Liban

Le Liban et la Finul à l’heure de l’évaluation de la résolution 1701

Décryptage
27/01/2017

La résolution 1701 adoptée par le Conseil de sécurité en août 2006 pour mettre fin à l'agression israélienne contre le Liban a prévu une évaluation du rôle de la Force intérimaire des Nations unies (Finul) par l'ONU tous les cinq ans. Une mission onusienne est ainsi envoyée sur place pour faire le point sur le travail accompli, sur les effectifs et les moyens mis à la disposition de cette force internationale chargée de surveiller le respect de « la cessation des hostilités » à la frontière libano-israélienne et sur les efforts accomplis par les forces officielles, libanaises et israéliennes, chacune de son côté, pour le maintien de la stabilité.

En 2012, il y a donc eu un premier rapport qui avait conclu que la mission de la Finul est toujours indispensable pour l'application des dispositions de la résolution 1701. Cette année, un second rapport devrait être établi et une mission spéciale a déjà entamé son évaluation de la situation. Le Liban officiel attend donc les conclusions de ce rapport, qui pourrait suggérer des changements soit dans la mission de la Finu, soit dans sa composition et dans ses effectifs. Le rapport serait ensuite présenté au Conseil de sécurité qui devrait prendre les décisions adéquates.

Avec les changements régionaux en cours, la situation au Liban-Sud est devenue particulièrement délicate, d'autant que l'armée libanaise qui était censée (selon la résolution 1701) déployer une force considérable de plusieurs milliers de soldats dans ce secteur pour y imposer l'autorité de l'État ainsi que la stabilité s'est vue obligée de concentrer le gros de ses troupes le long de la frontière libano-syrienne pour empêcher l'entrée de combattants syriens extrémistes vers le Liban et assurer ainsi la sécurité dans la Békaa et au Liban-Nord. Non seulement la force requise n'a donc pas été déployée au Sud, mais le commandement de l'armée a retiré des troupes du Sud pour les déployer dans d'autres régions du pays.

Au cours des dernières années, et en particulier depuis le déclenchement de la crise syrienne, le rôle de l'armée libanaise est devenu bien plus important au Liban, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Or, dans la résolution 1701, la Finul est destinée à épauler l'armée libanaise pour qu'elle soit en mesure de prendre seule en charge la sécurité et la stabilité du Sud. Dix ans (et cinq mois) après l'adoption de cette résolution, le calme règne dans la zone d'action de la Finul, mais dans tout le reste du pays, l'armée est constamment sollicitée, à la fois pour la protection des frontières mais aussi pour la sécurité interne. C'est dire que toute réduction dans les effectifs de la Finul ou tout allègement de sa mission de la part du Conseil de sécurité aurait des conséquences importantes sur l'ensemble du pays.

Les autorités libanaises craignent donc que, pour une raison qui n'aurait rien à voir avec la situation au Liban, par exemple le fait que les pays ayant des contingents au Liban ont désormais besoin de leurs effectifs pour les besoins de la lutte contre le terrorisme ou pour les déployer dans d'autres zones conflictuelles de la planète décident de réclamer une réduction des effectifs de la force onusienne, à un moment où l'armée libanaise n'a pas d'effectifs suffisants pour toutes les missions qui lui sont confiées.

Une telle décision (qui doit d'ailleurs être justifiée devant les membres du Conseil de sécurité) pourrait sciemment ou non faire le jeu des Israéliens qui pourraient vouloir créer un nouveau front dans le triangle Chebaa-Golan. Cela commencerait par l'embrasement de cette région dans le sud de la Syrie et limitrophe du Liban, ce qui provoquerait aussi un afflux de déplacés syriens dans les localités libanaises proches (Chebaa et Kfarchouba notamment). Infiltrés avec les déplacés, des éléments fauteurs de troubles pourraient susciter des incidents sécuritaires que l'armée ne parviendrait pas à juguler et qui mettraient en cause les combattants du Hezbollah. Cette déstabilisation pourrait faciliter une nouvelle agression israélienne contre le Liban. Ce scénario du pire n'est pas nécessairement le plus probable, mais les autorités libanaises n'écartent pas cette possibilité, sachant que dans le contexte actuel les Israéliens voudraient profiter de la moindre brèche dans les défenses libanaises pour intervenir et affaiblir le Hezbollah devenu trop fort à leurs yeux.

Une source diplomatique occidentale explique toutefois que la résolution 1701 ne fixe pas un plafond dans le temps pour la mission de la Finul. Celle-ci ne devrait prendre fin que lorsque l'armée libanaise sera totalement en mesure d'accomplir le rôle confié à la force internationale. Selon cette même source, la communauté internationale devrait tenir compte de la réalité libanaise et de la lourde mission confiée aujourd'hui à l'armée, qui est l'une des seules armées de la région à parvenir à lutter efficacement contre le terrorisme. La dernière opération à Hamra, qui a été réalisée en coopération avec le service de sécurité des FSI, montre à quel point l'armée libanaise est impliquée dans la protection du Liban et des Libanais. Le contrôle de la frontière avec la Syrie a d'ailleurs montré son efficacité, puisque les terroristes arrêtés ces derniers mois (dont celui de Hamra) ne viennent plus de Syrie, mais font partie de « cellules dormantes » à l'intérieur du Liban qui sont surveillées par les différents services de sécurité.

Il serait donc inopportun de décider de modifier la mission de la Finul dans le sens de son allègement dans un contexte aussi délicat. La source diplomatique précitée est ainsi convaincue que si un pays souhaite réduire ses effectifs au sein de la Finul ou même en retirer ses troupes, l'organisation internationale se chargerait aussitôt de lui trouver un remplaçant. Sauf qu'aujourd'hui, la menace terroriste pèse sur tout le monde.

 

Pour mémoire

Beary : Seule une paix pleine et entière pourra faciliter le retrait de la Finul

Sarraf : La 1701 en 2006 n’est pas la 1701 en 2017

Tarek Mitri retrace le cheminement de la rude bataille diplomatique autour de la résolution 1701

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Le Faucon Pèlerin

Si Israél veut provoquer une guerre avec le Hezbollah, qu'il la fasse du côté du Golan et non au Liban. L'armée du Hezbollah ne dépend pas de l'Etat libanais.
Un proverbe chinois dit : "Quand les éléphants se battent, seule l'herbe en pâtit". Le Liban n'a pas à pâtir des guerres des autres sur son territoire.

AIGLEPERçANT

Scarlett écrit tellement bien en finesse qu'on a du mal à saisir les nuances de son article .

Merci de nous dire qu'avec L'absence de l'armée au sud pour les raisons que vous évoquiez, le calme au sud n'a jamais été aussi assuré depuis 2006.

Vous n'en donnez pas les raisons , mais nous on les comprend et on vous comprend.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ENFIN UNE ANALYSE OBJECTIVE ! SANS TAMBOURS ET CORNEMUSES POUR LES DIVINS...

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