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La situation

Feu « orange » sur la voie du palais de Baabda

Le patriarche Raï recevant hier soir Michel Aoun. La fin – proche – d’une situation anormale. Émile Eid

S'il fallait comparer la crise présidentielle à un combat de boxe, il faudrait dire que la victoire n'a finalement été remportée qu'aux points (et non aux poings !). Aucun des joueurs n'en a vraiment été éliminé par K.-O., et celui qui semble l'avoir remporté, Michel Aoun, s'il doit sa victoire à son souffle, indiscutable, il la doit aussi à certains coups irréguliers qui ne lui ont pas été comptés... faute d'arbitre.

À moins que le patriarche Raï, chez qui il s'est rendu hier soir, après avoir vu la veille Hassan Nasrallah, ne soit tenu pour tel, auquel cas c'est tous les jours depuis deux ans et demi que le chef historique du CPL a reçu des rappels pour ces coups bas qu'étaient les défauts successifs de quorum, en nombre suffisant pour que, dans un État de droit, ils aient été jugés éliminatoires. Hélas, nous sommes (très) loin de l'État de droit, et l'accession de Michel Aoun au palais présidentiel est aussi, d'un certain point de vue, une prime à la violence faite à la Constitution.

Mais « realpolitik » oblige, dans une région livrée aux programmateurs du « chaos constructif », aujourd'hui, les jeux sont (presque) faits. Le feu de la route de Baabda est passé à... l'orange... puis au vert, et lundi prochain, à condition bien sûr que la prestation de serment ait lieu séance tenante, les oreillers du lit présidentiel devront être tapotés pour la première nuit de Michel Aoun dans un palais présidentiel qu'il avait fui un certain 13 octobre 1990, dans des conditions dramatiques, à défaut d'être honorables...

 

(Lire aussi : Élection présidentielle : le jour d’après..., le décryptage de Scarlett HADDAD)

 

Du coup, les chancelleries somnolentes se réveillent, n'ayant pas vu passer le coup, et commencent à réagir à la cruelle réalité. La première à le faire étant l'ambassadrice US Elizabeth Richard, qui a déjà pris rendez-vous de... Gebran Bassil. On parlait hier de l'arrivée imminente au Liban d'un émissaire saoudien venu constater les dégâts ainsi infligés aux relations bilatérales. Bonjour Votre Altesse royale !

En tout état de cause, Michel Aoun sera élu président dans un contexte politique à la fois difficile et contestable, grâce à une victoire qui, certes, va momentanément soulager le pays (et peut-être était-ce nécessaire), mais dont les termes sont suffisamment contradictoires pour hypothéquer l'avenir, malgré les vœux contraires venus de divers côtés, notamment de Dar el-Fatwa, et les assurances du CPL...

Qu'attendre lundi prochain? Compte tenu des propos tenus hier soir par Sleiman Frangié, on doit s'attendre d'abord à un duel – à armes inégales – entre Michel Aoun et Sleiman Frangié. Ce dernier, qui a fait un énergique match de « shadow boxing » hier sur la LBCI, peut notamment compter sur les voix des députés du mouvement Amal et de certains parlementaires prosyriens (PSNS, Baas). Michel Aoun peut compter, lui, sur un apport massif de voix de son propre bloc, du Hezbollah, des Forces libanaises et du courant du Futur. Au sein de ce bloc, le nombre de députés qui ne suivront pas la consigne de vote de Saad Hariri a reculé. Il était d'une dizaine, il est redescendu à 5, selon le chef de ce bloc, Fouad Siniora. On ignore si ce dernier en fait partie...
En ce qui concerne le bloc Joumblatt, il faudra attendre quelques jours pour en avoir le cœur net. Le leader du PSP n'irait pas à contre-courant, croient savoir les observateurs, sachant qu'il appuie jusqu'à présent la candidature d'un présidentiable de son propre camp, Henri Hélou. Mais le chef de la Rencontre démocratique pourrait fermer l'œil dans certains cas d'irréductible réserve.

 

(Lire aussi : Les risques de l’élection de Aoun pour Hariri, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Et justement, ces réserves sont telles qu'il faudra tenir compte d'un troisième joueur, un outsider, « le bulletin blanc ». Ce sera le vote refuge de ceux qui sont insatisfaits du choix qui leur est laissé, et notamment celui des députés Kataëb et de certains irréductibles du 14 Mars.

