Impact Journalism Day

Société

Le Freebird Club : Airbnb, mais l'impact social en plus

Mary et son époux, Barry Fairtclough, de Killorglin, ont accueilli des visiteurs chez eux dans le cadre de la version pilote de Freebird. Photo Domnick Walsh

Jennifer DUGGAN | The Irish Times/IRLANDE
25/06/2016

L'économie collaborative est en majorité conduite par et destinée à la génération Y, mais les clubs de voyages en peer-to-peer sont plus faits pour amener la génération senior à s'engager et à participer à des enjeux sociaux.


L'idée du FreeBird Club (le Club de l'Oiseau libre) est née lorsque Peter Mangan s'est mis à louer sa maison dans le comté de Kerry, en Irlande, sur Airbnb. Alors que M. Mangan cherchait à tirer un revenu supplémentaire de sa propriété, c'est son père, un vétérinaire retraité qui s'est occupé du bien pendant que M. Mangan travaillait à Dublin, qui a fini par en profiter le plus. «Il allait vers ses soixante-dix ans et il était évident qu'il avait du mal à composer avec la fin de sa vie active et le fait d'être veuf», observe M. Mangan. En rencontrant de chaleureux hôtes, il a repris goût à la vie. «Quelques couples âgés sont venus avec plein d'activités en tête, il y a eu des nuits au pub du coin, il a été invité à la maison pour dîner, ils ont joué au golf et ils l'ont emmené faire des visites», ajoute-t-il.


C'est ainsi que le FreeBird Club est né. «J'ai pensé que Airbnb n'avait fait que gratter la surface de quelque chose de meilleur. Si vous activez la dimension sociale et faites en sorte de ne pas seulement loger des personnes mais plutôt d'en faire un moyen de rencontres, vous avez l'outil pour contrer les problèmes auxquels font face les plus âgés», analyse M. Mangan. La solitude et l'isolement sont des préoccupations énormes pour ces personnes, particulièrement après le décès d'un conjoint. «C'est un véritable fléau, un vrai problème de société», souligne M. Mangan. Pour lui, l'économie collaborative avait le potentiel de juguler ce phénomène social.


M. Mangan a accepté de participer à un programme d'incubation, le Pôle Impact d'Amitié pour l'Allongement de la Vie, et y a soutenu des groupes de recherche et de vigilance. Les aînés à qui il a parlé ont raconté qu'ils «voudraient voyager plus mais qu'il leur manquait les opportunités, particulièrement lorsqu'ils ne sont pas accompagnés ou ont perdu leur moitié», explique-t-il. À l'inverse de Airbnb, le FreeBird Club demande aux hôtes d'être présents: il est impossible de louer une maison vide, l'interaction sociale est une partie aussi importante que le logement en lui-même.


L'attention portée à la sécurité a été un autre facteur-clé pour ceux avec qui M. Mangan avait discuté. Cela a amené l'idée d'un club dans lequel ceux qui veulent s'inscrire doivent devenir membres et payer une inscription. «Avec Airbnb, ils avaient l'impression d'ouvrir leurs portes à n'importe qui: ils n'avaient pas confiance en ce principe. En revanche, leur méfiance disparaît lorsqu'ils ont affaire à un véritable club pour lequel il faut payer pour adhérer», estime-t-il.


Bethia Tooth a été l'une des premières invitées à participer à un test du FreeBird Club. Son premier séjour, cette résidente du Royaume-Uni l'a fait dans le comté de Kerry, en terre irlandaise. Malgré une arrivée au beau milieu de la tempête Desmond en décembre dernier, Mme Tooth a passé un moment «adorable» en compagnie de ses hôtes de Killorglin. «Ce n'est pas juste un bed & breakfast, témoigne-t-elle. C'est ce qui m'a motivée à rejoindre le club. C'était comme si un ami m'avait présentée à ses propres amis. Je leur ai parlé de ma famille comme eux m'ont parlé de la leur, nous avons bavardé comme des amis d'enfance.»
Si, pour ce premier séjour, Mme Tooth était accompagnée d'une connaissance, elle affirme qu'elle serait ravie de voyager seule, une option qu'elle n'aurait jamais envisagée par le passé. «Mon mari est décédé il y a six ans et avant le FreeBird Club, il ne me serait jamais venu à l'esprit de partir seule dans des endroits inconnus», explique-t-elle.


