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Moyen Orient et Monde

Assad, victorieux à Alep-Est par procuration

Éclairage

Sans l'aide conséquente de ses alliés russes et iraniens, le régime syrien n'aurait jamais pu résister.

16/12/2016

L'eunuque s'attribue la virilité de son maître, dit l'adage. Et en Syrie, il semble bien que les différentes victoires engrangées par les alliés du président syrien Bachar el-Assad profitent bien à ce dernier. Sans l'aide de la Russie, de l'Iran et de groupes paramilitaires sous la tutelle de ces deux pays, il est plus que probable que le régime alaouite n'aurait pas tenu bon face aux violences qui font rage en Syrie depuis plus de cinq ans.

Lorsque les soulèvements commencent en mars 2011, avant de se transformer en affrontements meurtriers, l'armée syrienne n'est pas vraiment prête au combat. Minée par la corruption, celle-ci réussit tant bien que mal à freiner les désertions. Les premières années du conflit, elles ont surtout touché les rangs sunnites, et non alaouites, minorité à laquelle appartient le président Assad. Néanmoins, différentes milices – plus d'une centaine de groupes paramilitaires, syriens et surtout étrangers – participeraient au conflit aujourd'hui aux côtés de l'armée loyaliste. Certains ne dépassent pas les quelques dizaines de combattants, mais sont nombreux. D'autres sont, au contraire, composés de plusieurs milliers de miliciens. L'une de ces milices, les Tiger Forces (Kouwwat al-Nemer), financée par Rami Makhlouf, cousin de Bachar el-Assad, et menée par un colonel alaouite loyal, Souheil el-Hassan, s'est démarquée par de nombreuses missions réussies depuis sa création en 2012.

 

(Lire aussi : Après Alep)

 

Depuis 2011, différentes milices étrangères – russes, iraniennes, pakistanaises, afghanes, irakiennes, libanaises– ont fait leur apparition sur le terrain syrien. Et paradoxalement, ce qui a permis à ces milices de prendre de l'ascendant sur le terrain a permis à l'armée syrienne, saignée à blanc par près de six ans de conflit, de survivre tant bien que mal. Le gros des combats reste ainsi réservé aux milices étrangères (qui composeraient plus de 70 % des effectifs, d'après plusieurs rapports rédigés au fil des années par des sites spécialisés dans l'investigation, à l'instar de Bellingcat), comme le Hezbollah libanais, par exemple, tandis que l'armée syrienne se réserve les frappes aériennes et l'artillerie lourde.

Parallèlement, plus de 4.000 Russes se trouveraient ainsi en Syrie, dont une grande partie travaillerait pour le compte de compagnies militaires privées, comme ENOT Corp. Parmi les milices russes les plus invoquées, le groupe Wagner, une unité paramilitaire, composée de mercenaires rémunérés par l'une de ces « compagnies privées ». Basé à Lattaquié, ce groupe aurait contribué à la reprise de Palmyre à l'État islamique, entre autres. Selon le témoignage d'un membre de ce groupe, les soldats syriens qu'il a formés « ne savaient pas tirer, ni même nettoyer leurs armes. On a dû tout leur apprendre »... De nombreux officiers de l'armée russe sont également présents en Syrie, et supervisent les opérations de plusieurs milices syriennes, comme Liwaa al-Quds, une brigade syro-palestinienne prorégime basée dans la province d'Alep, et étrangères.

 

(Lire aussi : Le bilan d'Obama à l'épreuve d'Alep)

 

L'ascendant du Hezbollah libanais
De même, de nombreux groupes de combattants iraniens, ou menés par l'Iran, ont fait leur apparition en Syrie depuis 2011. Parmi eux, les gardiens de la révolution, le Hezbollah libanais, Ansar Allah (yéménite), le Hezbollah afghan, Liwaa al-Fatimiyoun (Afghanistan), Liwaa Hezbollah Pakistan, Liwaa Zeinebiyyoun, Black Lily (grec, affilié au parti d'extrême-droite Aube dorée), Hezbollah al-Hijaz (Arabie saoudite), etc. Éparpillés à travers la Syrie, ces combattants seraient, selon certaines sources dont l'Onu, plus de 25 000.

De nombreuses histoires circulent en outre sur l'influence qu'aurait le Hezbollah libanais sur les troupes syriennes, confirmées par les témoignages de soldats qui auraient fait défection. Certains parlent même d'un « État dans l'État », en référence à l'ascendant du Hezbollah et des troupes iraniennes sur leurs homologues syriens, dépendants de leurs alliés. Plus de 5 000 membres du groupe se trouveraient en Syrie, selon des responsables américains. En 2013, Qousseir a d'ailleurs été reprise grâce au parti de Dieu. Toujours grâce à lui, de nombreuses batailles ont été remportées par le régime et plusieurs fronts consolidés, comme la route stratégique dite du Castello, au nord d'Alep.