Une mini-polémique a éclaté hier au sujet de la session électorale qui s'ouvrira lundi. Quel est le nombre de voix que devra obtenir le prochain président au premier tour de scrutin ? Est-ce les deux tiers des voix (86 voix), comme le prévoit la Constitution, ou la majorité absolue, soit la moitié des 128 voix de la Chambre, plus une, c'est-à-dire 65 voix ? Selon certains constitutionnalistes, la session de lundi prochain sera la continuation d'une première session tenue en avril 2014, au cours de laquelle aucun des candidats en lice n'avait obtenu les deux tiers des voix. Nous serions donc aujourd'hui en second temps de cette antique première session, et la majorité requise pour être élu président serait de 65 voix. Pour d'autres, toutefois, les compteurs ont été ramenés à zéro, et le nombre de voix pour être élu au premier tour serait des deux tiers du nombre des députés. Toutefois, dans les deux cas, le quorum exigible pour que la Chambre soit considérée en session sera des deux tiers des voix. Il va de soi que ce jeu d'hémicycle est de pure apparence, et que les jeux sont pratiquement faits dans les deux cas.

De la période qui suivra, du « jour d'après » le scrutin, on assure, de source indépendante, qu'elle sera celle d'un nouveau gouvernement, et surtout d'une nouvelle loi électorale, sachant que si les élections législatives doivent vraiment se tenir en juin prochain, la nouvelle loi électorale devra être approuvée et votée avant la fin de l'année. En attendant, le gouvernement de Tammam Salam, démissionnaire d'office dès l'élection présidentielle, sera prié d'expédier les affaires courantes. C'est donc une phase transitoire qui s'ouvre, en attendant la nouvelle Chambre et de nouveaux rapports de force, ou au moins l'apparition de nouvelles sensibilités politiques qui nous changeront de l'odeur de moisi qui règne partout aujourd'hui. À moins que, d'emblée, le président élu ne se décide à placer ses propres hommes aux postes-clés, en commençant par l'armée.

 

 

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S'il fallait comparer la crise présidentielle à un combat de boxe, il faudrait dire que la victoire n'a finalement été remportée qu'aux points (et non aux poings !). Aucun des joueurs n'en a vraiment été éliminé par K.-O., et celui qui semble l'avoir remporté, Michel Aoun, s'il doit sa victoire à son souffle, indiscutable, il la doit aussi à certains coups irréguliers qui ne lui...

commentaires (3)

DÈS LE DÉPART, HASSAN NASRALLAH A NOMMÉ MICHEL AOUN POUR LA PRÉSIDENTIELLE. APRÉS CES DEUX ANS PASSÉS, LES POULES SE REGROUPENT PETIT À PETIT AUTOUR DE LUI. C'EST DIFFICILE DE DEVINER POURQUOI NASRALLAH NOUS IMPOSE AOUN ? IL FAUT VRAIMENT ÊTRE COMPLÈTEMENT DÉBILE POUR NE PAS LE SAVOIR. FÉLICITATION À VOUS TOUS ET EN PARTICULIER À GEAGEA ET L'ENFANT HARIRI. EN TOUT CAS AOUN RESTERA MOINS DANGEREUX QUE SLEIMAN 2.

Gebran Eid

17 h 26, le 25 octobre 2016

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Commentaires (3)

  • DÈS LE DÉPART, HASSAN NASRALLAH A NOMMÉ MICHEL AOUN POUR LA PRÉSIDENTIELLE. APRÉS CES DEUX ANS PASSÉS, LES POULES SE REGROUPENT PETIT À PETIT AUTOUR DE LUI. C'EST DIFFICILE DE DEVINER POURQUOI NASRALLAH NOUS IMPOSE AOUN ? IL FAUT VRAIMENT ÊTRE COMPLÈTEMENT DÉBILE POUR NE PAS LE SAVOIR. FÉLICITATION À VOUS TOUS ET EN PARTICULIER À GEAGEA ET L'ENFANT HARIRI. EN TOUT CAS AOUN RESTERA MOINS DANGEREUX QUE SLEIMAN 2.

    Gebran Eid

    17 h 26, le 25 octobre 2016

  • Il est grand temps d'élire un Président quel qu'il soit, si l'élection se déroule strictement conformément à la Constitution.

    Tony BASSILA

    15 h 02, le 25 octobre 2016

  • j'espere que le general aura un sursaut patriotique,en decidant d'ecrire son sextenat avec de libanais, en eliminant ce tri=yptique arméé, peuple, resistance. Utopique. comment l'heritier politique du 1re ministre ASSASSINE va faire sa declaration au parlement en cautionnant les assassins de son pere...bpnjour tristesse

    Élie Aoun

    11 h 41, le 25 octobre 2016