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Liban

La chasse aux mouettes enflamme une polémique sans pareille

Sécurité de l’aéroport

La décision d'avoir recours à des tireurs pour abattre les oiseaux vient de la MEA, un jour après l'annonce de mesures gouvernementales... qui ne mentionnaient pas cette option.

16/01/2017

Au départ, c'est l'histoire d'une décharge, que des responsables politiques bien inspirés décidèrent d'installer à une centaine de mètres de l'aéroport. Puis vinrent les oiseaux marins, attirés par les déchets organiques en pleine décomposition (mais cela était bien prévisible, et les mises en garde n'avaient pas manqué depuis des mois). Survinrent ensuite les premiers incidents avec des oiseaux quasiment pris dans les réacteurs d'avion et la panique causée par la prolifération sans pareille des oiseaux marins qui ne savent plus où donner de la tête, entre la décharge et le fleuve pollué d'à côté. La décision d'un juge des référés d'arrêter temporairement le stockage dans la décharge a aussitôt fait exploser l'affaire dans les médias, et les mouettes firent irruption dans nos vies de manière assez brutale.

Sans vouloir reconnaître la série de ratages mentionnés plus haut, le gouvernement a adopté jeudi dernier un plan d'urgence fondé sur des mesures pour éloigner les oiseaux. Pourtant, un jour plus tard, c'est à des chasseurs que la Middle East Airlines (MEA) fait appel... Morale de l'histoire: il est bien plus facile de faire porter le chapeau aux mouettes qu'à la gestion désastreuse de ce dossier et de l'environnement en général.

Dès samedi, donc, les chasseurs ont fait leur apparition sur la plage de Costa Brava qui accueille désormais l'une des deux décharges du plan gouvernemental de mars 2016, l'autre étant à Bourj Hammoud.

Le PDG de la MEA, Mohammad el-Hout, que nous n'avons pu contacter hier, s'est exprimé à la chaîne MTV. Il a estimé que la chasse des oiseaux n'était pas la solution idéale, mais qu'elle a résulté de l'aménagement par les autorités d'une décharge aux abords de l'aéroport. « Nous ne sommes ni heureux ni enthousiastes d'avoir dû demander à des chasseurs de tuer des mouettes pour les éloigner du périmètre de l'aéroport », a-t-il dit. Interrogé par la journaliste sur les conventions internationales violées du fait de cette décision, M. eHout affirme qu' « en matière de conventions internationales, la sécurité des passagers passe avant celle des oiseaux ».

Et d'ajouter : « Cette méthode d'élimination des oiseaux n'est pas pratiquée qu'au Liban mais dans beaucoup de pays et beaucoup d'aéroports. Ceci dit, le nombre de chasseurs était bien plus réduit aujourd'hui (hier), et le nombre d'oiseaux qui se sont approchés de la côte a beaucoup diminué depuis hier (samedi, jour où la chasse a commencé). Cette pratique ne se poursuivra pas plus de vingt jours ou un mois, le temps que le gouvernement ait installé les machines pour éloigner les oiseaux qui seront, je l'espère, efficaces. » M. Hout a enfin déploré les nombreuses sources de pollution autour de l'aéroport, résultant d'activités illégales, revendiquant « des solutions pour toute la périphérie de l'AIB ».

 

 

 

« Que voulez-vous qu'on oppose à cet argument ? »

Interrogé par L'OLJ sur la chasse aux mouettes, le ministre de l'Environnement, Tarek el-Khatib, a d'emblée précisé que « cette mesure n'a pas été décidée par le gouvernement ». « En tant que ministre de l'Environnement, je ne peux que prendre en compte le fait que la chasse hors saison et sans être encadrée est inacceptable, dit-il. Mais d'un autre côté, quand je considère les raisons pour lesquelles ceux qui ont ordonné cette mesure l'ont fait, en toute objectivité, je constate qu'ils y ont eu recours après avoir épuisé toutes les autres solutions. Et ils ont mis dans la balance la vie d'êtres humains et celle des oiseaux. »
Cette méthode est-elle seulement efficace ? M. Khatib estime qu'il fallait réduire le nombre d'oiseaux et que cette mesure présente, par conséquent, une certaine efficacité.

Le gouvernement, qui, selon lui, n'est pas le commanditaire de cette mesure, avait annoncé un plan la veille de l'arrivée des chasseurs à Costa Brava, sans évoquer cette méthode-là. « En effet, je peux vous dire que ce recours à la chasse est dans tous les cas temporaire, et qu'à plus long terme, ce sont les mesures annoncées par le gouvernement qui seront mises en place », dit-il.

Interrogé par L'OLJ sur la chasse des oiseaux malgré les mesures différentes qui avaient été prises la veille par la commission ministérielle, le ministre des Travaux publics et des Transports Youssef Fenianos a affirmé qu'il est personnellement contre cette mesure, ainsi que beaucoup d'autres. « Mais quand on nous assure que la sécurité des passagers est en jeu, que voulez-vous que nous opposions à cet argument ? » dit-il. Il a assuré que le gouvernement attend l'arrivée des machines qui viseront à éloigner les oiseaux du périmètre de l'aéroport.

