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Liban

La décharge de Costa Brava restera ouverte jusqu’au 31 janvier

Déchets

La décision du juge des référés du Mont-Liban est tombée hier : le site qui accueille la moitié des déchets du Mont-Liban et de Beyrouth sera opérationnel jusqu'au jugement final dans le procès intenté par la société civile.

OLJ
25/01/2017

À la grande déception des militants contre la décharge de Costa Brava, le juge des référés du Mont-Liban Hassan Hamdane, qui avait annoncé qu'il ordonnerait la fermeture de la décharge hier à midi, a finalement décidé de maintenir le site ouvert jusqu'au 31 janvier, date à laquelle il émettra son jugement dans le procès intenté par des militants de la société civile.

Le juge a annoncé cette décision lors d'une séance tenue hier, dans le cadre du recours intenté en vue de la fermeture de ce site pour risques environnementaux, notamment celui de la prolifération des oiseaux. Ce qui a motivé sa décision, ce sont les documents présentés par les parties mises en cause, montrant que la sécurité de l'aéroport à proximité de la décharge, menacée par les nuées d'oiseaux attirés par les déchets, a été améliorée grâce à de nouvelles installations. Le jugement final dans cette affaire est donc attendu dans une semaine, fondé sur l'ensemble des rapports présentés par les différents ministères et administrations.

La décharge de Costa Brava (près du fleuve Ghadir, au sud de Beyrouth), l'une des deux du plan gouvernemental de gestion des déchets (la seconde étant à Bourj Hammoud), a beaucoup fait parler d'elle ces dernières semaines. Comme beaucoup d'experts l'avaient prévu, les déchets non triés qui parvenaient au site ont attiré quantité d'oiseaux marins, notamment des mouettes, qui ont fini par représenter un danger pour le trafic aérien. Un procès intenté par des avocats de la société civile a poussé le juge Hamdane à prendre une première décision de fermeture de la décharge le 11 janvier courant. La panique provoquée par les mouettes a été à l'origine d'une décision des plus controversées prise par la MEA au cours du week-end du 14 au 15 janvier, consistant à charger des chasseurs de descendre le plus grand nombre possible d'oiseaux. Le lendemain, le juge a ordonné la réouverture temporaire du site qui devait s'achever hier 24 janvier, en raison de l'accumulation des ordures dans les rues.

 

(Lire aussi : La chasse aux mouettes enflamme une polémique sans pareille)

 

Les avocats de la société civile étaient présents à la séance d'hier, notamment Hassan Bazzi, Abbas Srour et Hani Ahmadieh, ainsi que les avocats des parties adverses, ceux de la Fédération des municipalités de la banlieue sud, du Conseil du développement et la reconstruction (CDR) et de la compagnie de Jihad el-Arab (entrepreneur chargé de la construction de la décharge). À la porte du Palais de justice de Baabda, des manifestants de la société civile et de certains partis comme les Kataëb et le Parti communiste libanais faisaient entendre leur hostilité au maintien de ce site, qui pose problème près de l'aéroport, qui pollue la mer et qui met la santé de la population en danger, selon eux. Des appels à la fermeture définitive du site et au respect des conventions internationales signées par le Liban pouvaient être lus sur leurs banderoles.
À l'Agence nationale d'information, l'avocat Hani Ahmadieh (l'un des plaignants) a estimé que « les machines installées à l'aéroport ont un effet très limité pour éloigner les oiseaux, ce qui explique pourquoi (certains responsables) ont eu recours à la chasse des oiseaux ».

Il ajoute : « C'est la présence même de la décharge qui est contraire aux lois nationales et aux conventions internationales signées par le Liban. Le code de l'environnement, la Convention de Barcelone (NDLR : pour la protection de la Méditerranée) et les lois de protection de l'aviation civile ont tous été violés par la construction de ce site. » Il considère que « la demande faite par 35 municipalités de la banlieue sud de Beyrouth en vue de maintenir ce site ouvert ressemble plus à du populisme qui vise à influer sur les décisions de justice ».
Un autre avocat, Abbas Srour, a fait remarquer à l'Agence al-Markaziya que « le rapport du ministère de l'Environnement est franchement hostile à la construction de cette décharge, qui représente un risque important selon lui, ce qui prouve une fois de plus que la justice devrait trancher en faveur de sa fermeture ».

