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Liban

Plus de la moitié des enfants de réfugiés syriens ne sont pas scolarisés, selon HRW

Droits de l’homme

L'ONG conteste les politiques locales en matière d'éducation pour les non-Libanais.

OLJ
20/07/2016

Plus de la moitié de près de 500 000 enfants syriens en âge d'être scolarisés et enregistrés au Liban ne reçoivent pas d'enseignement formel, a annoncé Human Rights Watch, dans un rapport publié hier et dans lequel l'ONG exhorte les autorités libanaises à mieux mettre en œuvre leurs politiques pour faire en sorte que les enfants de réfugiés syriens aient accès à l'éducation. Elle les invite à prendre de nouvelles mesures, « comme la possibilité d'employer des professeurs syriens et de renouveler les permis de résidence gratuitement aux déplacés syriens ». « Le droit à l'éducation des enfants syriens ne se concrétisera pas tant que le Liban n'entreprendra pas des réformes allant au-delà de ses politiques actuelles et sans un financement accru des donateurs », assure HRW.

Intitulé « Grandir sans éducation : obstacles à la scolarisation des enfants réfugiés syriens au Liban », le rapport de 87 pages documente les mesures prises par le pays pour permettre aux enfants syriens d'avoir accès aux écoles publiques.

Human Rights Watch constate néanmoins que certaines écoles n'ont pas respecté les politiques de scolarisation mises en place par les autorités, et que les familles syriennes ainsi que le système scolaire public débordé du Liban ont besoin de davantage de soutien de la part des donateurs. « En outre, le Liban est en train de saper sa politique de scolarisation positive en imposant de sévères exigences en matière de droit de séjour qui restreignent la liberté de mouvement des réfugiés et exacerbent leur pauvreté, limitant la capacité des parents à envoyer leurs enfants à l'école et contribuant au travail des enfants », poursuit l'ONG dans son rapport, qui insiste sur le fait que « les enfants en âge d'aller à l'école secondaire ainsi que les enfants handicapés font face à des obstacles particulièrement difficiles ».

« Malgré les progrès réalisés par le Liban en matière de scolarisation des enfants syriens, le très grand nombre d'enfants encore non scolarisés représente une crise immédiate et requiert des réformes audacieuses », recommande Bassam Khawaja, titulaire d'une bourse Sandler auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les enfants ne devraient pas être contraints de sacrifier leur éducation afin d'échapper aux horreurs de la guerre en Syrie », soutient-il, à l'occasion de la publication du rapport.

 

(Pour mémoire : Le défi de Gordon Brown pour scolariser les enfants syriens du Liban)

 

HRW considère que l'accès à la scolarisation est « essentiel pour aider les enfants réfugiés à faire face au traumatisme de la guerre et du déplacement, ainsi qu'à acquérir les compétences nécessaires pour jouer un rôle positif dans les pays d'accueil comme le Liban et dans l'éventuelle reconstruction de la future Syrie.

En novembre et décembre 2015 et février 2016, Human Rights Watch a mené 156 entretiens avec des réfugiés syriens, recueillant des informations sur la situation de plus de 500 enfants en âge scolaire. « Certains n'ont pas été scolarisés depuis leur arrivée au Liban il y a cinq ans et d'autres n'ont jamais mis les pieds dans une salle de classe », selon le rapport qui précise qu'environ 500 000 enfants parmi les réfugiés syriens enregistrés auprès de l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Liban sont âgés entre 3 et 18 ans, et considérés en âge scolaire par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. Toujours selon le document, « seulement 158 000 "non-Libanais", des Syriens en grande majorité, se sont inscrits dans des écoles publiques pour l'année scolaire 2015-16 et 87 000 enfants non-libanais supplémentaires se sont inscrits dans des écoles privées ou semi-privées ».

L'ONG rappelle les politiques mises en place par le Liban pour la scolarisation des enfants syriens, en relevant toutefois leurs lacunes, ainsi que les défaillances au niveau de l'aide internationale. Elle conteste notamment les « réglementations strictes » qui empêchent la plupart des réfugiés de maintenir un statut de résidence légal ou de trouver du travail, estimant qu'elles sapent ces politiques.

 

(Pour mémoire : L'Onu lance un nouveau Fonds pour l'éducation dans les situations d'urgence)

 

« Les enfants en âge d'aller à l'école secondaire sont confrontés à des obstacles particuliers, y compris traverser une plus grande distance pour atteindre leurs écoles, la quasi-impossibilité de maintenir un statut de résidence légal après l'âge de 15 ans, ainsi qu'une pression accrue pour trouver du travail », relève le rapport. « Seulement 2 280 élèves non-libanais se sont inscrits dans les écoles secondaires publiques en 2015-16, c'est-à-dire simplement 3 % des enfants syriens enregistrés au Liban et en âge d'aller à l'école secondaire », poursuit l'ONG, qui met en relief également « les défis redoutables » auxquels les enfants syriens handicapés sont confrontés. « Les écoles publiques, qui ont un piètre bilan en matière d'inclusion des enfants handicapés, les rejettent souvent, affirmant qu'elles manquent de ressources et de compétences nécessaires pour les éduquer. Quand les enfants handicapés syriens sont en mesure de s'inscrire, les écoles publiques ne veillent pas à ce qu'ils reçoivent une éducation de qualité sur un pied d'égalité avec les autres élèves », révèle le rapport.

Certains Syriens ont bénéficié de programmes d'éducation non formels gérés par des organisations non gouvernementales (ONG), souvent dans des camps de réfugiés informels.

 

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Irene Said

Nous en avons plus qu'assez que HRW et autres ONG nous culpabilisent parce que "les enfants réfugiés syriens" ne sont pas tous scolarisés" !
Que HRW aille faire la leçon à Bachar El Assaad qui est la cause principale de l'exode de ses citoyens vers le Liban, ainsi qu'à tous les autres pays qui participent à cette sale guerre en Syrie !

"...comme la possibilité d'employer des professeurs syriens et de renouveler les permis de résidence gratuitement aux déplacés syriens..."
Ne manquait plus que cela !

HRW se rend-il compte de l'indécence de ses propos ?
Nous sommes un pays d'accueil et en faisons déjà assez avec les limites de nos possibilités, pour aider une population de réfugiés représentant déjà le quart de la population libanaise.
Aucun autre pays d'accueil des réfugiés syriens n'en compte une telle proportion.
Alors, HRW et autres ONG, allez vous plaindre ailleurs.
Irène Saïd

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