 

(Lire aussi : Des milliers de civils et de rebelles évacués d'Alep-Est)

 

Les forces d'Assad ne peuvent, à elles seules, assurer la stabilité d'un front, ou celle de positions reprises à des groupes antirégime. Neuf mois après avoir été libérée, Palmyre a ainsi été reprise par plus de 4 000 combattants de l'EI le 11 décembre, au terme d'une offensive éclair de quatre jours. Il y a donc une fragilité certaine dans les positions reprises aux groupes comme l'EI ou rebelles. Cette perte représente un embarras certain pour Moscou, bien plus que pour Damas. La Russie, en effet, n'a pas réussi à enrayer l'avancée de l'EI, ni à la prévenir, quelques mois à peine après avoir organisé un concert de la victoire par l'orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg. Malgré le succès obtenu à Alep par le régime et ses alliés, donc, la faiblesse même de l'armée syrienne, qui ne peut disperser ses troupes, contredit les déclarations du président syrien, qui affirme vouloir reprendre toutes les zones syriennes qui échappent à son contrôle.

C'est également un représentant du Hezbollah qui a annoncé que l'accord de trêve et d'évacuation a été conclu mercredi soir à Alep, en contrepartie de l'évacuation de 15 000 personnes assiégées par les rebelles dans les villages chiites de Fouaa et Kfarya, dans la province d'Idleb. Cette condition de dernière minute imposée par l'Iran avait fait échouer le précédent accord de trêve à Alep conclu la veille entre la Russie et la Turquie. Le fait que les alliés de Damas mènent les différentes négociations et en fixent les conditions, et le veto russe à l'Onu qui a jusque-là fait capoter toutes les résolutions occidentales destinées à enrayer les violences, démontre clairement le peu de poids du régime Assad dans le contexte actuel.

Reste à savoir si, une fois la guerre terminée en Syrie, le régime syrien actuel, s'il est encore en place, pourra retrouver une influence aujourd'hui minime par rapport à celle de Moscou et Téhéran en Syrie. Bachar el-Assad n'aurait jamais survécu à la guerre qui fait rage sans l'aide de ses alliés. Mais pourra-t-il se défaire de leur emprise ? Il n'est pas sûr qu'il le veuille.

 

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Bery tus

Superbe article !! Tous ces acteurs n'auraient jamais pu y jouer si la répression du régime au début du soulevement pacifique (car on avait vu ceux ci donner des fleurs aux soldats du régime, on a aussi été témoin de la barbarie du régime envers le chanteur narrateur a qui on a arracher les cordes vocales puis assassinee) n'était inhumain VOICI LA VÉRITÉ QUE TOUTES PERSONNES AUI SE DIT CIVILISER N'OSE PAS SE RAPPELER POUR PEUT ETRE SE DONNER BONNE CONSCIENCE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES RUSSES SONT LES VAINQUEURS MOMENTANNES EN SYRIE... VIENDRA LE TEMPS OU ILS SE DEBARASSERONT D,UNE FACON OU D,UNE AUTRE DE TOUS LEURS ACCESSOIRES ...

Chammas frederico

Aussi évident que "l'armée syrienns" n'aurait jamais Pi reprendre Alep est, il est évident aussi que "la rébellion" n'aurait jamais pu prospérer sans l'intervention de "toutes les Alnosra, Ahrar El cham et consorts"
Le territoire syrien a donc été un terrain d'affrontements étrangers...de motivations diverses et d'idéologies diverses...
Ces "agitateurs étrangers de tous bords étaient tous des mercenaires" probable tu payés par l'étranger...
On peut gloser sur "la victoire d'Assad" à Alep est, il n'en reste pas moins que c'est un tournant important dans cette "guerre atypique, par proxy"
Ce qui en résulte, c'est le maintien probable d'une Syrie gouvernementale, quelque écornée qu'elle soit et vassalisée...
Comme en Égypte, les Frères Musulmans n'auront pas réussi a y établir une base

VITESSE DE CROISIÈRE

C'est bien écrit et bien dit tout ça.

La seule lacune à cette analyse c'est contre qui se battaient les résistants ?
Qui étaient en face d'eux Mme Medawar ?
Vous n'en parlez pas, la réponse est qu'il s'agissait de 90 TYPES DE bactéries de 90 nationalités différentes, donc si ces bactéries n'étaient pas financées par la coalition des alliés turcs bensaouds européens américains etc... la situation n'aurait pas été aussi loin et le régime du HÉROS BASHAR EN AURAIT FINI EN QUELQUES SEMAINES .

M.V.

Assad avait besoin d'aide multiple ...vu que l'incendie allumé ,par les occidentaux pompiers pyromanes ...surtout avec le tandem surréaliste Obama/Hollande .... , au final ...voilà ils n'ont joué qu'au pyromane ...sans même oser faire les pompiers ...! irresponsabilité crade ou cynisme géopoliticien d'amateurs ..? ou les deux...?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le régime aSSadique n'aurait jamais survécu à la guerre qui fait rage sans l'aide de ses alliés. Mais pourra-t-il se défaire de leur emprise ? Il n'est pas sûr qu'il le veuille." !
Qu'il aille à la géhenne et au diable....
Khâââï !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Excellente analyse !

Chelhot Michel

Beaucoup de vérités dans cet article; pour plus d'objectivité il aurait été souhaitable de souligner que l'arrivée en Syrie de combattants étrangers antirégime a commencé bien avant celles des Iraniens et du Hezbollah et des autres. Dès 2011-2012 ont a vu des Saoudiens,Tunisiens,Algériens,Turcs,Afghans,Ouighours, Européens, etc ...

Viken Hannessian

Article Wahabi-Qatari par procuration.

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