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Liban - Attentats

À Qaa, l’armée ratisse les alentours et les habitant(e)s portent les armes

Depuis des décennies, la localité est victime par intermittence de sa position géographique à la frontière syrienne et de son statut d'agglomération chrétienne enclavée dans une région à majorité musulmane.

Patrouille de l’armée à l’intérieur du village de Qaa. Photos AFP

Ce mercredi à 17 heures, Qaa enterrera ses cinq victimes, tombées dans les attentats-suicides de lundi. Hier, le village limitrophe de la Syrie a accueilli un défilé de personnalités venues le réconforter, alors que ses habitants ont décidé d'avoir recours à l'autodéfense, arpentant les rues avec des armes apparentes.
L'armée, de son côté, a continué à ratisser les alentours du village, alors que la décision du mohafez de la Békaa, Bachir Khodr, d'imposer un couvre-feu de 72 heures aux réfugiés syriens de la région de Baalbeck-Hermel était toujours en vigueur.

Qaa, hier, était une bourgade en guerre, sur le qui-vive, mais une bourgade qui, malgré ses hommes et ses femmes armés, avait de la peine à cacher sa peur et sa tristesse. Triste d'être délaissée, comme toutes les zones reculées du Liban, triste d'intéresser les responsables uniquement quand elle est en danger, triste surtout après l'horreur vécue lundi.

Depuis plus de quatre ans, les habitants de Qaa appellent les autorités libanaises à agir et à réglementer la situation des Syriens qui se trouvent sur les terrains du village à Macharih el-Qaa. En tout, plus de 30 000 ressortissants syriens vivent actuellement entre Macharih el-Qaa, Qaa et Ras Baalbeck. Ces deux dernières bourgades comptent dans les 10 000 habitants en été. Elles sont exclusivement chrétiennes, majoritairement grecques-catholiques, et sont limitrophes de la Syrie.

 

(Lire aussi : Le Liban officiel craint une nouvelle vague d'opérations terroristes)

 

L'histoire de Macharih el-Qaa est différente. Cette localité, qui dépend de la municipalité de Qaa, est constituée d'immenses terrains agricoles. Ces terrains sont exploités par les habitants de Qaa, de Ras Baalbeck et de Ersal. Depuis le boom agricole du début des années quatre-vingt-dix, ils abritent plus de 7 000 ouvriers syriens qui travaillent la terre. Les choses ont commencé à changer avec la guerre en Syrie, ces ouvriers faisant appel à leurs proches pour venir se faire enregistrer au Liban auprès du HCR en tant que réfugiés afin de profiter des aides et vivre entre la Syrie et le pays du Cèdre, traversant régulièrement la frontière... C'est ainsi que la population syrienne de Macharih el-Qaa a plus que triplé en l'espace de quatre ans.

Joint au téléphone par L'Orient-Le Jour, le député du coin, Marwan Farès, qui a perdu son cousin germain Georges Farès dans l'un des attentats-suicides de lundi, a indiqué que la femme de ce dernier est dans un état grave et qu'elle a été transférée à l'Hôpital américain de Beyrouth.

Soulignant l'importance de contrôler la situation à Macharih el-Qaa, il a rappelé qu'il « n'y a pas d'agriculture au Liban sans les ouvriers syriens ». Invité à commenter le défilé d'officiels qui se sont rendus, hier, à Qaa, il a noté que « tout le monde est solidaire de notre village. Des Kataëb au Hezbollah. L'ancien responsable des commandos de l'armée, Chamel Roukoz, nous a informés que ça pourrait être le début d'une offensive du groupe État islamique contre le Liban ». Et de poursuivre : « Nous sommes un village chrétien qui vit entièrement en harmonie avec son environnement, que ce soit avec Ersal (peuplée de sunnites) ou avec le Hermel (peuplé de chiites). Depuis exactement 41 ans, le village n'a pas connu une telle situation. »

 

(Lire aussi : Qaa : l'équilibre de la terreur rompu ?)

 

Les années soixante-dix
Un ancien président du conseil municipal de Qaa, Eid Matar, raconte à L'OLJ, en bref, deux événements douloureux vécus par le passé à Qaa. « Il y a 41 ans, le 1er juillet 1975, les habitants des villages voisins ont voulu se venger des chrétiens de Qaa à cause des combats qui faisaient rage à Beyrouth. La localité a été encerclée, prise d'assaut, il y a eu des combats. Trois ans plus tard, Qaa et les deux villages de Ras Baalbeck et de Jdeidet el-Fakehé, ce dernier comptant également des chrétiens, ont connu un important massacre. C'était le 26 juin 1978. Le Liban était sous occupation syrienne, les hommes de Rifaat el-Assad (le frère de l'ancien président Hafez el-Assad) ont kidnappé 15 hommes de Qaa et 11 hommes de Jdeideh el-Fakehé et de Ras Baalbeck. Ils ont été amenés dans la vallée de Wadi el-Rahyan puis tués par des Libanais et non par les Syriens. C'était un massacre effectué en représailles contre l'assassinat de Tony Frangié (et de sa famille, le 13 juin 1978) », raconte-t-il en soupirant. Et comme pour empêcher son interlocuteur de poser plus de questions, il ajoute : « Cela fait partie du passé, du temps de la guerre civile. »

