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Démographie

Polygamie et mariages précoces derrière le taux de natalité galopant parmi les réfugiés syriens

De jeunes Syriens jouant entre les tentes d’un camp de réfugiés à Ersal, dans la Békaa. Joseph Eid/AFP

Depuis 2011, le Liban a vu naître sur son territoire des dizaines de milliers d'enfants syriens, un chiffre devenu tracassant aussi bien pour les ONG que pour les Libanais eux-mêmes, dont le taux de natalité est presque de moitié. Le taux de naissance relativement élevé dans les milieux des réfugiés est devenu un vrai souci pour les donateurs et associations diverses. Ces dernières peinent de plus en plus à venir en aide à cette nouvelle population qui grossit au fil des jours et surtout à leur assurer une qualité de vie, notamment sur le plan de l'éducation et autres besoins de base.

Interrogé sur ce taux de natalité, le Dr Walid Ammar, directeur général de la Santé, souligne qu'il ne faut pas oublier un principe de base, à savoir que « le taux de natalité est étroitement lié au chômage et à la pauvreté, un phénomène universel ». M. Ammar avance le chiffre de 40 000 naissances par an chez les réfugiés syriens au Liban sur une population de plus d'un million et demi. « À titre comparatif, le taux de natalité chez les Libanais est de l'ordre de 70 000 par an sur une population de près de plus de 4 millions », dit-il. Nous sommes donc en présence d'« un taux brut de natalité qui est, pour la population libanaise de 18 pour mille et pour les réfugiés syriens de 33 pour mille » , précise encore le directeur.

Selon les chiffres du Haut-Commissariat des réfugiés, les naissances d'enfants syriens enregistrées depuis le début de la crise en 2011 jusqu'à août 2016 s'élèvent à 100 000. Cette différence entre les chiffres officiels libanais et ceux de l'agence onusienne pourrait s'expliquer, selon le Dr Ammar, par le fait que l'afflux des réfugiés en provenance de Syrie s'est nettement accéléré à partir de 2013. « Il ne faut pas oublier non plus qu'une partie des réfugiés ne s'inscrivent pas auprès du Haut-Commissariat et n'inscrivent pas par conséquent leurs enfants », fait remarquer Maha Atassi, directrice de l'ONG Aden (centre de soutien psychologique) à Tripoli, qui vient de lancer un programme de planning familial.

Cette dernière milite depuis des années dans le cadre de l'ONG dont elle relève en faveur de la scolarisation des enfants des réfugiés happés, de plus en plus jeunes, par le monde du travail aux dépens de leur épanouissement et de leur développement. « Moins d'enfants signifie plus d'éducation et plus de qualité de vie. Il ne faut jamais oublier que nous parlons de la génération qui ira reconstruire la Syrie de demain. »

 

(Lire aussi : Elizabeth Richard : Le Liban exclu des pays où les réfugiés pourront être implantés)

 

Inquiétudes
Le taux de natalité parmi les réfugiés syriens inquiète les Libanais par sa dimension démographique, ces derniers craignant de voir les Syriens un jour les dépasser en nombre si la crise devait perdurer dans leur pays. Ces craintes font d'ailleurs écho à des peurs antérieures suscitées il y a quelques décennies par l'afflux au Liban de plusieurs centaines de milliers de réfugiés palestiniens, réveillant à l'époque, chez les chrétiens surtout, le tabou du « nombre ».

Aujourd'hui, ces appréhensions ne sont plus propres aux seuls chrétiens, mais à l'ensemble de la population d'accueil, même si la communauté chiite, minoritaire dans la région, la ressent un peu plus fortement à l'ombre de l'adversité politico-religieuse qui l'oppose à la communauté sunnite.

La question revient sur toutes les lèvres : « Pourquoi faire autant d'enfants lorsqu'on est dans une situation aussi précaire que celle des réfugiés syriens ? » se demandent de plus en plus de Libanais. « Comment peut-on, face aux privations multiples, continuer de désirer autant la naissance d'un cinquième, voire d'un sixième enfant, dont l'avenir sera tout aussi incertain que celui de ses frères et sœurs ? » ajoutent-ils.
Les réponses à cette question sont multiples, affirment tous ceux qui sont concernés, de près ou de loin, par la vie des réfugiés au quotidien, ainsi que les responsables qui suivent ce dossier.

 

(Lire aussi : Plus de la moitié des enfants de réfugiés syriens ne sont pas scolarisés, selon HRW)

 

Contraception
« Le souci de la préservation est un facteur déterminant et universel en temps de guerre. Lorsqu'un peuple subit des massacres de cette envergure, la réaction inconsciente est d'accroître le taux de natalité pour repeupler son pays décimé par la guerre », explique le cheikh Mohammad Nokkari, juge et professeur universitaire. Selon lui, l'argument religieux justifiant l'interdiction par l'islam de la contraception n'est pas valable, puisque la contraception, « naturelle à l'époque, était acceptée même du temps des compagnons du Prophète. Ils y recourraient selon la technique du coït interrompu (en arabe al-Aazel), qui n'est pas interdit en islam ». Aujourd'hui, la majorité des ulémas admettent et légitiment la contraception, voire l'avortement, en cas de risques ou de difficultés économiques ou autres, explique le juge.

