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Moyen Orient et Monde - Iran / Éclairage

Téhéran a multiplié les victoires, mais a aussi des limites très claires

Des experts estiment que les craintes d'une domination de la République islamique sur le Moyen-Orient sont exagérées.

L'Iran a signé une série de victoires ces derniers mois au Moyen-Orient, et ses décennies d'isolement le préparent aux incertitudes de la future présidence Trump, mais des experts estiment que les craintes d'une domination iranienne sur la région sont exagérées.
Avant même la reprise totale de la ville d'Alep par le régime du président syrien Bachar el-Assad, qu'il soutient militairement, les responsables iraniens ont crié victoire. « La libération d'Alep (...) renforcera encore le poids politique de la République islamique dans la région », déclarait ainsi la semaine dernière le général Yahya Safavi, un important conseiller du guide suprême Ali Khamenei en matière de politique étrangère. « Le nouveau président américain élu (Donald Trump) devra accepter cette réalité que l'Iran est la première puissance dans la région », disait-il.

Changement majeur
Comme en Syrie, les événements récents dans la région ont pris une tournure favorable à l'Iran. En Irak, le soutien à la lutte contre le groupe État islamique (EI) commence à payer, même si la reprise de la ville de Mossoul devrait encore prendre du temps. Au Liban, Michel Aoun, allié au Hezbollah soutenu par l'Iran, a finalement été élu président de la République après une longue période de blocage. Au Yémen, les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, résistent, malgré plus d'un an de bombardements de la coalition arabe menée par l'Arabie saoudite, grande rivale régionale de l'Iran.
Et grâce à la levée d'une partie des sanctions internationales dans la foulée de l'accord sur le nucléaire de 2015, l'Iran a pu récupérer des milliards de dollars de capitaux bloqués à l'étranger et a même pu augmenter considérablement ses exportations pétrolières.
Ces succès interviennent au moment où va arriver au pouvoir le président élu américain Donald Trump, en janvier. Ce dernier s'est entouré de collaborateurs connus pour leur hostilité envers l'Iran, mais il a également critiqué l'Arabie saoudite pour sa dépendance aux États-Unis et son soutien à un islam fondamentaliste.
« Pour l'Iran, ce sera beaucoup plus simple de ne pas avoir à compter sur les États-Unis, car ils le font déjà depuis trois décennies, alors que pour l'Arabie saoudite, ce serait un changement majeur de cesser de s'appuyer sur eux », explique Adnan Tabatabai, expert de l'Iran au centre de réflexion Carpo basé en Allemagne. Le royaume saoudien est en effet déjà fragilisé par des difficultés économiques liées aux prix bas du pétrole, par l'échec des rebelles qu'il soutient en Syrie, mais aussi par les critiques des Occidentaux contre sa campagne de bombardement au Yémen. « Nombre des succès de l'Iran dans la région sont en fait dus aux échecs des autres pays. On ne doit pas surestimer les capacités iraniennes », prévient M. Tabatabai. « La Syrie est importante pour maintenir l'accès de l'Iran au Hezbollah, qui agit contre l'influence israélienne dans la région, mais la priorité pour Téhéran est d'assurer la sécurité de ses frontières avec l'Irak et l'Afghanistan », ajoute-t-il.

Avantages importants
Pour Foad Izadi, professeur en sciences politiques à l'université de Téhéran, le soutien à Bachar el-Assad est une nécessité et constitue une action de défense. « Si la Syrie tombe, il y aura soit un régime pro-israélien, soit le groupe État islamique, soit un scénario comme en Libye. Ce ne sont pas de bonnes options pour nous. Et si la Syrie se désagrège, ensuite l'Irak se désagrégera, à notre porte. Ce n'est pas une question de domination de la région, c'est une question d'éviter une guerre permanente », déclare-t-il.
La montée en puissance de l'Iran a toutefois des limites très claires. « Cela ne change pas le fait que l'Iran est une puissance chiite dans une région à majorité sunnite », affirme ainsi Aram Nerguizian, expert du Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington. « Personne ne veut une guerre totale. Dans une certaine mesure, chacun doit accepter une certaine influence de l'autre. L'autre solution est une guerre idéologique permanente entre sunnites et chiites, et cela ne sera pas soutenable », ajoute-t-il. Pour M. Nerguizian, l'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe ont encore des avantages importants : ils dépensent des fortunes dans leur armement, bénéficient du « soutien des pays occidentaux » et sont mieux intégrés dans l'économie mondiale. « Cela fait 60 ans que des gens prédisent la chute de la famille royale des al-Saoud, et ça n'est pas arrivé », remarque-t-il.
L'Iran, lui, ne peut s'appuyer que sur la Russie et la Chine, dit M. Nerguizian. Or ces puissances « ont leurs propres priorités » dans la région et, à l'exception de la question syrienne, leurs intérêts ne sont pas forcément ceux de Téhéran.

Éric RANDOLPH/AFP

L'Iran a signé une série de victoires ces derniers mois au Moyen-Orient, et ses décennies d'isolement le préparent aux incertitudes de la future présidence Trump, mais des experts estiment que les craintes d'une domination iranienne sur la région sont exagérées.Avant même la reprise totale de la ville d'Alep par le régime du président syrien Bachar el-Assad, qu'il soutient...
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