 

(Lire aussi : Après un début d’amoncellement dans les rues, Costa Brava rouverte par la justice)

 

Rapport d'un ornithologue
Sur un autre plan, le président de la commission parlementaire de Travaux publics et de l'Énergie, Mohammad Kabbani, a estimé hier que « l'affaire des mouettes a été réglée ». Il s'exprimait à l'issue d'une réunion de la commission tenue au Parlement en présence du ministre des Travaux publics, Youssef Fenianos, du ministre d'État pour la Lutte contre la corruption, Nicolas Tuéni, de représentants des ministères de l'Environnement et de la Justice et du directeur de l'Aviation civile par intérim.

M. Kabbani a tout d'abord précisé que le ministère de l'Environnement a émis des remarques au sujet de cette décharge, et souligné n'avoir encore approuvé aucune étude d'impact environnemental concernant le projet. Pour sa part, le ministre des Travaux a donné des détails sur les nouvelles machines installées à l'aéroport, démentant les rumeurs de pots-de-vin qui ont accompagné cette affaire. Il a aussi, selon M. Kabbani, précisé que l'embouchure du fleuve très pollué de Ghadir (accolé à la décharge) devrait être canalisée jusqu'à se déverser 150 mètres plus loin dans la mer, afin d'éloigner les rejets qui attirent les oiseaux. « Dans tous les cas, le ministre Fenianos estime que l'affaire des mouettes est close », a déclaré le député.

À ce sujet, le ministre de l'Environnement, Tarek el-Khatib, a envoyé hier une lettre à son homologue des Travaux et à la direction de l'Aviation civile comportant les résultats d'une étude sur les moyens écologiques et naturels d'éloigner les oiseaux du périmètre de l'aéroport, faite par l'ornithologue Ghassan Jaradi. Dans son étude, M. Jaradi a insisté sur la nécessité de « prendre des mesures qui tiennent compte des données exactes sur les oiseaux dans le périmètre de l'aéroport, ainsi que des mesures continues à plus long terme ».
L'expert recommande enfin à la direction de l'aéroport d'adopter un programme de contrôle et de surveillance des oiseaux, comme cela est le cas dans d'autres aéroports. Il note la nécessité de faire le compte des oiseaux migrateurs volant de nuit, et qui ne font pas partie des espèces marines comme les mouettes.

 

 

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Irene Said

Monsieur Moh. Kabbani estime que l'affaire du risque représenté par les mouettes pour l'aviation avait été "réglée".
Super nouvelle !
Mais sur quoi se base-t-il pour clamer cela ?
A-t-il fait parvenir un avertissement aux mouettes...de ne plus survoler l'aéroport ?

Attendons bien sagement le prochain épisode de ce feuilleton captivant joué par nos super-responsables !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET APRES... LA COSTA... OU LA BRAVA... OU LA BRAVACOSTA ?

Irene Said

Pour une question d'environnement, qui concerne le ministère de l'environnement, on va demander ou écouter l'avis de:
Mr. M. Kabbani
le CDR
le ministre des travaux publics
le ministre "d'état" contre la corruption...???
une quantité d'avocats de tous bords
des juges, etc. etc.
Cela dure maintenant depuis juillet 2015, avec,à cette époque, d'autres ministres, directeurs et commissions de tous genres.

Trop de cuisiniers gâchent le plat...
c'est exactement ce qui se passe avec ce problème de Costa Brava, les déchets, les oiseaux etc.

Pourquoi nommer (et garder)un ministre, si celui-ci ne peut ou ne sait rien décider de lui-même ?

Ou alors qu'ils fassent comme dans certains endroits en Afrique: qu'ils s'asseyent tous en cercle à l'ombre d'un arbre et discutent.
Cela ira certainement plus vite !
Irène Saïd

Le Herisson

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