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Interview

Élisa Sednaoui dans les camps syriens : « On sent très fort le poids de la souffrance des enfants »

L'actrice engagée, qui est aussi mannequin, était au Liban cette semaine pour une visite des camps de réfugiés en guise de soutien au HCR.

Élisa Sednaoui avec une famille syrienne dans un camp de la Békaa.

Elle est Laura dans Bus Palladium, le film de Christopher Thomson. Elle est Anne dans L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder. Elle est le visage de H&M, DVF, Chanel, Armani et bien d'autres. Elle a fait la couverture de Vogue, Vanity Fair, L'Officiel, Numéro et bien d'autres. Elle a figuré au moins deux fois dans le calendrier Pirelli. Mannequin et actrice, née en Italie d'une famille libano-égyptienne et élevée en France, mariée avec le galeriste britannique Alex Dellal et maman d'un petit Jack, Élisa Sednaoui n'est pas simplement belle. La filleule de Christian Louboutin est avant tout une activiste humanitaire qui a créé sa propre fondation en 2013. Le 16 février, elle se trouvait au Liban en mission pour le HCR (Haut-Commissariat de l'Onu pour les réfugiés). Elle nous offre son regard sur la situation des réfugiés dans les camps de fortune.

La Fondation Élisa Sednaoui a pour objectif de donner accès à l'art à des enfants défavorisés. Quelles ont été ses réalisations depuis sa création, en 2013 ?
À ce jour huit adultes ont reçu en Égypte, à Louxor, une formation en « facilitation créative », (NDLR : méthode qui les habilite à donner aux enfants des techniques qui leur permettent d'exprimer leur créativité). Nous assurons actuellement trois classes d'art dans la campagne égyptienne, auxquelles les enfants ont accès toutes les semaines. Nous œuvrons à élargir notre groupe d'adultes pour que davantage d'enfants puissent bénéficier de ces programmes.
Nous poursuivons parallèlement notre projet d'ateliers à travers lequel nous invitons des artistes connus à venir partager leur expérience et leur temps avec les enfants, ainsi que leur savoir-faire avec les formateurs. Le photographe Youssef Nabil va bientôt se joindre à nous pour une semaine. Susan Hefuna et Zoe Cassavetes se sont elles aussi engagées à venir nous aider. Entre le 23 et le 28 mai, nous installerons, inchallah, notre premier atelier en Italie.


(Lire aussi : « Les réfugiées de Syrie sont exposées à l'exploitation et au harcèlement sexuel », selon Amnesty International)

 

Quels camps avez-vous visités au Liban ? Quelle a été votre impression en arrivant sur place ?
Plus d'un million de réfugiés syriens ont trouvé un abri au Liban dans des camps de fortune. Nous avons visité un de ces camps improvisés dans le Nord, près de Tripoli, ainsi qu'un autre situé sur une plage, dans un resort désaffecté. Nous avons aussi visité une famille qui réside dans le Chouf, ainsi qu'une autre, de six personnes, qui vit à Beyrouth dans 3 m2 sur le toit d'une usine de semelles. Les débris, les fumées chimiques, les odeurs m'ont énormément marquée.

Comment avez-vous été présentée ?
Comme une partenaire de l'action du HCR.

Comment avez-vous été accueillie ?
Avec toute la douceur et la générosité moyen-orientale. Évidemment, il faut prendre le temps de se parler, on ne peut et on ne veut pas forcer les choses.

Qui avez-vous rencontré ?
Un grand nombre de familles et d'enfants. Notamment une femme de mon âge, 28 ans, mère de 5 enfants, qui ne sait pas où se trouve son mari depuis 4 ans. Elle a dû quitter la Syrie avec sa famille, sa belle-mère, ses belles-sœurs. C'est elle le chef de famille désormais. Vous devriez voir avec quels tendresse, calme et attention elle prend soin de ses enfants. Une femme remarquable.
Nous avons aussi visité un magnifique centre dans Beyrouth où le HCR en partenariat avec l'IRC collaborent pour créer un espace à l'intention des enfants de rue et des enfants qui travaillent. Il s'agit là d'un projet très similaire à celui que nous avons mis en place avec la Fondation Élisa Sednaoui en Égypte.
Quelle joie j'ai vue dans les yeux de ces enfants au moment où ils se sont installés en classe! Et quelle implacable tristesse quand, pendant un exercice qui invitait chacun à raconter son rêve de vive voix, une petite fille qui vend des roses dans la rue a éclaté en sanglots. Le sien était de rentrer chez elle, en Syrie.

Quelles ont été les réactions des enfants à votre visite ?
Les enfants étaient intrigués de nous voir. Ils étaient très mignons. En même temps, on sent très fort et très clairement le poids de leur souffrance. J'ai remarqué que beaucoup d'enfants sont très silencieux.
J'ai rencontré une petite fille de trois ans qui fait une attaque de panique chaque fois qu'elle entend un avion. Cette peur, ces sensations, cette dépression, vont-ils pouvoir s'en débarrasser un jour ?

 

(Lire aussi : « J'aimerais avoir dix enfants, mais pas dans ces conditions »)

 

Un incident, une demande, une réflexion qui vous a marquée ?
Nous avons visité deux familles qui vont bientôt être réinstallées, respectivement en Italie et au Royaume-Uni. Après une très longue démarche, leur demande a été approuvée, parce que leur cas correspond aux critères très spécifiques de vulnérabilité. Les deux familles, après nous avoir posé les questions qui les préoccupent au sujet de leur réinstallation, nous ont confié leur inquiétude pour leurs proches, eux aussi dans le besoin. Cette façon de se soucier des problèmes d'autrui m'a énormément touchée.

Avez-vous un projet à court ou à long terme pour ces populations déplacées ?
J'ai l'intention de suivre dans la mesure de mes possibilités l'arrivée et l'intégration de ces deux familles en Europe. Je vais poursuivre sans relâche ma mission qui consiste à parler du travail incroyable que le HCR fournit pour soutenir les réfugiés, de manière à ce que cet organisme ait accès aux fonds nécessaires à son action. Et promouvoir aussi les contributions privées. Un dollar par jour peut suffire. Il faut continuer à parler du problème, réfléchir ensemble. Ouvrir nos cœurs. Je travaille avec une amie à Londres sur une idée qu'elle a eue, de mettre ensemble sept familles pour en sponsoriser une. Je vous garantis qu'on peut faire beaucoup avec très peu.

Vous êtes l'un des mannequins les plus célébrés de votre génération. La mode a-t-elle selon vous un mot à dire pour contribuer à faire de ce monde un meilleur endroit ?
Il y a beaucoup de choses que la mode pourrait faire bien évidemment. Soit financièrement, soit en prenant des positions fermes par rapport à l'écologie, par exemple. La mode et le luxe doivent avoir le courage d'utiliser leur tribune qui est extrêmement influente pour avancer des arguments moins édulcorés, mettre en avant des exemples inspirants.

 

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