Pour sa part, que projette le ministre de l'Environnement dans les jours à venir ? « Il est certain que le ministère est directement concerné, répond M. Khatib. J'enverrai demain (aujourd'hui), dès mon arrivée au bureau, une équipe pour sonder ce qui se passe sur le terrain. »

(Lire aussi : AIB : des mesures ont été prises, mais la fermeture de Costa Brava reste la priorité)


Cormorans et aigrettes

La chasse de ces oiseaux n'est pas anodine, elle aura des retombées régionales et internationales. C'est ce qu'assure Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais (LEM). Il fait remarquer qu'il s'agit d'une entorse à l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA), ratifié par le Liban en 2002. « Sur les multiples photos d'oiseaux morts sur Facebook, nous pouvons constater que les animaux chassés ne sont pas que des goélands et des mouettes, qui sont mis en cause dans cette campagne, mais qu'il existe aussi d'autres espèces telles que les cormorans et les aigrettes, dit-il. Or pour ces chasseurs, tout y passe, en mépris des lois libanaises et internationales. À titre d'exemple, la population de goélands compte 17 espèces dont plusieurs sont placées sur la liste des espèces menacées. Il faut savoir également que ces espèces d'oiseaux passent l'hiver ici et vont se reproduire en Europe en été. Nos actes auront des conséquences qui dépasseront nos frontières. »

Pour confirmer ces propos, le Centre du Moyen-Orient pour la chasse durable a décidé de décréter 2017 « année des mouettes, qui ont été abattues injustement alors qu'elles sont généralement les indicateurs de la santé de la mer ». Selon le communiqué, « ce scandale est celui de notre échec dans la gestion des déchets ». Le centre a appelé les autorités « à ne plus impliquer les chasseurs dans de telles actions controversées ».

Une manifestation à l'aéroport

Par ailleurs, Paul Abi Rached trouve « bizarre » que le gouvernement ait annoncé des solutions « qui restent acceptables malgré tout » pour éloigner les oiseaux de la zone de danger, alors que « les chasseurs faisaient leur apparition le lendemain ».
Pour lui, c'est la décharge qui reste le problème central. « Nous l'avons dit depuis longtemps, il y a un danger plus grand que celui des oiseaux, celui du méthane et des gaz à effet de serre qui se dégagent en grande quantité de cette décharge », dit-il. Il estime cependant que sa fermeture est possible et que « des solutions rapides sont envisageables, même si nous ne sommes disposés à en parler que lorsque le gouvernement prendra cette affaire au sérieux ». Mais l'écologiste craint que « les solutions propres n'intéressent pas les autorités qui, de par plusieurs déclarations récentes, privilégient l'achat d'incinérateurs lesquels permettront de conclure des contrats juteux ».

Il convient enfin de signaler que des manifestants du mouvement « Vous puez ! » de la société civile ont effectué un sit-in devant l'aéroport, après avoir été empêchés de s'introduire dans le hall principal, où ils avaient quand même pu distribuer des slogans aux voyageurs. Les manifestants ont dénoncé la manière dont les autorités se sont comportées dans l'affaire des oiseaux et revendiqué une fermeture pure et simple de la décharge.


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Remy Martin

Et si les companies aeriennes, a commencer par la MEA equipaient leurs appareils de ce petit gadget, qui couterait pratiquement rien, tels que ceux installes aux Etats-Unis sur la calandre des bagnoles, et qui du fait de la vitesse du vehicule emettent des ultra sons qui eloignent les cerfs ey autres quadrupedes et qui depuis des annees ont prouve leur efficacite ? Seulement voila, vu leur cout derisoire, ils ne representeraient aucun interet "palpable" a notre crasse, pardon classe, politique. A bon entendeur !

Remy Martin

Mediocrite et sous-culture des "humains" ou plus specifiquement des "Libanais" de ce 21eme siecle ?????

Le Faucon Pèlerin

Savez-vous que chez l'ennemi israélien, la chasse et le commerce qui s'en suit sont éternellement interdits. Ni chasseurs, ni fusils, ni cartouches mais des millions d'oiseaux de tous les genres, sédentaires et migrateurs, agrémentent la vie des citoyens.

Le Faucon Pèlerin

"Il lui avait demandé si elle croyait que les oiseaux étaient des présages de bonheur. Je ne sais pas, disait-elle, je pense que c'est en soi un grand bonheur de les voir."

Les contes - Karen Blixen

Irene Said

Voilà le résultat, effarant et catastrophique, de la nomination à des postes ministeriels de personnes qui n'ont aucune notion ni expérience dans le domaine de leur ministère !
Cela ne sert à rien de les énumérer, nous les connaissons tous...
Ces personnes y ont été placées pour satisfaire leur communauté religieuse, le chef de l'Etat et son parti, etc. et autres raisons libanaises ridicules qui ne nous ont, en général et depuis des années, apporté que des catastrophes dans tous les domaines.
Et maintenant, on tire sur les mouettes...au lieu de règler le problème à sa source:
l'incroyable saleté et la pollution partout dans notre pays...et une solution planifiée du problème des déchets.

...Des machines pour effrayer les mouettes et autres malheureux oiseaux...combien vont-elles coûter ??? Ok...en attendant...mais la suite ?

Monsieur le Ministre de l'environnement, à part d'aller vérifier si les mouettes se trouvent à Costa Brava ou pas, et d'affirmer avec une candeur magnifique qu'il n'y en avait pas, travaillez-vous enfin à un programme pour tout le pays ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIEU DE LES TIRER A L,APPROCHE DES PISTES ON LES TIRE A LA COSTA BRAVA POUR LES ENVOYER VERS LES PISTES... KILCHE BIL MA2LOUB !

yves kerlidou

Bienvenu au Liban, la première chose que ressent un visiteur en arrivant à l'aéroport de Beyrouth une odeur pestilentielle.Monsieur le ministre du tourisme vous pouvez faire toutes les brochures pour vanter le Liban le premier choc est à arrivée

M.V.

Les mouettes sont innocentes dans cette affaire d'abattage effarant d'oiseaux ! , si les humains avaient correctement géré leurs poubelles , les mouettes ne serait pas là...! ,la problématique , est donc bien à terre et c'est la médiocrité et la sous-culture des humains ,qui sont la cause première de ce phénomène....!

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