Témoignages

À Alep-Est : « Croyez-moi, hier, j’ai compris ce que c’est que l’enfer »

Après 21 jours d'une offensive sans précédent contre les quartiers rebelles, les habitants et les équipes médicales sont aux abois.

Le quartier de Chaar, à Alep-Est, où les combats se poursuivent entre les forces loyalistes et les rebelles. George Ourfalian/AFP

« Je vais bien, en quelque sorte. Mais j'ai peur que les forces du régime me capturent », confie Omar*, un habitant des quartiers assiégés d'Alep. En trois semaines d'offensive des forces progouvernementales et de leurs alliés, le régime a repris le contrôle de près de 60 % des quartiers rebelles d'Alep-Est, assiégés depuis plus de 4 mois. Mais à quel prix... Au moins 319 civils ont été tués, dont 44 enfants, tandis que plus de 50 000 des 250 000 habitants d'Alep-Est ont fui depuis le 15 novembre dernier, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Non moins de 69 personnes, dont 28 enfants, ont en outre été tuées dans les quartiers d'Alep Ouest par des tirs rebelles.
Après des jours et des nuits entières de bombardements sans relâche, les civils des quartiers est n'osent plus quitter leurs habitations pour se rendre dans les secteurs ouest, aux mains des forces loyalistes La semaine dernière, des habitants sur le départ ont été bombardés par l'artillerie du régime, provoquant un véritable massacre. Plus de 45 d'entre eux ont été tués et des dizaines d'autres blessés, selon les Casques blancs. « Depuis deux jours, pas un habitant n'a essayé de partir d'ici pour aller côté régime », témoigne Omar*, joint via Facebook. « Mon quartier est devenu un enfer hier à cause des bombardements non-stop. Il n'y a plus d'ambulances. J'ai aidé des secouristes à amener des blessés à l'hôpital sur des vélos ou des charrettes. Croyez-moi, hier, j'ai compris ce que c'est que l'enfer. On ne peut rien pour les gens », poursuit-il. En une semaine, les convictions du jeune homme qui le poussaient à rester coûte que coûte chez lui se sont évanouies. « Honnêtement, je veux quitter ma ville, avec ma femme, ma famille et mes amis », confie-t-il.

 

 

(Lire aussi : Après Alep, Idleb ?)

 

 

Pénurie d'eau potable
En poursuivant leurs avancées sur le terrain, les forces prorégime ont contraint la population à évacuer la ligne de front pour se réfugier dans les districts du centre-ville. Des immeubles auparavant délaissés accueillent aujourd'hui des dizaines de familles. « Dieu seul sait ce qui va se passer. Ils peuvent nous tomber dessus à tout moment, et moi je n'habite qu'à 3 km des quartiers repris », raconte Moustapha, un autre habitant. « C'est obus sur obus, de jour comme de nuit. Il y a des gens qui viennent chez nous, totalement démunis, après avoir abandonné leur maison. J'ai encore un peu de nourriture, de l'eau, et un peu de bois aussi », dit-il. Ceux qui n'ont pas réussi à stocker des galons se trouvent désormais contraints de boire l'eau non potable des puits. « Hier, un petit garçon est venu frapper à ma porte pour me demander de l'eau, ne serait-ce qu'un verre pour sa petite sœur. Il m'a dit : "Ammo, je sais que je vous dérange avec ma requête, mais que puis-je faire d'autre?" Je lui ai donné une bouteille d'eau potable. Il m'a remercié. (...) Quand j'ai fermé la porte derrière lui, j'étais en larmes », confie Abdulkafi al-Hamdo, un professeur d'anglais, sur le groupe WhatsApp Aleppo Siege Media Center, reliant des habitants d'Alep-Est à des journalistes étrangers. Dans l'après-midi, les habitants témoignaient de la violence des bombardements. « En 30 minutes, il y a eu plus de 100 tirs d'artillerie dans mon quartier, à tout juste 50 mètres de chez moi. Personne n'ose aider les blessés ou ramasser les corps. Ceux qui ont essayé ont été blessés à leur tour », raconte le professeur.

 

(Lire aussi : Alep : ceci n'est pas un massacre...)

 

 

Staff médical en détresse
« De la mosquée Osman ibn Affan, dans le quartier de Hanano (repris par le régime), les appels à la prière ont été virulents dimanche dernier. Les milices se sont ruées vers les habitations pour tout piller et ont tué les derniers habitants qui se croyaient à l'abri chez eux », raconte un infirmier qui a souhaité garder l'anonymat.Quotidiennement, le jeune homme est témoin de scènes traumatisantes, aussi bien dans les rues que dans les hôpitaux de campagne dans lesquels il travaille.
Comme lui, les secours et les équipes médicales ne savent plus comment gérer l'afflux de blessés parmi les civils. « La situation humanitaire est catastrophique. Nous cherchons à remplacer les hôpitaux détruits en investissant les sous-sols d'usines par exemple. Nous n'avons pas d'autre choix. Mais nous faisons en sorte de rendre l'espace un minimum sain et aseptisé », poursuit l'infirmier. « J'ai vu un médecin il y a quelques jours sortir de la salle d'opérations en pleurs, car il n'avait plus d'oxygène pour soigner un patient, qui est décédé après coup », confie-t-il. « Il n'y a pas d'ambulances, tout le monde reste à son poste, car on n'ose pas mettre le nez dehors. Je mets des pieds ou des mains amputés dans des sacs parfois, c'est affreux. » Pour l'heure, le jeune infirmier et ses collègues médecins s'efforcent de répertorier les personnes qui nécessitent une évacuation sanitaire urgente. « La première question que les familles ou eux-mêmes nous posent est : "Vous nous enverrez où ? Chez l'ASL ? Ou bien chez le régime ?" »

*Les prénoms ont été modifiés

 

 

 

Repère
Retour sur une année d'offensives sur Alep-Est

 

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Ces billets doux que le régime envoie aux habitants d'Alep-Est...


« Je vais bien, en quelque sorte. Mais j'ai peur que les forces du régime me capturent », confie Omar*, un habitant des quartiers assiégés d'Alep. En trois semaines d'offensive des forces progouvernementales et de leurs alliés, le régime a repris le contrôle de près de 60 % des quartiers rebelles d'Alep-Est, assiégés depuis plus de 4 mois. Mais à quel prix... Au moins 319...

commentaires (2)

C'est par ce qu'aujourd'hui n'est pas encore fini , en tant que bactérie en liberté .

FRIK-A-FRAK

09 h 42, le 06 décembre 2016

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Commentaires (2)

  • C'est par ce qu'aujourd'hui n'est pas encore fini , en tant que bactérie en liberté .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 42, le 06 décembre 2016

  • LE NOUVEAU ABOU AYOUB BOLCHO YIALLI LEBESS TYEBOU BIL MA2LOUB TAYSIR DEMO... DAMMOU... EN PAYERA LE PREMIER CHEREMENT LE PRIX AVEC SES ACOLYTES ET LEURS FERRAILES D,ACCESSOIRES...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 24, le 06 décembre 2016