Autrement dit, et quand bien même l'argument religieux est parfois brandi par certains réfugiés, il n'en est rien dans la réalité. C'est plutôt du côté de la polygamie et du mariage précoce qu'il faudra aller trouver des explications. L'approche socio-économique et culturelle, le manque d'éducation et la méconnaissance des moyens de contraception sont également à prendre en compte.
« Une grande partie des femmes qui viennent me voir ignorent tout des techniques de contraception et ne cessent de répéter qu'elles n'avaient pas prévu une grossesse de plus », confie Maha Atassi.

« Il faut savoir qu'une partie importante de la population des réfugiés provient de sociétés principalement composées de fermiers et d'agriculteurs qui avaient déjà l'habitude des familles nombreuses. Chaque nouvel enfant est, pour ses parents, une main-d'œuvre supplémentaire pour travailler la terre et source de revenu », souligne pour sa part Maria Khayat Assi, responsable de Beyond, une ONG libanaise implantée notamment dans la Békaa, une terre de refuge devenue également source d'emploi pour les enfants des réfugiés. La polygamie, encore pratiquée dans certains contextes, combinée au mariage précoce des filles de plus en plus généralisé dans ces milieux précaires et justifié par la formule « une bouche en moins à nourrir » pourraient également apporter un éclairage supplémentaire sur le phénomène de l'augmentation des naissances parmi les réfugiés, constate Mme Assi.

 

(Pour mémoire : « J'aimerais avoir dix enfants, mais pas dans ces conditions »)

 

Défier la mort
Pour les travailleurs sociaux, on ne peut non plus écarter le facteur purement psycho-social, à savoir le besoin pour la femme de se sentir toujours désirée par son mari. Celle-ci ressent par conséquent le besoin d'afficher un signe de jeunesse et de vitalité sexuelle dont elle tire fierté, notamment devant les autres membres de la communauté. « Le fait d'être enceinte représente pour elle la preuve que ses rapports sexuels avec son mari sont toujours sains et intenses. C'est également un signe de virilité pour le mari qui en tire autant de fierté », fait remarquer une assistante sociale.

Pour nombre de déplacés, il s'agit en outre d'une sorte de revanche contre la mort et la guerre avec tous les malheurs, privations et craintes qu'elle génère. Une réfugiée syrienne avait un jour confié à un travailleur social ce qui suit : « La vie nous a déjà assez maltraités avec son lot d'injustices et de souffrances. » « Pourquoi veut-on nous priver du seul plaisir qui nous reste ? » devait-elle s'offusquer en allusion aux relations sexuelles au sein du mariage.

 

 

Pour mémoire

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Depuis 2011, le Liban a vu naître sur son territoire des dizaines de milliers d'enfants syriens, un chiffre devenu tracassant aussi bien pour les ONG que pour les Libanais eux-mêmes, dont le taux de natalité est presque de moitié. Le taux de naissance relativement élevé dans les milieux des réfugiés est devenu un vrai souci pour les donateurs et associations diverses. Ces dernières...

commentaires (3)

IL FAUT RAPATRIER CES RÉFUGIÉS AU PLUS TÔT , IL NE FAIY PAS AVOIR DE CESSE DE RAPPELER CELA A CEUX PARMI NOS DIRIGEANTS QUI TERGIVERSENT ENCORE ET QUI SEBPRÉOCCUPENT DE LEUR SORT EN SYRIE . NOUS LEUR AVONS OFFERT PLUS QUE CE QUE TOUS LES AUTRES PAYS RÉUNIS LEUR ONT OFFERT . ÉPATGNEONS AU LIBAN DES SOUFFRANCES A VENIR , ET RAPATRIONS CES RÉFUGIÉS AU PLUS TÔT , DE GRÂCE ! LE DANGER NOUS GUETTE DE PLUS EN PLUS

Chucri Abboud

10 h 40, le 03 mars 2019

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Commentaires (3)

  • IL FAUT RAPATRIER CES RÉFUGIÉS AU PLUS TÔT , IL NE FAIY PAS AVOIR DE CESSE DE RAPPELER CELA A CEUX PARMI NOS DIRIGEANTS QUI TERGIVERSENT ENCORE ET QUI SEBPRÉOCCUPENT DE LEUR SORT EN SYRIE . NOUS LEUR AVONS OFFERT PLUS QUE CE QUE TOUS LES AUTRES PAYS RÉUNIS LEUR ONT OFFERT . ÉPATGNEONS AU LIBAN DES SOUFFRANCES A VENIR , ET RAPATRIONS CES RÉFUGIÉS AU PLUS TÔT , DE GRÂCE ! LE DANGER NOUS GUETTE DE PLUS EN PLUS

    Chucri Abboud

    10 h 40, le 03 mars 2019

  • L,ESTOMAC EST VIDE... MAIS LA MACHINERIE ROULE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 45, le 31 août 2016

  • On s'ennuie donc on procréait.

    DAMMOUS Hanna

    12 h 21, le 31 août 2016