Témoignages

« Alep se meurt. Ceci est peut-être mon dernier message SOS »

Les derniers habitants, retranchés dans les quelques quartiers d'Alep-Est encore aux mains des rebelles, sont plongés dans l'incertitude.

Dans le quartier de Maysaloun, dans le nord d’Alep, des civils fuyant les violences se massent à un barrage tenu par les forces progouvernementales. Youssef Karwashan/AFP

Le compte à rebours est lancé. Affamés, à bout de forces, les habitants des quelques quartiers est d'Alep encore aux mains des rebelles attendent fébrilement que le monde s'enquière de leur sort. L'avancée fulgurante des forces prorégime, notamment grâce au soutien des aviations russe et syrienne, a permis à Damas de reprendre 85 % des quartiers échappant à son autorité trois semaines après le début de son offensive. Après avoir perdu la vieille ville, les forces rebelles désormais retranchées dans les quartiers sud se trouvent à la croisée des chemins.

Entre forces du régime et rebelles, la population est en proie à la confusion, entre espoir d'un cessez-le-feu et colère contre la communauté internationale impassible. « Appel à tous ceux qui sont capables de nous aider, les gouvernements, les journalistes, les ONG. Alep se meurt. Il y a des massacres partout. Ceci est peut-être mon dernier message SOS », écrit Abou Jaafar, un médecin légiste à Alep-Est, sur le groupe WhatsApp Aleppo Siege Media Center. Au gré des avancées des troupes pro-Assad, des milliers de familles ont été contraintes de quitter leur domicile et de sauter d'un abri à l'autre. « J'ai "déménagé" deux fois cette semaine. Avant, l'avenir nous paraissait incertain ; maintenant, on ne voit venir que l'emprisonnement ou la mort », confie Ameer, photographe, dont l'immeuble a été bombardé la semaine dernière. « Mon ordinateur est sous les décombres maintenant », ajoute-t-il.

 

(Lire aussi : Assad : Le Liban ne peut être tenu à l'écart du brasier qui l'entoure)

 

Afflux de déplacés
Haytham et son épouse ont dû, eux aussi, fuir à la hâte, nouveau-nés dans les bras, pour se réfugier chez un parent habitant plus au sud. « Je ne saurais pas vous décrire la situation. On ne bouge plus d'un pouce. J'ai peur pour mes bébés. Que va-t-on devenir ? » confie le jeune père. Habitant à al-Kallaseh, quartier en proie hier à des tirs d'artillerie et des raids, Joumana confirme l'afflux de déplacés. « La situation est chaotique. Les gens passent de quartier en quartier, et il y a même des déplacements d'une rue à l'autre dans mon quartier, au gré des bombardements », affirme-t-elle via WhatsApp.
Selon la jeune femme, plus de 200 familles seraient arrivées en deux jours. « La plupart des immeubles encore sur pied ont été pris d'assaut. Le problème est que ces derniers arrivés squattent souvent les 4e ou 5e étages, ce qui les expose davantage au danger », poursuit-elle.

 

 

Après quatre mois de siège et plusieurs semaines de combats acharnés, plus de 80 000 personnes ont fui les quartiers est pour rejoindre les districts du régime, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Certains hommes et femmes activistes, journalistes ou faisant partie du corps médical se sont vus contraints d'y envoyer leur famille, sans trop savoir ce qu'il adviendra d'elle. « J'espère que mes parents et ma mère ne seront pas inquiétés. Pour l'instant, j'ai su qu'ils avaient été interrogés, mais je ne sais pas si le régime les laissera libres de rejoindre des parents habitant à l'ouest », s'inquiète Omar*, un habitant des quartiers est.