Rifaat el-Assad était très proche de Tony Frangié. L'armée syrienne a arrêté donc les hommes de ces trois villages limitrophes de la frontière, appartenant aux Kataëb, et les a livrés aux Marada.
Interrogé sur la situation de la localité de Macharih el-Qaa, M. Matar précise : « Nous avons tenté de régulariser la situation il y a deux ans, avec une coopération entre les services de renseignements de l'armée, le PSNS et le Hezbollah. Tout projet est pris au sérieux au début. Nous ne voulons pas expulser les Syriens de chez nous. Nous comptons sur eux pour l'agriculture. Nous voulons juste régulariser leur situation. Que ceux d'entre eux qui n'ont pas de travail à Macharih el-Qaa partent ! Tout allait bien, jusqu'à l'arrivée des groupes fondamentalistes. Même si toute la République a défilé chez nous au cours des dernières 48 heures, que peut-on nous garantir ? Peut-on garantir une sécurité contre les jihadistes, ces terroristes-là sont-ils prévisibles ? »
s'interroge-t-il.

L'ancien président du conseil municipal de Qaa a lui-même vu l'un des kamikazes. « Je lui ai parlé, il ne m'a pas répondu. Il n'avait pas plus de 14 ans. Il portait une chemise et un pantalon bleu marine et un sac à dos. Maintenant, les kamikazes ne portent plus des ceintures explosives, mais rangent leurs munitions et leurs bombes dans des sacs à dos. Le garçon auquel j'ai parlé s'est avéré être un ressortissant syrien. Il devait venir d'un camp voisin », raconte-t-il.

 

(Lire aussi : Avec les attentats de Qaa, le Liban face à une nouvelle étape incertaine, le décryptage de Scarlett Haddad)

 

« On n'est plus en sécurité »
Rifaat Nasrallah est de Ras Baalbeck. Ce retraité de l'armée est le chef de la milice civile de Qaa et de Ras Baalbeck, qui a commencé son travail depuis la guerre de Qousseir (en 2013) pour protéger les deux villages chrétiens situés à la frontière syrienne.
« Quand l'armée s'est déployée à la frontière de nos deux villages, nous avons quitté des positions que nous utilisions pour observer tout mouvement suspect autour de nous. Depuis lundi, les hommes de Qaa et Ras Baalbeck qui habitent à Beyrouth et dans le Mont-Liban sont en train de rentrer pour prêter un coup de main », dit-il à L'OLJ. « Nous sommes sur le qui-vive et personne ne réussira à nous arracher de nos villages, même si nous sommes à la frontière avec la Syrie », martèle-t-il. « Aucun habitant de Qaa ou de Ras Baalbeck ne sort sans ses armes. Nous possédons des armes personnelles. Nous sommes prêts à soutenir l'armée au cas où les choses se passeraient mal », ajoute-t-il.

Il parle de la situation : « Il y a 17 camps de réfugiés entre Qaa et Ras Baalbeck. Les Syriens de Macharih el-Qaa nous empêchent d'aller sur nos terrains agricoles. Ils peuvent tirer sur n'importe qui, agresser les propriétaires des terrains. Ils sont devenus trop nombreux... Qu'ils partent ! On ne se sent plus en sécurité. »

Et sur le défilé de personnalités, il lance : « Nous ne voulons pas qu'ils condamnent les attentats, qu'ils viennent chez nous ou qu'ils mettent les drapeaux en berne. Nous avons assez des déclarations, nous voulons des actes. Personne ne se soucie de notre sort. Que le pouvoir politique donne le feu vert à l'armée ! Je vous garantis que la troupe est capable au bout de sept jours d'en finir avec les jihadistes qui se trouvent dans le jurd de Ersal, Qaa et Ras Baalbeck. Ils ne sont pas plus que 3 000 miliciens, il faut juste que les hommes politiques prennent la décision », souligne-t-il.

 

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commentaires (1)

Le Liban devrait créer des commandos qui aillent les chasser chez eux et dans les camps de réfugiés, vrai bouillon de bactéries wahabites .

FRIK-A-FRAK

10 h 55, le 29 juin 2016

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Commentaires (1)

  • Le Liban devrait créer des commandos qui aillent les chasser chez eux et dans les camps de réfugiés, vrai bouillon de bactéries wahabites .

    FRIK-A-FRAK

    10 h 55, le 29 juin 2016

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