Ceux qui accueillent bénéficient autant du système que ceux qui voyagent. Beaucoup d'entre eux subissent le phénomène du «nid vide», une fois leurs voyageurs partis, précise M. Mangan. Lors de la phase test du FreeBird Club, Mary et Barry Fairtclough ont loué une chambre de leur maison de Killorglin. Ils ont eu deux visiteurs différents et en ont retiré une «super» expérience. «Tous nos enfants sont à l'étranger, nous sommes retraités et vivons dans un bel endroit. Nous avons pensé qu'il serait intéressant de partager cela avec d'autres», raconte Mme Fairtclough.


Basé sur le même modèle qu'Airbnb, le FreeBird Club permet aux hôtes d'afficher le prix du séjour chez eux. C'est aux hôtes de décider des prix, généralement plus ou moins similaires aux bed & breakfast locaux. Cela procure un revenu supplémentaire, une donnée importante pour les retraités, d'après M. Mangan, car les temps peuvent être difficiles financièrement pour eux. «Beaucoup doivent composer avec des retraites inadéquates, c'est un moyen de monétiser le seul bien que nombre de personnes âgées possèdent, une maison avec un crédit déjà payé», estime-t-il. Mme Fairtclough confie que ces gains les aident et leur permet de tirer un revenu de l'espace libre de leur maison. «C'est un petit pécule en plus, notamment sur nos pensions de retraite», continue-t-elle.


Le FreeBird Club est un business qui répond à un besoin social, c'est cet aspect qui lui a permis de remporter le Concours européen de l'innovation sociale 2016 organisé par la Commission européenne. M. Mangan souligne que la partie commerciale est déterminante pour accroître son efficacité: «C'est une entreprise sociale adaptée à son époque, une entreprise à but lucratif», précise-t-il. Il croit que cela provoquera un plus grand impact: «Pour se développer, le concept doit être rentable afin d'attirer les investissements.» Sans oublier de rappeler que la philosophie de l'impact social «est au centre-même de ce que nous essayons de faire».

 

 

 

 

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Jennifer DUGGAN | The Irish Times/IRLANDE
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L'économie collaborative est en majorité conduite par et destinée à la génération Y, mais les clubs de voyages en peer-to-peer sont plus faits pour amener la génération senior à s'engager et à participer à des enjeux sociaux.


L'idée du FreeBird Club (le Club de l'Oiseau libre) est née lorsque Peter Mangan s'est mis à louer sa maison dans le comté de Kerry, en Irlande, sur Airbnb. Alors que M. Mangan cherchait à tirer un revenu supplémentaire de sa propriété, c'est son père, un vétérinaire retraité qui s'est occupé du bien pendant que M. Mangan travaillait à Dublin, qui a fini par en profiter le plus. «Il allait vers ses soixante-dix ans et il était évident qu'il avait du mal à composer avec la fin de sa vie active et le fait d'être veuf», observe M. Mangan. En rencontrant de chaleureux hôtes, il a repris goût à la vie. «Quelques couples âgés sont venus avec plein d'activités en tête, il y a eu des nuits au pub du coin, il a été invité à la maison pour dîner, ils ont joué au golf et ils l'ont emmené faire des visites», ajoute-t-il.


C'est ainsi que le FreeBird Club est né. «J'ai pensé que Airbnb n'avait fait que gratter la surface de quelque chose de meilleur. Si vous activez la dimension sociale et faites en sorte de ne pas seulement loger des personnes mais plutôt d'en faire un moyen de rencontres, vous avez l'outil pour contrer les problèmes auxquels font face les plus âgés», analyse M. Mangan. La solitude et l'isolement sont des préoccupations énormes pour ces personnes, particulièrement après le décès d'un conjoint. «C'est un véritable fléau, un vrai problème de société», souligne M. Mangan. Pour lui, l'économie collaborative avait le potentiel de juguler ce phénomène social.


