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À La Une - Conflit

La reprise d'Alep, un camouflet pour l'Arabie saoudite et le Qatar

"Le défi pour les pays du Golfe, ce n'est pas Assad lui-même, mais la nouvelle alliance entre la Russie, la Turquie et l'Iran", selon un expert.

Le ministre russe des Affaires étrangères entouré de ses homologues turc et iranien, hier, lors d’une réunion à Moscou consacrée au dossier syrien. Natalia Kolesnikova/AFP

L'Arabie saoudite et le Qatar, parrains de groupes rebelles en Syrie, ont subi un camouflet avec la reprise d'Alep par le régime de Bachar el-Assad et leurs tentatives d'obtenir le départ du président syrien apparaissent de plus en plus vaines.
Ces deux riches pays du Golfe ont, comme la Turquie, aidé des groupes armés qui combattent les forces prorégime dans cette guerre dévastatrice qui a fait plus de 310.000 morts depuis 2011.

Mais le régime a réussi à reprendre aux insurgés de vastes territoires avec l'aide de la Russie, de l'Iran et du  Hezbollah, notamment la partie Est d'Alep que l'opposition armée contrôlait depuis 2012. L'armée syrienne a annoncé jeudi soir avoir repris le contrôle total de la deuxième ville de Syrie, peu de temps après la sortie du dernier convoi de rebelles et de civils du réduit rebelle d'Alep.

"La chute d'Alep a affaibli la position de négociation de l'opposition syrienne et de ses alliés", notamment les pays du Golfe, qui "devraient s'engager sur la voie d'un règlement politique car une solution militaire est devenue plus que jamais improbable", explique à l'AFP Ibrahim Fraihat, analyste et professeur au Doha Institute for Graduate Studies.
Cependant, dit-il, ces pays devraient fournir aux rebelles des armes sophistiquées, y compris des lance-missiles sol-air portables Stinger, afin d'empêcher qu'un "nouveau déséquilibre" des forces éloigne la perspective d'une solution politique. Mais Washington, allié des pays du Golfe et soutien de l'opposition syrienne, redoute que des armes sophistiquées tombent entre les mains de jihadistes.

Pour Mathieu Guidère, expert du Moyen-Orient et professeur à l'université de Toulouse en France, la reprise totale d'Alep revêt des conséquences sérieuses pour les pays du Golfe. "La destinée de la Syrie n'est plus entre leurs mains", assure-t-il à l'AFP, soulignant la coopération croissante entre la Russie, l'Iran et la Turquie, qui a envoyé des troupes en Syrie pour combattre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et des milices kurdes.

 

(Pour mémoire : Le Qatar continuera à aider les rebelles syriens, avec ou sans Trump)

 

"Dérive occidentale"
Ces trois pays ont en effet récemment convenu d'élargir le régime de cessez-le-feu, de garantir un accès à l'aide humanitaire et d'être les "garants" de négociations entre le régime syrien et l'opposition, selon le ministre russe des Affaires étrangères. Ankara et Moscou ont également étroitement coopéré dans le cadre de l'accord sur l'évacuation de rebelles et de civils d'Alep.

Maintenant, "le défi pour les pays du Golfe, ce n'est pas Assad lui-même, mais la nouvelle alliance entre la Russie, la Turquie et l'Iran", dit M. Guidère. Selon Abdulkhaleq Abdulla, professeur de sciences politiques émirati, la Turquie est en effet passée du camp qui cherchait à renverser M. Assad au camp qui souhaite son maintien. "Ceux qui avaient parié sur une alliance Turquie-Arabie-Qatar ont perdu", a-t-il dit sur Twitter.

L'arrivée au pouvoir en janvier aux Etats-Unis de Donald Trump pourrait encore plus modifier la donne pour les pays du Golfe car des responsables américains lui prêtent l'intention de se rapprocher de Moscou.
"Les Saoudiens et d'autres savent que, sous le président Trump, la dérive occidentale vers Assad va s'accélérer", estime Neil Partrick, un autre spécialiste du Golfe. "Cela veut dire l'abandon de l'objectif d'un Etat client syrien, dominé par des sunnites, où l'Arabie saoudite rivaliserait ensuite avec les Turcs et les Qataris".

Selon lui, les pays du Golfe savent depuis un certain temps que Moscou est le principal acteur en Syrie et ils réalisent que Washington "pourrait maintenant essayer d'obtenir un arrangement avec la Russie pour la suite". Une telle coopération américano-russe pourrait impliquer "moins de poids" pour l'Iran chiite, le grand rival des monarchies sunnites du Golfe, a poursuivi cet expert.
Donc, explique M. Partrick, "si l'Arabie saoudite était sage, elle enverrait des signaux à Assad maintenant, comme les Turcs et les Egyptiens l'ont fait" récemment.

 

 

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commentaires (4)

le président Assad est toujours là Obama, part Hollande, il va partir

Talaat Dominique

13 h 02, le 24 décembre 2016

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Commentaires (4)

  • le président Assad est toujours là Obama, part Hollande, il va partir

    Talaat Dominique

    13 h 02, le 24 décembre 2016

  • je ne crois pas que les pays du Golfe pensent que c'est un camouflet Les navires de guerre de ces pays ont ils débarqué du matériel lourd dans les ports syriens, Ont-ils bombardé l'armée syrienne par des frappes intensives et très destructives ? Ont-ils débarqué des troupes pour combattre l'armée syrienne ? Non ! Ils se sont contentés d'une aide légère et lointaine aux rebelles. Le résultat de leur intervention vient d'être sanctionné La Russie a envahi la Syrie, lourdement armée Les pays arabes ont-ils craint de se confrontés aux russes ? C'est très vraisemblable Que le Président syrien crie victoire est à l'image de ses actes. Sa légitimité est issue d'une élection partielle d'un peuple dispersé. Alep est totalement en ruine. On ne peut dire que l'image de ce Président criminel a grandi pour la population "pro-regime" c'est une grande fête qui n'honore pas 312.000 morts pour rien. C'est la fable de la cigale et la fourmi La guerre civile en Syrie est loin d'être close, militairement et politiquement Le petit Hitler est toujours assis sur un siège éjectable, sans parachute

    FAKHOURI

    13 h 02, le 24 décembre 2016

  • L'implication de l'Arabie Saoudite et du Qatar ( et occasionnellement de la Turquie) dans " la révolte des syriens contre leur gouvernement" était une erreur, plus encore "une faute" Elle a semble t il reçu la sanction qu'elle méritait Mais les "sunnites" ne sont pas les seuls a avoir, apparemment "fait un mauvais choix" les occidentaux qui ont à cor et a cri "réclame le départ du président d'un pays indépendant" ont également été sanctionnées... Les différents pays qui se portent jugés de la légitimité du Président d'un auttre pays...devraient y réfléchir à deux fois avant de traduire leur jugement en actes d'interventions susceptibles de bousculer des équilibres fragiles

    Chammas frederico

    11 h 22, le 24 décembre 2016

  • Camouflet aussi pour F.H le Président - descendant -...

    M.V.

    11 h 19, le 24 décembre 2016

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