 

(Lire aussi : À Alep-Est : « Croyez-moi, hier, j'ai compris ce que c'est que l'enfer »)

 

Nouvelle attaque au chlore
Depuis le début de l'offensive du régime et de ses alliés, lancée le 15 novembre dernier, 384 civils ont été tués, dont au moins 45 enfants, à Alep-Est, selon l'OSDH. 105 civils, dont 35 enfants, l'ont été à Alep-Ouest. Selon le dernier communiqué de la Croix-Rouge internationale (CICR), près de 150 civils, la plupart d'entre eux malades ou handicapés, ont été évacués dans la nuit de mercredi à jeudi d'un centre de santé dans la vieille ville d'Alep reprise par l'armée syrienne. « Nous ne savons plus où donner de la tête avec ces bombardements de dingue », raconte Imad*, un infirmier. « Nous avons dû évacuer l'hôpital pour trouver un nouvel endroit sûr. Mais à mesure que les troupes du régime avancent, que va-t-on devenir ? On arrête de sauver des vies ? On laisse les blessés face à leur destin ? » fustige-t-il, impuissant.

 

 

En fin d'après-midi hier, une nouvelle attaque chimique aurait été perpétrée sur le quartier d'al-Kallaseh. D'après les premiers témoignages, des barils de chlore auraient été largués depuis un hélicoptère appartenant aux forces gouvernementales. « Des gens sont arrivés en panique à l'hôpital (de campagne). Tout ce que nous avons pu faire, c'est les nettoyer au savon et découper leurs vêtements. Nous n'avons même plus d'oxygène à leur donner et très peu de doses d'hydrocortisone. C'est le maximum qu'on puisse faire », déplore Imad. Quelques heures après l'annonce du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, quant à une interruption immédiate des opérations de combat de l'armée syrienne, des bombardements se poursuivaient, selon des habitants. « Ce régime est vicieux comme jamais. Il nous balance des petites quantités de produits chimiques de manière pernicieuse. Assez pour rendre les gens malades, mais pas assez pour qu'ils en meurent, auquel cas la communauté internationale lui tomberait dessus », conclut Imad.

 

 

 

'*Les prénoms ont été changés pour des raisons de sécurité.

 

 

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commentaires (6)

S'en est finit de la grandeur de la Syrie des asssd même s'il prend Alep, il ne redeviendra jamais le grand Assad de la Syrie

Bery tus

15 h 34, le 09 décembre 2016

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Commentaires (6)

  • S'en est finit de la grandeur de la Syrie des asssd même s'il prend Alep, il ne redeviendra jamais le grand Assad de la Syrie

    Bery tus

    15 h 34, le 09 décembre 2016

  • CE -SOS- SE REPETERA... MAIS DE L,AUTRE COTE ! LE GLAS SONNE TRUMPIQUEMENT ET LES PARACHUTES SONT PRETS...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 40, le 09 décembre 2016

  • Alep ne mourra jamais Le souvenir de ces massacres ne peuvent être oubliés Le petit Hitler gagnera une bataille mais pas la guerre. Il a été trop loin dans ses crimes

    FAKHOURI

    11 h 51, le 09 décembre 2016

  • L'inénarrable Rami de l'OSDH au biberon de l'AFP ...devient de moins en moins crédible ..(a supposé qu'il le fut précédemment ).

    M.V.

    10 h 28, le 09 décembre 2016

  • J'ajouterai même que les forces du régime du HÉROS BASHAR font preuve de plus d'humanisme que les bactéries salafisteswahabotes qui prennent les civils en otage , les massacrent pour permettre que de tels articles mielleux puissent être écrits en dépit du bon sens . La gentillesse de ces combattants de la résistance leur accorde encore 7 jours à ces bactéries mercenaires de l'Occident, pour définitivement les ecraser afin qu'on puisse déjeuner en paix .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 35, le 09 décembre 2016

  • Les djihadistes ont pris ces malheureux en otage et les empêchent de se réfugier a l'ouest où se trouve la majorité des 2 millions d'habitants de la ville ou on bit à peu près normalement malgré les roquettes des rebelles... https://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/EL_KHOURY/56922

    JAUSSERAN Jacques

    05 h 31, le 09 décembre 2016