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La dramatique échappée des familles d'Alep

Syrie

"J'ai entendu que des passages avaient été ouverts. La plupart des gens autour de moi se sont dit 'de toute façon on va mourir, alors qu'on sorte tous ensemble'", raconte un habitant.

OLJ/AFP/Rim HADDAD
09/12/2016

"Cette fois, ça a marché!", s'exclame Abdel Hamid qui, après six tentatives de fuir l'enfer d'Alep-Est, a finalement réussi à quitter avec sa femme et ses dix enfants son quartier de Salhine, dévasté par les combats.
Profitant de la prise de ce secteur rebelle par l'armée syrienne, cet homme de 41 ans a marché jeudi de longues heures dans le froid avant de parvenir à Aziza, une ville dans la banlieue sud-est d'Alep, tenue par le régime.

C'est à Aziza que des centaines de familles sont arrivées jeudi après avoir quitté Salhine pour la plupart, un des nombreux quartiers rebelles tombés aux mains du régime de Bachar el-Assad depuis que ses forces ont lancé le 15 novembre une violente offensive pour reconquérir l'ensemble d'Alep, deuxième ville de Syrie et enjeu majeur de la guerre.

"J'ai entendu que des passages avaient été ouverts (pour évacuer les civils). La plupart des gens autour de moi se sont dit 'de toute façon on va mourir, alors qu'on sorte tous ensemble'", raconte-t-il à une journaliste de l'AFP qui accompagne l'armée syrienne.

Sa ribambelle d'enfants l'entoure dans un champ boueux où se sont rassemblées les familles après avoir franchi le passage d'Aziza. "Je me suis armé de courage et nous sommes partis", ajoute Abdel Hamid, vêtu d'un pull en laine beige avec des rayures rouges. "A mesure que je marchais, je sentais que je m'approchais de la vie", assure l'homme aux cheveux poivre sel, le visage recouvert d'une légère barbe. "J'ai perdu ma maison (...) mais j'ai garanti la vie de mes enfants", se félicite-t-il, alors que les combats se poursuivent dans les quartiers rebelles voisins du sien.

 

(Lire aussi : « Alep se meurt. Ceci est peut-être mon dernier message SOS »)

 

"Je me sens renaître"
Même soupir de soulagement chez Yasser, 40 ans, qui a également quitté Salhine avec ses huit enfants, sa mère et son épouse. "Je me sens renaître", dit cet homme au visage marqué par les rides. Après avoir essayé pendant une semaine de sortir de Salhine, il pousse un diable où sont entassées les valises de la famille. Sa mère, handicapée, s'est assise sur ces bagages entassés à la hâte.
Mais derrière l'apparent soulagement de Yasser, se cache une profonde blessure...la perte d'un de ses enfants.
"Un obus est tombé sur notre maison et mon fils de 15 ans est mort", confie-t-il.

Arrivées à Aziza, la plupart des familles sont épuisées, après avoir marché sur des routes crevassées. Dans le froid glacial, elles attendent soit d'être transférées vers un centre d'accueil, soit de rejoindre des proches dans les zones contrôlées par le gouvernement syrien. Les enfants, apeurés et fatigués, restent collés à leurs parents. Certains n'ont même pas trouvé de veste pour se protéger du froid mordant.

"Il m'a fallu cinq heures pour arriver jusqu'ici avec ma famille", affirme Nour, 19 ans, voile et manteau noir. Elle tire une poussette sur laquelle elle a placé des bagages à leur sortie hâtive à 06H00 du matin du quartier de Ferdous, encore aux mains des rebelles. "Je me sens submergée de joie. Je mourais de faim, je rêvais de nourriture", dit-elle en référence aux graves pénuries dont ont souffert les habitants d'Alep-Est en raison du siège que leur ont imposé les forces du régime de Bachar el-Assad.

 

(Lire aussi : Assad : Le Liban ne peut être tenu à l'écart du brasier qui l'entoure)

 

"Pas revue depuis 4 ans"
Mais à ses côtés, sa mère Khadija, 37 ans, s'effondre en larmes. "Mon mari est resté là-bas (à Ferdous). On a tiré en l'air pour l'empêcher de partir", dit-elle, en référence aux rebelles. Sa consolation est qu'elle va revoir sa sœur, qui habite en zone gouvernementale. "Je ne l'ai pas revue depuis quatre ans, elle m'a tellement manquée", dit-elle.

Alep, ex-capitale économique de Syrie, s'est divisée en deux à l'été 2012, lorsque les rebelles se sont emparées de la partie orientale de cette ville du Nord. Mais les défenses des insurgés se sont effondrées lors de la dernière offensive de l'armée, lancée le 15 novembre et qui fait au moins 80.000 déplacés et tué plus de 384 civils dans les quartiers rebelles.

Si les habitants de Salhine et de Ferdous se sentent chanceux d'avoir pu fuir et échapper à la mort, certains sont tiraillés par les remords, à l'instar de Hussein Aafi, 53 ans, assis sur un trottoir avec sa famille.
"Une de mes filles est restée à Salhine; nous n'avons pas pu la contacter" en raison du mauvais état des communications. "Elle n'a pas su qu'on partait", ajoute-t-il, la mort dans l'âme.

 

 

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