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Liban - Déchets

Chehayeb : « Pas d’alternatives au plan du gouvernement, même s’il n’est pas idéal »

L'activiste Paul Abi Rached met en garde contre la possibilité de la mise en place d'un nouveau monopole, celui des incinérateurs.

Akram Chehayeb en réunion hier avec un groupe de syndicalistes pour aborder les derniers développements du dossier des déchets. Photo Ani

Le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, a réitéré hier son attachement au plan gouvernemental pour la gestion de la crise des déchets qui prévoit l'usage temporaire, et pour une période de quatre ans, des décharges de Bourj Hammoud et Costa Brava (Choueifate) en attendant un passage progressif vers la décentralisation du traitement des ordures ménagères.

M. Chehayeb, qui s'est réuni hier avec plusieurs syndicalistes dans les locaux du Parti socialiste progressiste à Wata Mousseitbé, a passé en revue les derniers développements relatifs au dossier des déchets. « Nous avons été ouverts, dès le départ, au dialogue avec toutes les parties concernées pour trouver des solutions environnementales réalistes. Toutes les surenchères et tentatives pour politiser ce dossier ont prouvé qu'il n'y a pas d'alternatives au plan proposé (par le gouvernement), même s'il n'est pas idéal. Ce plan est le résultat de l'accumulation des déchets pendant 7 à 8 mois dans les rues (en 2015) », a dit le ministre de l'Agriculture, chargé par le gouvernement de gérer le dossier.

M. Chehayeb a par ailleurs critiqué le sit-in entamé pendant une vingtaine de jours, début septembre, par des partisans du parti Kataëb devant le chantier de la nouvelle décharge côtière à Bourj Hammoud et rappelé que le plan du gouvernement prévoyait déjà la décentralisation à laquelle les Kataëb appellent. « Le seul point positif du dernier sit-in de Bourj Hammoud est qu'il a permis d'obtenir un consensus sur le fait que la création de nouvelles décharges à Bourj Hammoud et Jdeidé est la seule porte d'entrée vers la décentralisation », a lancé M. Chehayeb. « Le sit-in a retardé le chantier de 23 jours et a fait s'amonceler les déchets dans les rues. Et après tout ce qui s'est passé, nous sommes revenus vers le plan du gouvernement qui comporte le point essentiel de la décentralisation », a indiqué M. Chehayeb.

 

(Lire aussi : « L’incendie du centre de tri des déchets de Baalbeck n’est pas politique », affirme de Freige à « L’OLJ »)

 

Le parti Kataëb conteste le plan proposé par le gouvernement consistant à creuser deux fosses dans la mer, au niveau de Bourj Hammoud et Jdeidé, qui serviront de décharges pour les quatre années à venir. Ces fosses, d'une superficie totale de 577 000 m², seront cloisonnées chacune derrière un mur de neuf mètres de hauteur. Les montagnes de déchets pourraient à terme atteindre les 14 mètres et demi dans chacune des fosses. Les décharges devraient s'étendre de Dora (au niveau du centre commercial City Mall) jusqu'au port de Beyrouth.
« Toute municipalité qui se dit prête à édifier une usine de traitement des déchets sortira automatiquement du système de gestion centralisé. Nous devons d'abord trouver des emplacements pour construire ces usines, en accord avec les municipalités. Nous donnons l'autorisation à toute municipalité qui dispose d'un terrain et qui est prête à se lancer dans le recyclage de traiter ses déchets », a dit M. Chehayeb. « La décentralisation n'est pas un slogan mais un droit décidé par le Conseil des ministres et la période de transition du traitement centralisé vers le traitement décentralisé a été fixée par le gouvernement à 4 ans », a-t-il ajouté.

 

(Lire aussi : Nouvelles protestations contre la décharge de Costa Brava)

 

« La solution existe »
Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais et fondateur de l'ONG Terre Liban, est quant à lui sceptique quant à la volonté du gouvernement de mettre la décentralisation en place. « Certains disent qu'il n'y a pas de place pour créer des usines de traitement des déchets. Or il y a 3 millions de m2 de carrières au Liban. Ne peut-on pas y trouver 100 000 m2 pour des usines de 1 200 tonnes de capacité ? »
s'est-il demandé.

M. Abi Rached dénonce par ailleurs un « projet de création de nouveaux terrains dans la mer, un commerce de l'immobilier avec les déchets pour prétexte ». Il est prévu de jeter des déchets dans la mer puis de procéder à des opérations de remblayage avec du sable et des pierres pour créer des terrains, selon l'activiste. « Or le sable et les pierres seront extraits de nos montagnes, ce qui veut dire que les montagnes vont être détruites. Nous courons droit vers une catastrophe écologique », a-t-il mis en garde.

Pour Paul Abi Rached, la période des quatre ans de transition « est peut-être un prétexte pour permettre la mise en place d'un nouveau monopole, celui des incinérateurs ». « Si jamais les incinérateurs sont mis en place, ce sera une folie de tout brûler », souligne-t-il, avant d'ajouter que 80 à 90 % des déchets au Liban sont organiques, et donc biodégradables et utilisables pour faire du compost. Les 10 % restants qui, eux, ne sont pas recyclables, comme les couches pour enfants ou le papier toilettes sont normalement enterrés ou incinérés.

« Nos terres sont devenues faibles en minéraux, il est important de pouvoir les nourrir avec le compost. Il est illogique d'enterrer des déchets organiques biodégradables », explique M. Abi Rached. « Au Liban, nous avons l'infrastructure nécessaire pour le tri et le recyclage ; nos usines sont les plus développées du Moyen-Orient. Nous ne sommes pas contre les décharges ni les incinérateurs, mais nous sommes contre le fait de tout brûler et de tout enterrer », a-t-il dit. Et d'ajouter que le Mouvement écologique libanais vient d'obtenir un soutien de principe, de la part du ministère de l'Environnement, pour un projet national de tri dans trois bennes différentes : une verte pour les déchets organiques, une rouge pour les déchets recyclables et une grise pour ceux qui ne sont pas recyclables. Ce projet pourrait permettre aux municipalités de revendre les matières recyclables aux usines de traitement déjà existantes et d'économiser près de 50 millions de dollars en 6 mois. « Cette somme devrait être suffisante pour construire de nouvelles usines de traitement », a expliqué M. Abi Rached, avant d'ajouter : « Je dis à M. Chehayeb que la solution existe. »

 

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