L’édito de Michel TOUMA

Failles au sommet

L’édito
20/12/2016

La politique du possible... Tel est le principe qui a sous-tendu, à l'évidence, la mise sur pied du nouveau gouvernement au terme de laborieuses et fiévreuses tractations, et de manœuvres qui en disent long sur les réalités et déséquilibres perceptibles sur la scène interne.

D'entrée de jeu, et dès le début des consultations entreprises par le Premier ministre Saad Hariri, les milieux du palais de Baabda soulignaient que le cabinet en gestation ne devait pas être considéré comme le premier gouvernement du nouveau régime, celui-ci devant voir le jour après les élections législatives prévues en mai ou juin 2017. Dimanche soir, après l'annonce des décrets traditionnels de désignation des nouveaux ministres, Saad Hariri devait mettre l'accent sur le caractère transitoire de son équipe, insistant sur sa courte durée de vie – quelques mois, dans l'attente du scrutin du printemps prochain.

Comme s'il prenait ses distances, en quelque sorte, à l'égard de la composition ministérielle, M. Hariri a relevé que pratiquement sa mission se limiterait à l'élaboration d'une loi électorale et à la gestion urgente de certains services publics. Le leader des Forces libanaises, Samir Geagea – présent en force au sein du gouvernement – n'a pas manqué lui aussi d'exprimer sans détour des réserves, en reconnaissant certaines « failles ici et là », mais en soulignant qu'en définitive la formation du gouvernement était préférable, dans le contexte présent, à une nouvelle impasse institutionnelle.

Des failles, il en existe, à n'en point douter. À commencer par l'absence du parti Kataëb que rien ne saurait justifier. Sans compter diverses lacunes dans la répartition et l'attribution des portefeuilles. Il est surprenant, à titre d'exemple, que Michel Pharaon n'ait pas été maintenu au Tourisme alors qu'il a indéniablement réussi, avec le peu de moyens disponibles, à insuffler un souffle nouveau à ce ministère, notamment au niveau de l'impulsion donnée au tourisme rural.

La Planification, attribuée à M. Pharaon, est certes vitale, mais elle nécessite un ministère en bonne et due forme, avec l'infrastructure et les ressources humaines adéquates, et non pas un ministère d'État, par essence dépourvu de moyens. Dans cette même optique, pourquoi n'avoir pas maintenu à son poste Rony Arayji, en tant que représentant des « Marada », qui, de l'aveu unanime, a été un ministre de la Culture hors pair ? Autre cas spécifique : Marwan Hamadé à l'Éducation remplira, certes, parfaitement sa place, mais il est peut-être regrettable que la volonté de Walid Joumblatt de lui attribuer la Justice n'ait pas été prise en compte. À cet égard, le Hezbollah a marqué sans conteste un point, à l'instar d'ailleurs de la Défense. Realpolitik oblige... Il n'en reste pas moins que le cabinet comprend plusieurs nouvelles figures, jeunes de surcroît, dont la compétence bien avérée et l'engouement pour le service de la chose publique constituent un incontestable atout qui doit maintenant se concrétiser dans la pratique.

D'aucuns s'emploieront à ergoter sur l'équilibre qui a sous-tendu la composition ministérielle. Le rapport de forces sur ce plan ne saurait être perçu en termes numériques ou en fonction de « l'importance » des portefeuilles attribués à tel ou untel. Le Hezbollah, à titre d'exemple, n'est représenté que par deux délégués attitrés qui, de plus, ont la charge de ministères qui pourraient être considérés comme « secondaires ». Pourtant, le poids politique qu'il s'est forgé, tant au niveau local que régional, fait que son influence tacite sur plusieurs membres du gouvernement se fera ressentir au fil des semaines. Il y a là une leçon à tirer pour le camp souverainiste dont la cohésion est plus que jamais impérative pour éviter que le pays soit entraîné sur la voie de projets guerriers sans fins et sans horizons. Cela implique la nécessité de se conformer à la teneur du discours d'investiture du président Michel Aoun pour ce qui a trait à la distanciation à l'égard des conflits régionaux.