M. Mangan a accepté de participer à un programme d'incubation, le Pôle Impact d'Amitié pour l'Allongement de la Vie, et y a soutenu des groupes de recherche et de vigilance. Les aînés à qui il a parlé ont raconté qu'ils «voudraient voyager plus mais qu'il leur manquait les opportunités, particulièrement lorsqu'ils ne sont pas accompagnés ou ont perdu leur moitié», explique-t-il. À l'inverse de Airbnb, le FreeBird Club demande aux hôtes d'être présents: il est impossible de louer une maison vide, l'interaction sociale est une partie aussi importante que le logement en lui-même.


L'attention portée à la sécurité a été un autre facteur-clé pour ceux avec qui M. Mangan avait discuté. Cela a amené l'idée d'un club dans lequel ceux qui veulent s'inscrire doivent devenir membres et payer une inscription. «Avec Airbnb, ils avaient l'impression d'ouvrir leurs portes à n'importe qui: ils n'avaient pas confiance en ce principe. En revanche, leur méfiance disparaît lorsqu'ils ont affaire à un véritable club pour lequel il faut payer pour adhérer», estime-t-il.


Bethia Tooth a été l'une des premières invitées à participer à un test du FreeBird Club. Son premier séjour, cette résidente du Royaume-Uni l'a fait dans le comté de Kerry, en terre irlandaise. Malgré une arrivée au beau milieu de la tempête Desmond en décembre dernier, Mme Tooth a passé un moment «adorable» en compagnie de ses hôtes de Killorglin. «Ce n'est pas juste un bed & breakfast, témoigne-t-elle. C'est ce qui m'a motivée à rejoindre le club. C'était comme si un ami m'avait présentée à ses propres amis. Je leur ai parlé de ma famille comme eux m'ont parlé de la leur, nous avons bavardé comme des amis d'enfance.»
Si, pour ce premier séjour, Mme Tooth était accompagnée d'une connaissance, elle affirme qu'elle serait ravie de voyager seule, une option qu'elle n'aurait jamais envisagée par le passé. «Mon mari est décédé il y a six ans et avant le FreeBird Club, il ne me serait jamais venu à l'esprit de partir seule dans des endroits inconnus», explique-t-elle.


Ceux qui accueillent bénéficient autant du système que ceux qui voyagent. Beaucoup d'entre eux subissent le phénomène du «nid vide», une fois leurs voyageurs partis, précise M. Mangan. Lors de la phase test du FreeBird Club, Mary et Barry Fairtclough ont loué une chambre de leur maison de Killorglin. Ils ont eu deux visiteurs différents et en ont retiré une «super» expérience. «Tous nos enfants sont à l'étranger, nous sommes retraités et vivons dans un bel endroit. Nous avons pensé qu'il serait intéressant de partager cela avec d'autres», raconte Mme Fairtclough.


Basé sur le même modèle qu'Airbnb, le FreeBird Club permet aux hôtes d'afficher le prix du séjour chez eux. C'est aux hôtes de décider des prix, généralement plus ou moins similaires aux bed & breakfast locaux. Cela procure un revenu supplémentaire, une donnée importante pour les retraités, d'après M. Mangan, car les temps peuvent être difficiles financièrement pour eux. «Beaucoup doivent composer avec des retraites inadéquates, c'est un moyen de monétiser le seul bien que nombre de personnes âgées possèdent, une maison avec un crédit déjà payé», estime-t-il. Mme Fairtclough confie que ces gains les aident et leur permet de tirer un revenu de l'espace libre de leur maison. «C'est un petit pécule en plus, notamment sur nos pensions de retraite», continue-t-elle.


Le FreeBird Club est un business qui répond à un besoin social, c'est cet aspect qui lui a permis de remporter le Concours européen de l'innovation sociale 2016 organisé par la Commission européenne. M. Mangan souligne que la partie commerciale est déterminante pour accroître son efficacité: «C'est une entreprise sociale adaptée à son époque, une entreprise à but lucratif», précise-t-il. Il croit que cela provoquera un plus grand impact: «Pour se développer, le concept doit être rentable afin d'attirer les investissements.» Sans oublier de rappeler que la philosophie de l'impact social «est au centre-même de ce que nous essayons de faire».

 

 

 

 

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