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Moyen Orient et Monde - Conflit

Un accord conclu pour l’évacuation des rebelles et civils d’Alep

Washington demande des « observateurs internationaux impartiaux » pour superviser les opérations, alors que l'Onu fait état d'exactions commises par les forces prorégime.

Des soldats prorégime patrouillant dans la mosquée des Omeyyades lourdement endommagée par les combats, dans la Vieille Ville d’Alep, hier. George Ourfalian/AFP

Les rebelles et les civils qui le souhaitent attendaient hier d'être évacués d'Alep aux termes d'un accord conclu mardi, une opération qui marquera la fin de plus de quatre ans de rébellion face au régime dans cette deuxième ville de Syrie.

Une vingtaine de bus stationnaient en fin de soirée à l'extérieur du quartier de Salaheddine, où se trouvent encore des rebelles, selon des correspondants de l'AFP. Six bus sont brièvement entrés dans le quartier avant d'en ressortir, vides. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a affirmé que les évacuations devaient commencer ce matin à 05h00 (03h00 GMT).

Sur le terrain, les armes se sont tues depuis le milieu de l'après-midi après quatre semaines de bombardements intenses sur les quartiers tenus par les insurgés dans la partie orientale d'Alep, selon une journaliste de l'AFP et l'OSDH. L'accord d'évacuation a été annoncé par des groupes rebelles et confirmé par la Russie et la Turquie, parrains respectifs du régime de Bachar el-Assad et de l'opposition, après un tollé international suscité par des atrocités qui auraient été commises contre les civils dans les quartiers repris par l'armée. Des milliers de personnes restent assiégées dans les derniers quartiers rebelles d'Alep en passe de tomber aux mains du régime qui remportera ainsi sa plus grande victoire depuis le début du conflit en Syrie en 2011.

Selon un responsable d'un influent groupe rebelle à Alep, l'accord visant à évacuer « les habitants et les rebelles avec leurs armes légères des quartiers assiégés » a été conclu « sous la houlette de la Russie et de la Turquie ». « Les blessés et les civils seront évacués » en premier puis suivront les rebelles, a déclaré Yasser al-Youssef, du groupe Noureddine al-Zinki. En sortant, « ils choisiront de se rendre soit dans l'ouest de la province d'Alep ou vers la province d'Idleb (Nord-Ouest) », des régions sous contrôle rebelle. « Nous espérons que cela fonctionne. Nous sommes prêts mais nous voulons connaître les modalités » de l'opération d'évacuation, a déclaré à l'AFP Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques blancs, ces secouristes dans le secteur rebelle. « Franchement, je ne veux pas partir. Personne n'est heureux d'être chassé de son pays », a-t-il ajouté.

 

 

(Lire aussi : Les cris de détresse des civils d'Alep-Est, en vidéos)

 

 

Arrêt des combats à Alep
À New York, où une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu s'est tenue, l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a confirmé un accord pour évacuer les rebelles d'Alep. Il a aussi affirmé que les combats avaient cessé. Son homologue américaine à l'Onu Samantha Power a quant à elle réclamé des « observateurs internationaux impartiaux » pour superviser l'évacuation des civils qui « ont peur d'être abattus dans la rue ou emmenés vers un des goulags d'Assad ».

Le porte-parole du Haut-Commissariat de l'Onu aux Droits de l'homme, Rupert Colville, a fait état « d'informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants » dans des quartiers de la ville repris par l'armée. Le chef du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a dénoncé « les atrocités commises par les milices victorieuses à Alep ».

En écho, le Premier ministre français Bernard Cazeneuve a condamné les « innombrables atrocités » commises par le régime qui peuvent constituer des « crimes contre l'humanité ». Et Londres a demandé le départ de M. Assad, accusé d'une « cruauté barbare ».

Les Affaires étrangères turques ont, de leur côté, parlé « d'un cessez-le-feu » à Alep et d'un « consensus » pour que les civils suivis par des groupes d'opposition soient évacués en direction d'Idleb. Le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek a également fait savoir sur Twitter que la Turquie allait « installer un camp de tentes pour accueillir jusqu'à 80 000 réfugiés syriens fuyant Alep », sans plus de détail. Déjà, plus de 130 000 civils ont fui les quartiers est, selon l'OSDH.

Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et à l'artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d'Alep-Est conquis en 2012 et sont cantonnés surtout dans le grand quartier d'al-Machad. Une reprise totale d'Alep permettra au régime de contrôler les cinq plus grandes villes du pays, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement rendu possible par le soutien crucial de Moscou, allié indéfectible du régime.

Incapable d'arrêter la machine de guerre du régime de Bachar el-Assad qui a reconquis la quasi-totalité d'Alep à la faveur d'une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre, la communauté internationale a tenté d'y stopper le drame humanitaire. En vain.

 

(Lire aussi : Silence de mort dans la vieille ville d'Alep, défigurée par la guerre)

 

Ruines à perte de vue
L'armée syrienne et ses alliés, des combattants iraniens et du Hezbollah, contrôlent désormais plus de 90 % d'Alep-Est, selon l'OSDH. La télévision d'État a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles: des ruines et des gravats à perte de vue. « Alep est dans une situation d'urgence absolue : environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés », a déclaré à l'AFP la présidente de Médecins du monde, le Dr Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet « enfer ».

 

 

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Une vingtaine de bus stationnaient en fin de soirée à l'extérieur du quartier de Salaheddine, où se trouvent encore des rebelles, selon des correspondants de l'AFP. Six bus sont brièvement entrés dans le quartier avant d'en ressortir, vides. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a affirmé que les évacuations devaient commencer ce matin à 05h00 (03h00 GMT).
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