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Liban - La situation

Interrogations sur les équilibres au sein du cabinet Hariri

Le chef des Marada, le député Sleiman Frangié, recevant hier une large délégation de l’ambassade d’Iran à Bnechii. Photo an-Nahar

D'un point de vue strictement numérique, et sous l'angle des seules alliances déclarées, la répartition des quotes-parts au sein du nouveau cabinet avantage légèrement le tandem Amal-Hezbollah par rapport au courant du Futur, tout en offrant la possibilité à d'autres parties de jouer éventuellement les points de bascule.

Ainsi, le noyau dur du 8 Mars inclut, outre les cinq ministres relevant du tandem chiite, les trois ministres respectifs des Marada (représentés par Youssef Fenianos, l'aile proche du Hezbollah et de Damas), le Parti syrien national social (auquel le Hezbollah a préféré concéder son troisième portefeuille plutôt qu'au président de la République) et le Parti démocrate libanais, représenté par Talal Arslane (même si le député Walid Joumblatt a contribué à son inclusion au sein du cabinet en favorisant la formule de trente, et veillé à ce qu'un portefeuille, et non un ministère d'État, lui soit accordé).
Ce groupe ministériel de huit est contrebalancé par sept ministres relevant directement du courant du Futur (Nouhad Machnouk, Jean Oghassabian, Jamal Jarrah, Mohammad Kabbara, Ghattas Khoury et Mouïn Merhebi, aux côtés du Premier ministre Saad Hariri). Il reste à savoir qui du camp du Hezbollah ou du courant du Futur est à même de se rallier le plus de membres au sein du cabinet.

 

(Lire aussi : En matière de représentation politique des femmes, le Liban confirme son statut de cancre)

 

Les Forces libanaises, qui appellent à ne pas percevoir le cabinet comme une composition de « blocs barricadés », continuent de miser sur un recentrage du président de la République, le général Michel Aoun, qui a maximisé à neuf ministres sa représentation au sein du cabinet – il a profité de son élargissement à trente pour revoir à la hausse sa quote-part (quatre), s'ajoutant à celle du Courant patriotique libre (cinq). Même si la part du président Aoun inclut des noms jugés comme « provocateurs » pour le Premier ministre désigné (aussi bien au niveau des personnes que de leur affectation aux portefeuilles en question), comme Salim Jreissati à la Justice et Yaacoub Sarraf à la Défense – d'anciennes figures de proue du mandat Lahoud–, c'est au final « le président Aoun qui les a désignés, et c'est lui qui assumera la responsabilité de leurs actes », disent les milieux FL. Pour eux, il est « inconcevable, pour ne pas dire impossible, que le président Aoun accepte de désigner des ministres-caméléons, au risque de les voir basculer dans le camp du Hezbollah ».

À moins, diront d'autres, que le président Aoun soit lui-même retourné dans ce camp (avec la promesse d'œuvrer à un rapprochement entre ce camp et les FL, même si ces derniers entendent pour l'heure remplir le rôle de « conciliateurs » entre Baabda et le courant du Futur au sein du cabinet). Ce que ne contestent ni des milieux indépendants restés attachés à la lutte pour la souveraineté de l'État ni des milieux proches du Hezbollah. Ainsi, la « victoire » que l'axe irano-syrien dit avoir marquée avec la formation du cabinet (la visite de l'ambassadeur d'Iran hier à Bnechii est significative à cet égard) est confirmée par des milieux indépendants du 14 Mars qui rapportent que la naissance d'un cabinet de trente a résulté d'un « forcing irano-syrien ».

 

(Lire aussi : Michel Aoun, président-gestionnaire, arbitre engagé)

 

 


Polémique Rifi-Jreissati

De toute évidence, l'expression de cette « victoire » syro-iranienne ne trouve pas d'écho officiel dans les rangs de Baabda ni du CPL. Ainsi, le ministre Salim Jreissati a-t-il déclaré hier à notre correspondante Hoda Chédid que « c'est le président Aoun qui fera seul pencher la balance en faveur d'un camp ou d'un autre au sein du cabinet ». Tentant d'afficher un certain centrisme à l'égard du dossier problématique du Tribunal spécial pour le Liban, il s'est engagé à « ne pas entraver la marche du TSL ». « Je me dois néanmoins de m'enquérir des raisons du retard mis au niveau du procès, toute justice retardée n'étant pas une véritable justice », a dit le ministre. Conseiller du bureau et des conseils de la défense à La Haye, il affirme avoir démissionné de cette fonction depuis qu'il a été nommé à la Justice, en même temps qu'il a suspendu l'exercice de son métier d'avocat à Beyrouth.

M. Jreissati répondait ainsi à la polémique qui l'a opposé hier au ministre sortant de la Justice Achraf Rifi. Ce dernier a fait part aux médias de sa décision de ne pas prendre part à la cérémonie de passation de pouvoir au siège du ministère de la Justice – pointant tacitement du doigt le parti pris de son prédécesseur en faveur du Hezbollah devant le TSL, ainsi que sa proximité avec le régime syrien. M. Rifi a affirmé avoir contacté au téléphone M. Jreissati, « par devoir institutionnel », afin de l'informer qu'il détenait toujours la clé du coffre-fort du ministère ainsi que son mot de passe et qu'il avait l'intention de les lui remettre incessamment.

