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Liban - Décryptage

Élection présidentielle : le jour d’après...

Hassan Nasrallah qui rencontre le président de la Chambre avant le départ de celui-ci pour Genève, puis le général Michel Aoun dimanche soir ; l'Arabie saoudite qui envoie un émissaire au Liban après avoir laissé entendre qu'elle ne s'intéresse pas à la situation interne libanaise (au point de n'avoir pas nommé un ambassadeur après le départ de Ali Awad Assiri, se contentant du chargé d'affaires) ; la Russie qui envoie aussi un envoyé spécial au Liban... Brusquement, les événements s'emballent, alors que le Liban retient son souffle avant la séance de l'élection présidentielle prévue le 31 octobre.

C'est un peu comme si après avoir longtemps cru qu'il ne pouvait pas y avoir de développement significatif dans les dossiers internes libanais en l'absence d'un dialogue entre Téhéran et Riyad, les chancelleries occidentales, arabes et régionales découvrent soudain que les Libanais sont capables de s'entendre sur un compromis indépendamment des interférences étrangères. Et ils essaient d'aller aux nouvelles. Apparemment, plus personne ne met en doute (ouvertement en tout cas) la probable élection de Michel Aoun à la présidence de la République. Mais toutes les interrogations portent désormais sur l'étape suivante. Quel sera le nouveau rapport de forces politique ? Qui tiendra quoi dans ce nouveau mandat qui s'annonce ?
Les questions sont nombreuses et les spéculations le sont encore plus.

 

(Lire aussi : Feu « orange » sur la voie du palais de Baabda, la situation de Fady NOUN)

 

Ce n'est donc certainement pas un hasard si le gouvernement saoudien a déclaré hier qu'il est déterminé à combattre les actions terroristes du Hezbollah, alors que ce dernier, par la voix de son chef, a déclaré dimanche que l'élection de Michel Aoun à la présidence est une victoire stratégique pour lui.

Dans le tableau politique actuel, on dirait que toutes les parties ont accepté l'idée de l'élection de Aoun, mais le bras de fer régional, international et interne se poursuit pour toutes les autres échéances politiques qui vont suivre l'élection présidentielle.

Les parties opposées au chef du bloc du Changement et de la Réforme affirment que le chef du courant du Futur Saad Hariri sera bel et bien désigné à la présidence du Conseil, mais il ne pourra pas former un gouvernement dans un délai rapide, en raison des multiples obstacles qui se dresseront devant lui, les différentes parties n'ayant pas réussi à se mettre d'accord sur une vision commune, sachant que de toute façon, le ministre démissionnaire de la Justice Achraf Rifi attend le moindre faux pas de Saad Hariri pour récupérer les mécontents sur la scène sunnite. Rifi mise aussi sur les mécontents au sein du courant du Futur pour élargir son assise populaire et mettre ainsi en difficulté Saad Hariri à chaque décision qu'il compte prendre. Dans les arguments de Rifi, il y a principalement la conviction qu'en acceptant d'élire Michel Aoun à la présidence de la République, M. Hariri a cédé au diktat du Hezbollah et il a bafoué les sentiments de la rue sunnite. De plus, l'affirmation dimanche du secrétaire général du Hezbollah que seule une victoire sur les takfiristes en Syrie permettra aux combattants de ce parti de rentrer au Liban signifie que Nasrallah a fermé la porte à toute possibilité que le nouveau président ainsi que le gouvernement puissent réclamer le retrait de ses combattants de Syrie. Cette affirmation du « sayyed » va dans le sens des adversaires politiques de Saad Hariri qui vont l'exploiter pour accuser le chef du courant du Futur d'être désormais sous la coupe du Hezbollah.

 

(Lire aussi : Les risques de l’élection de Aoun pour Hariri, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

C'est dire combien la partie s'annonce difficile et compliquée. Mais elle n'est certainement pas perdue d'avance.