Autre enjeu fondamental dans un tel contexte : le poids et le rôle du président de la République, et de la composante chrétienne d'une manière générale, dans le paysage politique local. À n'en point douter, cet enjeu nécessite le bétonnage et la consolidation de l'entente entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises, laquelle devrait inclure aussi, soit dit en passant, le parti Kataëb.

Un tel (re)façonnage de la physionomie politique interne passe indiscutablement par une élaboration adéquate d'une nouvelle loi électorale, dans la perspective du scrutin législatif prévu au printemps prochain. Mais dans l'attente que ces enjeux se décantent, le cabinet Hariri qui a vu le jour prendra-t-il la peine de plancher efficacement sur la réactivation des services publics qui battent de l'aile depuis des lustres ? C'est en définitive sur ce plan bien précis que sera surtout jugé ce gouvernement de transition.

 

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Ma Fi Metlo

Chacun verra midi à sa porte , en fonction de ça on tirera les conclusions de ce qui EST ou de ce qu'on voudrait qu'il en FÛT.

Bery tus

""Pourtant, le poids politique qu'il s'est forgé, tant au niveau local que régional, fait que son influence tacite sur plusieurs membres du gouvernement se fera ressentir au fil des semaines. Il y a là une leçon à tirer pour le camp souverainiste dont la cohésion est plus que jamais impérative pour éviter que le pays soit entraîné sur la voie de projets guerriers sans fins et sans horizons. Cela implique la nécessité de se conformer à la teneur du discours d'investiture du président Michel Aoun pour ce qui a trait à la distanciation à l'égard des conflits régionaux.""

c'est qu'il faut retenir de cet article !!!

Bouez Chahine

Le sempiternel ministre des Affaires étrangères fait partie de "hossat" (quote-part) du Hezbollah. Son seul hic est qu'il a été recalé deux fois aux législatives à Batroun en 2005 et 2009.

Hitti arlette

Ah les cassandres !!! Peuple grognon et râleur . Les kataebs ne veulent pas admettre leur nouveau poids populaire ,qui en fait n' en est pas un , puisqu ils sont depasses depuis des lustres par deux grands partis au niveau de la représentativité . Ca me rappelle le malheureux cas cocasse de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf (idem pour les marada) .. Etre exigeant et gourmand quand on a plus les moyens n est pas signe de clairvoyance pour ne pas dire plus .

Ma Fi Metlo

Le Hezbollah, à titre d'exemple, n'est représenté que par deux délégués attitrés qui, de plus, ont la charge de ministères qui pourraient être considérés comme « secondaires ». Pourtant, le poids politique qu'il s'est forgé, tant au niveau local que régional, fait que son influence tacite sur plusieurs membres du gouvernement se fera ressentir au fil des semaines. Il y a là une leçon à tirer pour le camp souverainiste dont la cohésion est plus que jamais impérative pour éviter que le pays soit entraîné sur la voie de projets guerriers sans fins et sans horizons.

ON VOIT QUE MR TOUMA SE REVEILLE ENFIN POUR 2 RAISONS : 1)IL REALISE QUE LE HEZB N'EST PAS INTERESSE PAR LE POUVOIR , POUR LE POUVOIR ET 2) QU'IL LAISSE AUX ACTEURS LIBANAIS LA LATTITUDE DE GOUVERNER COMME IL LE FAUDRA POUR QUE LE LIBAN RETROUVE SON CHEMIN .

QUANT AU CHEMIN A PRENDRE , LE HEZB VEILLE A CE QU'IL NE SOIT PLUS LE MÊME QUE CELUI D'ANTAN .
UN LIBAN NOUVEAU QUOI !!!

LA FORCE DE L'INTELLIGENCE FORCE LE RESPECT .

Bery tus

Superbe mille merci Mr Touma !!

Soeur Yvette

Merci pour cet article objectif cible...Pauvre Liban ...

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