a été fondé ».

Du côté de Baabda, le président de la République, Michel Aoun, est revenu à la charge hier en appelant à l'adoption d'un texte à même d'assurer la bonne représentation. S'exprimant devant ses visiteurs, M. Aoun a indiqué que « 87 % des Libanais veulent un nouveau code électoral ». « Je dois respecter cela », a-t-il souligné. Réitérant son soutien à la proportionnelle, M. Aoun a critiqué « toutes les parties qui refusent d'être représentées à leur juste taille ».

De son côté, le bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, proche de Michel Aoun, s'est dit « ouvert à toute formule électorale respectant des critères unifiés et l'accord de Taëf et qui n'est pas taillée à la mesure d'une formation politique bien déterminée ». S'exprimant à l'issue de la réunion hebdomadaire du bloc aouniste, le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a rappelé que son parti « n'a jamais soutenu la formule composite, mais s'est » graduellement penché « vers les options des autres protagonistes » . Pour nombre d'observateurs, les propos de Michel Aoun s'inscrivent dans le cadre d'une incitation des protagonistes à aller de l'avant dans l'adoption d'une nouvelle législation électorale. C'est dans le cadre de cette logique que se poursuivent les contacts entre les formations politiques, en quête d'un nouveau texte, comme l'avait « promis » M. Aoun dans son discours d'investiture, dit-on dans les milieux politiques.

C'est dans ce cadre aussi qu'il convient de placer la réunion quadripartite tenue hier au siège du ministère des Affaires étrangères. Au cours de cette rencontre, le chef du CPL, Gebran Bassil, le directeur de cabinet de Saad Hariri, Nader Hariri, ainsi que le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (Amal) et le député Ali Fayad (Hezbollah) ont planché sur le mode de scrutin composite (ou mixte). Des sources proches des participants à la réunion indiquent à L'Orient-Le Jour que la réunion s'est soldée par l'abandon de la version du projet composite proposée par Gebran Bassil. Les mêmes sources font état d'une éventuelle nouvelle phase de concertations autour du projet de loi présenté par le gouvernement Mikati et prévoyant 13 circonscriptions sur la base de la proportionnelle. La proposition de M. Berry en deux temps pourrait être discutée aussi.

 

(Lire aussi : Le besoin d’ouverture, une exigence commune chez les FL et le Hezbollah)

 

Opposition...
Si certains dénoncent le caractère « anticonstitutionnel » de la proposition composite, dans la mesure où elle porte atteinte au principe de l'égalité garanti par la Constitution, d'autres ne manquent pas d'exprimer leurs craintes quant à des « tentatives d'isoler des composantes politiques et confessionnelles importantes ». Parmi les opposants, le bloc joumblattiste, les Kataëb, mais aussi le tandem Amal-Hezbollah.

De source bien informée, on apprend que les deux formations chiites opposent un veto catégorique à la proposition composite soutenue par le chef du CPL. Cette attitude pourrait s'expliquer par le fait que les formations de Hassan Nasrallah et Nabih Berry craignent une alliance tripartite CPL-FL-Futur qui réduirait leur rôle sur la scène politique, souligne-t-on de même source. Pour des observateurs, le refus de la formule composite cache en réalité un mécontentement à l'égard des fruits de l'élection de Michel Aoun à la présidence. Pour eux, c'est donc le poids nouveau acquis par le pouvoir de décision chrétien, consécutif à l'accord de Meerab, qui a suscité l'inquiétude du tandem chiite. Celui-ci serait en train d'exercer une pression politique pour améliorer la position de ses alliés (à l'instar des sunnites indépendants) sur l'échiquier politique.

À Saïfi, les Kataëb, et en dépit de l'attitude positive qu'ils adoptent à l'égard du mandat Aoun, dénoncent les « deux poids deux mesures » appliqués dans le cadre de la formule composite. Joint par L'OLJ, Élie Marouni, député de Zahlé, se pose la question de savoir « comment des critères différents peuvent s'appliquer dans un même caza ou un même mohafazat ». « Nous sommes pour une nouvelle loi électorale, mais nous nous demandons comment la bonne représentation serait assurée par les formules actuellement débattues », dit-il avant d'ajouter : « Ce que nous voyons est honteux, dans la mesure où il s'agit clairement d'un partage du gâteau. Nous voulons une loi à même de rectifier la représentation. »

En dépit de l'impasse, les FL restent optimistes quant à un prochain accord autour de la loi composite. Selon les proches de Samir Geagea, « la formule composite est l'unique option ». Dans les mêmes milieux, on va jusqu'à assurer que ceux qui s'opposent aujourd'hui à ce mode de scrutin le soutiendront prochainement, dans la mesure où le retour à la loi de 1960 n'est pas envisagé. « Si les FL misent sur les positions de Michel Aoun à cet égard pour justifier leur optimisme, le parti ne semble pas écarter l'éventualité d'une escalade dans la rue pour plus de pression. Nous opterons pour ce choix quand nous nous sentirons incapables d'empêcher le retour au texte de 1960 et la prorogation de la législature, par les moyens constitutionnels », déclare un responsable FL à L'OLJ.

 

 

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