Liban

Ces jeunes Européens qui s’engagent pour l’éducation des Syriens au Liban

Humanitaire

Touchés par la situation des enfants fuyant la guerre, de nombreux étudiants français, allemands ou encore espagnols s'engagent pour eux. Ils viennent au Liban par le biais d'associations humanitaires et n'hésitent pas à monter leurs propres projets.

08/09/2016

Depuis 2011, plus d'un million et demi de réfugiés syriens sont arrivés au Liban. Parmi eux, 400 000 enfants, dont 250 000 non scolarisés. Face à cette crise, l'État libanais est désarmé. De nombreux Européens s'engagent et font le choix de venir au pays du Cèdre pour travailler sur le terrain.

Déjà engagée pour les réfugiés en France, Morgann Pernot, étudiante parisienne, avait à cœur de découvrir le Liban et de comprendre pleinement la problématique des réfugiés syriens dans le pays. Elle choisit de passer par l'association Amel, en lice pour le prix Nobel de la paix, et part en août à Beyrouth pour enseigner le français à des réfugiés. Elle se retrouve face à des classes de dix à vingt élèves, au centre d'Amel à Haret Hreik, dans la banlieue sud. Selon elle, la barrière de la langue est surmontable. « Tu te crées un langage avec la personne, entre mots et mimes comme avec n'importe qui », commente Morgann. La jeune Française raconte : « J'ai le sentiment d'avoir répondu à une demande de leur part, pour le français. Certains élèves ont beaucoup progressé. D'autres venaient plutôt pour le contact social. C'est quelque chose que je connaissais déjà, ayant donné des cours en prison en France, où, de même, le cours n'est pas uniquement une fin en soi mais aussi un prétexte pour échanger. J'ai noué des liens d'amitié avec certains, nous sommes allés manger ensemble le dernier soir. D'autres m'ont aidée en arabe : j'ai reçu autant que j'ai donné. »

 

(Lire aussi : Polygamie et mariages précoces derrière le taux de natalité galopant parmi les réfugiés syriens)

 

Un centre multidisciplinaire
L'éducation est un enjeu majeur pour les nombreux enfants syriens présents au Liban. Le système scolaire s'adapte à la présence des réfugiés, notamment grâce à des fonds internationaux, mais ne permet pas de les intégrer tous. Une grande partie d'entre eux ne vont pas à l'école, et ils sont nombreux à commencer à travailler très jeunes.

C'est après s'être liée d'amitié avec un jeune Syrien qui voulait lui vendre une rose que Janira Taibo, alors étudiante espagnole en échange à l'Université Saint-Joseph (USJ), a développé le projet d'ouvrir un centre pour les réfugiés. Elle lance cette initiative avec l'aide de sa sœur Tamar, également présente au Liban, dans le but d'enseigner à quelques jeunes Syriens et même Libanais les prérequis nécessaires à l'intégration au système scolaire classique. Son objectif, dit-elle, est de donner de l'espoir aux réfugiés : « On prévoit d'organiser au centre de nombreux séminaires d'art, de théâtre, de musique. Nous voulons montrer aux enfants qu'ils n'auront pas à vendre des fleurs toute leur vie », explique-t-elle. Son engagement s'inscrit sur le long terme.

Ils sont pour le moment cinq professeurs pour autant d'élèves qui bénéficieront des cours et qui sont tous âgés de huit à quinze ans. Le centre ouvrira en octobre dans les locaux de l'USJ, mais la jeune femme ne cache pas son intention d'avoir par la suite ses propres locaux. Le projet a mis un an à aboutir. Il a fallu de nombreuses réunions avec l'administration de l'université pour obtenir son soutien. L'initiative bénéficie également du soutien d'une ONG syrienne basée aux États-Unis, Jousour (Ponts), qui vise à encourager la scolarisation des jeunes Syriens.

Janira Taibo avait d'abord commencé à faire classe aux enfants à même la rue, sur les marches du Musée national. Devenue très proche de ses élèves, elle n'hésitait pas à rencontrer leurs familles. Elle a même accueilli chez elle Salah, un jeune garçon battu par ses parents. Un pas que les volontaires européens sont rares à franchir. La jeune Espagnole n'hésite pas à critiquer l'aspect superficiel de l'action de certains. Selon elle, « ils ont l'habitude de s'engager, mais ne le font pas réellement en profondeur et sur le long terme ».

 

(Lire aussi : Elizabeth Richard : Le Liban exclu des pays où les réfugiés pourront être implantés)

 

Implication de différents organismes
Plusieurs associations libanaises sont engagées sur le terrain de l'aide aux réfugiés. L'association laïque Amel, fondée en 1979, s'est notamment saisie de ce problème. Des organisations européennes envoient également des volontaires, souvent des étudiants, sur place. C'est le cas de l'association SOS Chrétiens d'Orient, à visée plus communautaire et politique, proche des milieux conservateurs français.

Sarah Bressan, étudiante allemande, est quant à elle partie avec l'Institut européen de coopération et de développement, une association de solidarité internationale qui intervient dans 15 pays en Afrique, au Proche-Orient, dont le Liban, dans l'océan Indien et en Asie du Sud-Est. Sarah a donné durant tout le mois d'août des cours de français et de mathématiques au centre éducatif de Jnah, au nord de Beyrouth, ouvert en 2006 par l'association, initialement destiné aux réfugiés irakiens. Ayant étudié l'arabe à l'université, Sarah Bressan était désireuse de découvrir la réalité du Moyen-Orient. Elle détaille les motivations qui l'ont poussée à partir : « J'avais déjà eu de bonnes expériences en travaillant comme bénévole dans l'éducation au Kenya et en Afrique du Sud. La cause des réfugiés méritait à mon avis l'investissement. Cela me donne dans le même temps la possibilité de découvrir une culture. » Elle regrette cependant de n'avoir pu passer qu'un mois au Liban.

Un point commun unit ces volontaires : leur optimisme quant à l'avenir des jeunes réfugiés. Ainsi, Janira Taibo est convaincue des conséquences concrètes de son action : « Depuis que nous avons commencé, nous pouvons remarquer à quel point les enfants ont progressé. Ils commencent à avoir plus d'espoir, c'est vraiment incroyable. » Sarah Bressan se dit confiante dans leur futur. Elle argumente : « J'ai vu des enfants qui étaient si dévoués à l'apprentissage et désireux de découvrir le monde que j'espère vraiment qu'ils auront un maximum d'opportunités dans leur vie pour exploiter leur potentiel, et ne pas être découragés par des circonstances comme la guerre et l'exclusion, dont ils ne sont pas responsables. C'est pour cela que j'aime m'impliquer dans ce genre de projets, et que je souhaite contribuer à des opportunités pour les enfants réfugiés. »

 

 

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Talaat Dominique

c'est bien ce que font ces jeunes , mais dans leurs pays , il n'y a pas de gens qui ont des problèmes , des enfants dans les rues, et qui ne vont pas à l'école ?
et tout les syriens qui sont chez nous en Europe ??
pourquoi ils ne font rien pour les enfants africains ?

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