La version de M. Jreissati est toute autre. Il a précisé à notre correspondante que M. Rifi l'a contacté pour le féliciter et lui exprimer sa disposition à prendre part à la passation, ce qu'aurait refusé Sélim Jreissati « au nom du droit », son prédécesseur ayant démissionné bien avant la formation du nouveau cabinet et n'ayant aucune compétence légale à occuper le ministère. « J'ai d'ailleurs chargé la directrice générale du ministère, la juge Mayssam Noueiri, de me remettre toute les décisions prises par le ministre Rifi depuis sa démission jusqu'à ce jour. Je prendrai en compte les droits acquis des citoyens, mais je me dois d'examiner ses décisions », a-t-il dit, sur un ton de défiance manifeste.

Il reste qu'en dépit de cette joute symbolique, le discours prédominant est celui de l'évitement de toute confrontation. Le président de la République a ainsi fait part à ses visiteurs de sa volonté de « veiller au travail du Conseil des ministres en tant qu'équipe homogène et solidaire ». Il a souligné en outre que le cabinet « représente la plus grande partie des forces politiques, mais j'aurais souhaité qu'aucune de ces composantes n'en soit absente, le chantier de travail étant ouvert à tous, sauf à ceux qui choisissent volontairement de s'en écarter », a-t-il ajouté, dans une allusion à peine voilée aux Kataëb, absents du cabinet, et désormais ancrés dans une opposition dont les contours et la cible restent encore à définir.

Les références à la cohésion du cabinet et à l'importance de sa bonne marche abondent aussi du côté du Hezbollah. Le secrétaire général adjoint du parti, le cheikh Naïm Kassem, a ainsi annoncé « une prochaine étape portant une série de solutions pour le Liban et la région, à la suite des défaites des takfiristes et du triomphe de l'axe de la résistance ». Il a ainsi fait le lien entre « l'élection du général Michel Aoun à la présidence et la formation du gouvernement, résultant du désespoir de ceux qui (le courant du Futur, NDLR) ont longtemps parié sur un retournement positif de la situation régionale en faveur des ennemis de la résistance ». Il est certes avéré que Saad Hariri, affaibli par l'absentéisme actuel de l'Arabie (essentiellement préoccupée par le Yémen), préfère la relance institutionnelle, fût-elle aux conditions du Hezbollah, à une situation de vacance. Il parierait en tout cas sur « une opposition de l'intérieur du cabinet ».

Mais il est tout aussi sûr que l'Iran n'est pas certain de capitaliser sur ses « victoires » en Syrie au niveau régional. Des « victoires » qu'il partage avec la Russie et qui, du reste, commencent à produire un effet boomerang avec la montée attendue de la violence provoquée par l'insoutenable tragédie d'Alep. Le Liban est, dans ce contexte, l'enclave où l'Iran est le plus sûr de mettre à profit ses acquis régionaux. La prochaine étape pourrait bien être l'élaboration d'une nouvelle loi fondée sur la proportionnelle. Deux points-clés qui seront aujourd'hui au menu de la nouvelle séance de dialogue bilatéral Hezbollah-Futur.

 

 

 

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D'un point de vue strictement numérique, et sous l'angle des seules alliances déclarées, la répartition des quotes-parts au sein du nouveau cabinet avantage légèrement le tandem Amal-Hezbollah par rapport au courant du Futur, tout en offrant la possibilité à d'autres parties de jouer éventuellement les points de bascule.
Ainsi, le noyau dur du 8 Mars inclut, outre les cinq ministres...

commentaires (3)

"The right man in the right place"... Le Liban est le seul pays au monde où ce principe n'est point appliqué. Au Liban il est d'usage fréquent de "caser" un médecin comme ministre des Travaux publics, un avocat ministre de l'agriculture, un ingénieur aux Finances, un agriculteur aux Affaires étrangères, un agent immobilier à la Santé etc... Cela s'appelle distribution des "hossas" (quote-parts) selon l'appartenance religieuse et tribale. Les résultats de cette pratique sont les guerres successives et l'instabilité permanente.

Honneur et Patrie

12 h 52, le 20 décembre 2016

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Commentaires (3)

  • "The right man in the right place"... Le Liban est le seul pays au monde où ce principe n'est point appliqué. Au Liban il est d'usage fréquent de "caser" un médecin comme ministre des Travaux publics, un avocat ministre de l'agriculture, un ingénieur aux Finances, un agriculteur aux Affaires étrangères, un agent immobilier à la Santé etc... Cela s'appelle distribution des "hossas" (quote-parts) selon l'appartenance religieuse et tribale. Les résultats de cette pratique sont les guerres successives et l'instabilité permanente.

    Honneur et Patrie

    12 h 52, le 20 décembre 2016

  • saad lui même est un miraculé . Avec toutes les pantalonnades qu'il a subit depuis son escapade bensaoudique il n'arrête pas de reculer . Il a reçu une condamnation des bensaouds où si son jet privé venait à se poser sur ryad il serait confisqué par ses ex sponsors . Sans évoquer ses déboires avec toute la faillite politique de l'homme qui est passé de soutien à geagix , puis à Sleiman et enfin au Phare Aoun, pour accepter les 2 ministres sympathisants du Président Lahoud . On ne reviendra pas sur les tsl inopérants les chemins de Damas et les fausses accusations contre le hezb résistant qui est , ironie du sort le seul à lui tendre la main aujourd'hui, avec le CPL du Phare Président. Finalement il a eu beaucoup de chance d'avoir été libanais quelque part . BONNE FETE DE NOEL saad , papa Noel veille sur toi .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 16, le 20 décembre 2016

  • Les portefeuilles de la Défense et de la Justice peuvent être considérés comme aux mains du Hezbollah. Voilà qui n'est pas de très bon augure. Le fait que ces deux ministres aient été désignés par le chef de l'Etat laissent planer des inquiétudes sur sa neutralité.

    Yves Prevost

    07 h 18, le 20 décembre 2016

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