Liban

La confrontation est désormais ouverte entre Riyad et Téhéran

Décryptage
15/07/2016

De Sanaa à Damas, en passant par Bagdad et Beyrouth, rien ne va plus entre Téhéran et Riyad. Au lieu de se réduire, le fossé entre ces deux capitales régionales ne cesse de s'approfondir, au point de se transformer, de plus en plus, en affrontement ouvert.

Les changements régionaux, pourtant importants, notamment dans la position turque à l'égard des dossiers régionaux et en particulier en Syrie, ne semblent avoir aucune influence sur le cours de ce conflit qui semble appelé à se perpétuer. Une source diplomatique arabe à Beyrouth estime ainsi que les dirigeants saoudiens ont visiblement décidé d'utiliser les mêmes armes que les Iraniens ainsi que la même stratégie dans leur lutte contre « l'hégémonie de Téhéran » sur la région. En effet, depuis que l'imam Khomeyni a décidé d'exporter la révolution iranienne dans le monde arabe, en reprenant pour son compte la cause palestinienne dont son pays est devenu un des plus grands défenseurs, l'Iran n'a cessé d'étendre son influence dans la région.

Prenant pour point de départ la cause palestinienne et la lutte contre Israël, l'Iran a réussi à construire un réseau d'alliés dans de nombreux pays arabes qui lui a permis de se construire un rôle prédominant, voire incontournable dans la région. Cela a commencé avec le Hezbollah au Liban dont la naissance officielle a eu lieu en 1984, alors que depuis 1982, après l'invasion israélienne du Liban, les gardiens de la révolution avaient commencé à affluer dans la Békaa pour en former le premier noyau. Le Hezbollah est ensuite passé par plusieurs étapes, de la clandestinité à la participation à la vie politique, avant de devenir la force que l'on connaît aujourd'hui et qui a réussi à changer la donne non seulement au Liban pendant la guerre de 2006 mais même en Syrie avec sa contribution militaire à la guerre aux côtés du régime.

Le même schéma a été suivi avec les organisations palestiniennes, qu'il s'agisse du Hamas qui a eu une période de crise avec l'Iran au début de la guerre en Syrie, avant de rétablir ses relations avec les autorités de Téhéran, ou même du Jihad islamique et peut-être d'autres organisations moins connues. C'est aussi sur le même modèle que le groupe Ansarallah (les houthis) a été formé au Yémen, ce groupe ayant réussi après un an et demi d'une guerre d'une rare violence à continuer à donner du fil à retordre aux hommes de Abed Rabbo Mansour Hadi et ses alliés saoudiens. Les troupes populaires d'Irak, formées essentiellement de combattants chiites, ont aussi la même structure et le même parrain, tout comme les Forces de défense populaire en Syrie, qui sont des milices parallèles à l'armée syrienne. Le schéma est quelque peu différent dans les pays du Golfe, où l'Iran n'appuie pas des groupes armés mais la République islamique a des alliés au sein de l'opposition à Bahreïn et même au Koweït, tout comme elle a adopté la cause du cheikh Nemr el-Nemr en Arabie saoudite, sans toutefois appeler au renversement de la famille royale.

Après des années de guerre douce, par groupes interposés, Riyad a changé de tactique. Les dirigeants saoudiens ont d'abord décidé d'utiliser le même stratagème que les Iraniens et ils ont contribué au financement et à la formation de groupes armés en Syrie, certains officiellement, d'autres en douce, au point qu'une partie de l'opposition est couramment appelée « l'opposition de Riyad ». Même chose au Yémen, avec les troupes du président démissionnaire, et en Irak, avec les groupes sunnites. Au Liban, le principal allié de Riyad est le courant du Futur, mais les Saoudiens ont décidé d'élargir l'éventail de leurs relations à d'autres formations sunnites, sans oublier les parties intégrées au sein du 14 Mars. Mais les Saoudiens ont décidé d'aller encore plus loin, parrainant ouvertement cette année le congrès de l'opposition iranienne qui s'est tenu la semaine dernière à Paris. Riyad a ainsi franchi un nouveau pas dans sa confrontation avec l'Iran, en soutenant publiquement un groupe iranien armé, les « Moudjahidine du peuple » et en appelant clairement à la chute du régime de Téhéran. Autrement dit, l'affrontement ne se fait plus par alliés interposés et sur des scènes extérieures, il se veut désormais direct et frontal. Même lors de la guerre irako-iranienne, qui a commencé en 1980 et a duré jusqu'en 1988, la confrontation n'était pas directe entre Téhéran et Riyad.