Dans le camp des partisans de l'élection de Michel Aoun à la présidence, on avance les arguments suivants : d'abord le chef du bloc du Changement et de la Réforme ne sera pas, s'il est élu, un président comme les précédents. Contrairement à tous les présidents qui se sont succédé à Baabda depuis l'adoption de l'accord de Taëf, il bénéficie d'une solide assise populaire qui l'a suivi contre vents et marées, dans les bons et les mauvais jours. Il a aussi un bloc parlementaire de poids (le second en nombre de députés après le bloc du courant du Futur) et enfin il dispose d'un solide réseau d'alliances internes qui lui permettront de ne pas être un simple médiateur sur la scène politique et institutionnelle, mais un acteur incontournable. Les règles du jeu politique en place depuis les années 90 pourraient donc changer, et ce en faveur du président de la République et des chrétiens en général, sans avoir à toucher les textes officiels et la Constitution en particulier. De plus, ceux qui craignent une mainmise du Hezbollah sur le nouveau régime se trompent lourdement. Certes, toujours la décision de retirer les combattants de ce parti de Syrie ne dépend pas du président, quel qu'il soit, ni même des autres forces politiques internes, dans le rapport de forces actuel, mais en même temps, le Hezbollah n'a aucun intérêt à faire échouer le général Aoun, lui qui n'a cessé d'essuyer des critiques de blocage pendant ces deux dernières années pour pouvoir le faire élire à Baabda. Par conséquent, ses exigences seront minimales au sein du prochain gouvernement, deux ministres au maximum et sans portefeuilles importants. Il ne devrait pas non plus intervenir dans les nominations, laissant le président de la Chambre continuer à être le représentant de la communauté chiite dans la vie politique interne libanaise.

Les parties libanaises sont donc devant un véritable défi, celui de parvenir à gérer les affaires internes du pays sans attendre les conseils ou les exigences des parties étrangères. Ce ne sera sans doute pas facile, mais ce n'est pas non plus impossible.

 

 

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LE JOUR D,APRES SERA LE JOUR LE PLUS LONG... DEBARQUER EN NORMANDIE... OU... SE LIVRER A LA PYTHIE ?

LA LIBRE EXPRESSION

19 h 26, le 25 octobre 2016

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Commentaires (4)

  • LE JOUR D,APRES SERA LE JOUR LE PLUS LONG... DEBARQUER EN NORMANDIE... OU... SE LIVRER A LA PYTHIE ?

    LA LIBRE EXPRESSION

    19 h 26, le 25 octobre 2016

  • Un mauvais procès vaut mieux qu'une bonne guerre , n'est ce pas Scarlett ? Entendons les 2 sons de cloche . L'une , la looser ne se place que dans du futur hypothétique de : on verra plus tard , ce n'est pas fini , les martiens vont intervenir etc.... L'autre , la gagnante se place dans l'actuel le factuel, le présent et la force du terrain . Y a pas photo , comme on aime à dire en pays conquis. Patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage , on a essayé un système de 48 à nos jours , résultat catastrophique que l'axe de la résistance cherchera à corriger . Donnons lui le temps et le bénéfice du doute , ne jouons pas le jeu du félon qui en trahissant son propre patron n'hésiterait pas à trahir le Liban . Ce qui m'étonne de moi même c'est que j'arrive même à mettre le butin de guerre geagix dans le camp des résistants , à présent . Pour donner au marquis de saad ce même titre faudra attendre un peu sa position sur les armes de dissuasion de la force de résistance du hezb .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 54, le 25 octobre 2016

  • EN DEUX MOTS IL UTILISERA SON PARAVENT TINIOTE CONTRE SON EX PARAVENT ORANGIOTE... ET MOI JE GAGE QUE LES SALLETS EL TINE QU,ON N,A PU IMPOSER AU PRESIDENT CHRETIEN LE SERONT AU P.M. SUNNITE ET PARALYSERONT LA FORMATION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT AVANT MEME SA CONSTITUTION... ET LES HAINES SERONT EXACERBEES...

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 49, le 25 octobre 2016

  • Mais madame nous pensions que vous avez compris !! Soit nous allons attendre que les événements futur vous les fasses comprendre ... Vous allez tomber de haut de tres haut lol

    Bery tus

    07 h 24, le 25 octobre 2016

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