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Économie

L’audit de Sakker el-Dekkené au ministère de l’Économie entravé

Lutte anticorruption

Chargée d'évaluer la corruption au sein de la direction de la protection du consommateur, l'ONG a pointé du doigt hier un manque de collaboration des employés qui a mis fin à ce projet pilote.

S.Ro. | OLJ
27/07/2016

L'ONG anticorruption Sakker el-Dekkené a publié hier les résultats d'un audit mené entre décembre 2015 et juin 2016 à la direction de la protection du consommateur (DPC) du ministère de l'Économie et du Commerce. Le but de cet audit, lancé à travers la signature, le 9 décembre dernier, d'un protocole d'accord entre l'ONG et le ministre de l'Économie Alain Hakim (démissionnaire depuis le 14 juin), était d'y évaluer les risques de corruption et de définir une stratégie de lutte adéquate. « Nous cherchions un projet pilote qui pourrait servir d'exemple afin de montrer que la lutte anticorruption est à la portée de tous, raconte à L'Orient-Le Jour le président de Sakker el-Dekkené, Rabih Nassar. Le ministère de l'Économie était intéressé et nous avons choisi le département de la protection du consommateur, car il s'agit du plus grand département en nombre d'employés (environ 90), et qu'il est en relation étroite avec le citoyen. »

 

(Pour mémoire : Port de Beyrouth : l'État perd 400 millions de dollars par an à cause de la corruption)

 

Mais dès sa première page, le rapport de l'ONG indique qu'« à cause du manque de collaboration des employés du ministère et du manque de disponibilité des données requises (...), une stratégie anticorruption n'a pas pu être définie et le projet a été arrêté ». D'après Rabih Nassar, l'ONG n'a pas obtenu de réponse lorsqu'elle a demandé à avoir accès aux procédures internes au département régulant sa lutte anticorruption.
Pour Alain Hakim, cette résistance de la part des employés est normale : « Le ministère n'a jamais connu d'audit auparavant », affirme-t-il à L'Orient-Le Jour. « Le rapport, même si rédigé par des non-professionnels de l'audit, a permis d'identifier certaines faiblesses au sein du ministère, et pour cela je remercie Sakker el-Dekkené », ajoute-t-il. Rabih Nassar relève toutefois que l'ONG a envoyé trois lettres au ministère, avec le ministre en copie, pour se plaindre, sans recevoir de réponses.

Bien que limités, les résultats des recherches de l'ONG ont été inclus dans le rapport et axés sur trois enquêtes de terrain. La première consistait en des entretiens en face à face avec 68 employés du ministère de l'Économie concernant leur perception de la corruption. Selon le rapport, 33 % ont affirmé avoir été témoins de cas de corruption et 84 % d'entre eux n'avoir jamais pris part à une formation anticorruption. Près de la moitié pensent qu'il n'existe pas de procédure en place pour signaler des cas de corruption. Un constat invérifiable par l'ONG qui n'a pas eu accès aux procédures internes du ministère.

 

(Lire aussi : « La lutte contre la corruption doit commencer par le haut »)

 

Évaluation biaisée ?
En outre, l'ONG a suivi 17 inspecteurs de la DPC sur le terrain – sur un total de 136 – afin d'évaluer leur performance et leur exposition à la corruption. La première observation du rapport est qu'ils sont « sous-équipés, tant au niveau du transport que des outils pour détecter les fraudes ». « Si les inspecteurs travaillaient sur des tablettes électroniques, ils pourraient transférer tout leur travail sur un serveur centralisé », argumente Rabih Nassar. « Cela permettrait d'instaurer un suivi régulier de leur travail, le tout pour un investissement maximum d'environ 50 000 dollars », ajoute-t-il.
Mais le rapport note que l'évaluation des inspections par Sakker el-Dekkené pourrait être biaisée, car il est « possible que les entreprises (inspectées) aient été notifiées à l'avance ». « Les inspections se déroulaient tellement bien que ça en devenait louche. Mais comme nous ne connaissons pas les procédures internes, nous ne savons pas si cela est normal ou pas », commente Rabih Nassar.

 

(Lire aussi : Le système politique libanais désigné par Transparency comme l'un des symboles de la corruption dans le monde)

 

L'ONG a aussi interrogé une centaine d'entreprises qui subissent les inspections du département de protection du consommateur, un chiffre qui aurait dû être complété par une centaine d'autres entreprises choisies par le ministère. « Nous n'avons pas eu accès à cette liste, donc nous avons choisi 100 entreprises au hasard », selon Rabih Nassar. D'après le rapport, bien que les entreprises aient remarqué une amélioration de la performance du ministère sur les cinq dernières années, 33 % d'entre elles doutent de l'intégrité de la direction du ministère de l'Économie et 52 % ne connaissent pas les procédures, les coûts et le calendrier pour chaque formalité du ministère. « Il est vrai qu'il existe un manque de confiance entre le citoyen et le ministère », reconnaît Alain Hakim. « Nous allons essayer d'améliorer cela à travers la diffusion de brochures, par exemple », ajoute-t-il.
Pour le président de Sakker el-Dekkené – qui considère que « le ministère de l'Économie n'est pas pire que les autres » –, cette expérience a surtout permis de mettre en lumière « le manque de volonté chronique d'améliorer la situation au niveau étatique : il n'existe ni objectifs annuels ni plans d'actions ! ».

 

 

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Irene Said

"...cette experiene a surtout permis de mettre en lumière le manque de volonté chronique d'améliorer la situation au niveau étatique..."

Mais...parce que c'est un des socles de la corruption étatique qui profite à tous nos IRRESPONSABLES-INCAPABLES !

Bon courage, Messieurs Alain Hakim et Rabih Nassar !
Persévérez et surtout ne relâchez pas la pression, ces Messieurs les IRRESPONSABLES sont des durs à cuire !
Irène Saïd

NAUFAL SORAYA

Ca ne fait rien, c'est un début, ce qui compte c'est que le contrôle et la pression soient maintenus!

Bravo et merci à tous ceux qui luttent pour notre bien!

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