Aujourd'hui, la guerre est ouverte et Riyad veut se doter de bras armés ou en tout cas d'instruments de lutte dans toutes les scènes ouvertes, y compris à l'intérieur même de l'Iran.
Dans cette atmosphère de plus en plus tendue, aucune détente n'est envisagée, en tout cas pour l'instant. On voit mal, dans ce contexte, comment un déblocage politique pourrait se produire au Liban, sachant qu'en dépit des appels aux Libanais à s'entendre, nul n'ignore que le vrai problème est entre Téhéran et Riyad. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si au moment où le ministre français des Affaires étrangères était à Beyrouth, le numéro 2 du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, déclarait que le blocage présidentiel vient de l'Arabie saoudite alors que dans le cadre de sa rencontre avec Jean-Marc Ayrault, le chef du courant du Futur accusait l'Iran d'entraver l'élection d'un président. Les déclarations se multiplient, les échéances se suivent et la situation politique continue de faire du surplace...

 

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AIGLEPERçANT

Super article Scarlett, non pas que les autres ne l'étaient pas , mais celui là met le doigt sur la véritable plaie qui gangrène le monde .

En partant du problème palestinien et de la journée al Qods du régime iranien , vous avez posé le problème à l'endroit de ce que justice doit être faite .
Les iraniens ont un plan , certes, et c'est celui de mettre fin à l'injustice faite à un peuple martyrisé, violé, volé et massacré, ce peuple n'est pas chiite , il est composé de chrétiens et de sunnites.

C'est quand les usurpateurs ont attaqué les chiites au sud Liban que cela a commencé à se dégrader, fallait pas commetre cette erreur . On connaît la suite sur la vaillance des combattants du hezb.

Tandis que les saouds, qu'ont ils comme leimotiv autre que de protéger cet état basé sur le vol , les crimes et le viol d'un peuple martyrisé ??????
Sans véritable motif , à part servir un vil projet , on se plante .

La turquie a compris et ne veut plus faire partie de cette servilité, elle essaie de renouer des liens avec les allies de Bashar le héros mais aussi avec ce dernier en personne .

ON NE POURRA PAS ENTERRER LE PROBLÈME CENTRAL DE LA PALESTINE SUNNITE ET CHRÉTIENNE USURPÉE, TANT QUE CELA NE SERA PAS RÉSOLU, ON VERRA DES NICE , PARIS LAGOS ABIDJAN BRUXELLES ETC....ETC...
Loin de penser que ces attaques ont ete orchestrées par les chiites du hezb , mais bien par des sunnites wahabites .


Pierre Hadjigeorgiou

Si l'Iran et l'Arabie ont envie de s’étriller tant pis pour eux. Ce que je ne comprends toujours pas c'est pourquoi les Libanais musulmans Chiites ou Sunnites s'identifient a eux et décident de faire de même en leur nom!!! En bref, après 15 ans de guerre et 15 ans d'occupation ils n'ont rien appris!!! Au final Khomeiny ou Saoud ce sont les deux faces d'une même monnaie ou la même merde dans deux paquets différents... Ce que nous disions depuis 2005 s’avère tristement vrai! Les armes du Hezbollah nous ont conduit a la situation qui prévalait dans les années 70 et nous y sommes a nouveau. La guerre d'extermination resurgira avec des acteurs différents et des résultats qui auront un impact cruciale sur l'avenir du pays et de la région et au détriment des deux communautés. Le compte a rebours avait commence en 2005 a pas lent, le voila qui s'active et s’accélère...

Bery tus

Pas mal mais on sent le parti pris lol

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BRAVO TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ! ARTICLE TRES OBJECTIF OU LES VERITES POUR LES DEUX FACES DE LA MEME MONNAIE SONT FRANCHEMENT DITES... SURTOUT CELLE QUE C,EST L,IRAN AVEC SES REVES HEGEMONIQUES EN COMMENCANT AVEC KHOMEYNI ET JUSQU,AUJOURD,HUI QUI EST LE PROVOCATEUR DE TOUS LES CONFLITS DANS LA REGION !!!

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