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Économie

Codage contre chômage

Liban - Emploi

Alors que les jeunes diplômés ont souvent du mal à trouver un premier emploi, les compétences en programmation sont de plus en plus demandées sur le marché du travail. Une aubaine pour les organismes qui proposent des formations dans ce domaine.

02/08/2016

Partout dans le monde, que ce soit à Paris avec l'école d'informatique 42, à Chicago avec Anyone Can Learn to Code, ou à Montréal avec DecodeMTL, les formations intensives à la programmation informatique font fureur. Certains l'envisagent même dès le plus jeune âge, comme au Liban avec l'initiative Raspberry Pi, un programme de codage qui s'invite dans les écoles publiques pour apprendre aux jeunes les rudiments de la programmation et leur donner un avantage sur le marché du travail. D'autres formations lancées plus récemment prônent, elles, un lien direct avec le marché de l'emploi.

C'est le cas de SE Factory (« Software Engineering » Factory), qui propose des formations intensives (« bootcamp ») de 3 mois pour devenir un pro de la programmation. L'initiative, lancée en mars 2016, a accueilli 16 jeunes apprentis codeurs pour sa deuxième session de formation qui a débuté mi-juillet au Beirut Digital District (BDD). « Cette initiative s'adresse aux jeunes diplômés de licence en informatique ayant déjà des fondamentaux en programmation, parlant l'anglais, disponibles à temps plein et surtout très motivés ! » explique Fadi Bizri, cofondateur de SE Factory. La formation coûte 100 dollars, le reste étant couvert par leurs sponsors (le laboratoire Roche, UK Lebanon Tech Hub et Asfari Foundation, et soutenu par le BDD et Berytech). « Nous avons eu 40 candidatures pour la première session et 60 pour la seconde », se félicite Fadi Bizri.

De son côté, Le Wagon, né en France et aujourd'hui présent dans 14 villes du monde, dont Beyrouth, a attiré 8 élèves lors de sa seconde session de 9 semaines – soit 450 heures – qui a débuté le 4 juillet dernier au BDD. La formation du Wagon – qui coûte 4 900 dollars – n'exige pas de prérequis en informatique mais juste une motivation à toute épreuve. « Le but en soi n'est pas de leur permettre de trouver un emploi mais d'apprendre à coder, même si les 8 étudiants qui sont encore en session ont tous déjà reçu des promesses d'embauche », se félicite Malik el-Khoury, fondateur de la société Seiko Tech et directeur du Wagon à Beyrouth.

 

(Lire aussi : Codage : le Wagon passe par Beyrouth)

 

Manque de compétences
Pour SE Factory, au contraire, le but premier est l'accès à l'emploi. « Notre objectif est que 90 % de nos candidats, qui n'ont souvent pas pu se créer le réseau nécessaire pour percer sur le marché, trouvent un emploi. Pour l'instant, deux étudiants de la session précédente en ont trouvé un et la plupart ont décroché des entretiens », ajoute-t-il. Sa formation inclut aussi des séances de coaching et un accès aux recruteurs. La cible : des compagnies de logiciels B2B, ou des agences spécialisées dans le développement de sites Internet ou mobiles.

Car au Liban, où le chômage des jeunes atteignait les 25 % en 2010 selon les derniers chiffres de la Banque mondiale, les jeunes diplômés ont souvent du mal à trouver un premier emploi. « Le coût de la vie est en inadéquation avec les salaires d'entrée sur le marché – en moyenne à 1 000 dollars par mois –, ce qui est décourageant pour les jeunes. Mais surtout, il y a très peu d'offres dans les secteurs privilégiés par les jeunes diplômés, comme la gestion par exemple, d'autant que le tissu économique est composé majoritairement de PME dans le secteur du commerce de détail, ce qui ne favorise pas la création d'emplois qualifiés », explique Jad Chaaban, professeur d'économie à l'Université américaine de Beyrouth (AUB).

 

(Lire aussi : Un programme de codage lancé dans 10 écoles publiques)

 

« Malgré le ralentissement du marché de l'emploi, les offres sont en augmentation dans le domaine de l'informatique, qui représente 20 % des offres actuellement. Celles-ci émanent le plus souvent d'agences de design web et de solutions informatiques avec des salaires d'entrée variant entre 1 000 et 1 500 dollars, mais qui peuvent vite grimper à 2 000 dollars », explique Nahed Khaïrallah, directeur général de l'agence de recrutement Dynamic Recruit. « Il y a une forte demande pour les développeurs, et plus précisément des développeurs d'applications mobiles. Les offres d'emploi dans le domaine informatique représentent 11 % de nos offres, dont 70 % des postes sont liés à la programmation », explique Ziad Ghorayeb, directeur général de l'agence Expertise Recruitment. « Le secteur informatique contribue à plusieurs offres d'emploi mais on ne remarque pas encore de création de postes en masse. Les coûts des infrastructures étant très élevés, les PME investissent peu dans la masse salariale », nuance Jad Chaaban.

En outre, les jeunes diplômés en informatique n'ont parfois pas les compétences nécessaires pour atteindre cet objectif : « Les jeunes diplômés ont une formation trop théorique et n'ont pas les compétences requises pour se faire embaucher », explique Fadi Bizri. « Par exemple, le langage de programmation Ruby est très recherché chez les recruteurs mais aucune université ne l'enseigne au Liban », déplore Nahed Khaïrallah. « Les jeunes diplômés doivent être formés pendant au moins 6 mois avant d'être opérationnels sur leur lieu de travail, ce qui représente un coût supplémentaire pour l'employeur. De plus, les recruteurs ne sont pas souvent satisfaits des candidats et les écartent après un test technique ou un entretien », ajoute-t-il.
D'autres compétences plus générales – comme rédiger un bon CV, savoir se vendre ou gérer son stress et son temps – feraient aussi défaut à de nombreux candidats selon la totalité des acteurs. « Si les programmeurs avaient des compétences en communication, ils auraient tous un travail ! » ironise Malik el-Khoury.

 

 

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