Impact Journalism Day

Société

Un distributeur de bien social pour lutter contre l'exclusion

À Varsovie, un centre d'aide pour les pauvres et les drogués dirigé par Monar. Photo Jerzy Dudek

Mariusz Wojtowicz travaille pour Monar depuis plusieurs années. Fondée il y a près de quarante ans par l'humaniste et psychologue polonais Marek Kotański, Monar est une organisation non gouvernementale qui opère à travers la Pologne. Spécialisée dans la thérapie des addictions et dans la prévention, l'organisme aide les personnes sans abri ou dépendantes à l'alcool ou aux drogues.

Tomasz KRZYZAK | Rzeczpospolita/POLOGNE
25/06/2016

Chaque jour, Mariusz (à l'instar de nombreuses personnes dans le monde) croise des distributeurs automatiques d'eau minérale, de jus et de sucreries. Les distributeurs sont partout. Dans les gares, les aéroports, le métro, les hôtels et les bureaux. La règle est simple : vous insérez une pièce, appuyez sur un bouton et en quelques secondes vous pouvez consommer votre achat. Personne ne se préoccupe du fait que derrière ces simples machines, qui satisfont nos envies, se dressent d'énormes entreprises qui emploient des milliers de personnes et génèrent des millions d'euros de revenus.
«Un jour, je me suis dit que l'on pourrait utiliser ce concept si basique dans notre travail avec les personnes au bord de l'exclusion sociale, qui après avoir reçu des conseils et quitté nos centres développent souvent des difficultés à se réinsérer dans la société», indique Mariusz Wojtowicz.


Mais comment un simple distributeur automatique peut-il aider des personnes qui risquent l'exclusion sociale? Un des éléments du système de soutien élaboré par Monar est la post-réhabilitation, qui forme un pont entre la thérapie médicamenteuse pour les dépendants ou les personnes sans abri et leur réintégration sociale ainsi que leur retour à l'autonomie. En plus de proposer un endroit où vivre, l'élément le plus important du soutien prodigué est de préparer les ex-accros ou ex-sans-abri à être employés. Dans cet objectif, l'organisation mène des projets qui visent à enseigner des compétences sociales et professionnelles et créer de nouveaux lieux de travail. Les personnes traitées dans Monar sont des gens « avec un bagage»: des ex-dépendants, alcooliques ou avec un passif judiciaire. Il est presque impossible pour de telles personnes de trouver un emploi.


«L'inaptitude à retrouver un emploi mène souvent à la dépression et à la rechute, explique Mariusz Wojtowicz. Je me suis dit qu'en utilisant les distributeurs nous pouvions créer une entreprise sociale qui pourrait employer les personnes qui quittent Monar après un traitement réussi. Elles pourraient fabriquer les produits, les livrer aux distributeurs et même faire le travail de maintenance sur les machines.»


Voilà comment le projet «Distributeur de bien social» (en Polonais: «Dystrybutor Dobra» est né. Le projet se fond parfaitement dans la stratégie de l'organisation. L'entreprise sociale se servira de distributeurs d'un magasin en ligne et d'autres canaux de distribution pour dispenser de la nourriture saine et des produits manufacturés par les membres de Monar. Tous les bénéfices seront réinvestis dans le développement futur de l'initiative. En ce sens, le «Distributeur de bien social» soutiendra les personnes présentant des risques d'exclusion sociale.


Problème: Il y a toutes sortes de distributeurs dans les parages, comment distinguer ceux du projet «Distributeur de bien social» de tous les autres? «Eh bien, j'ai eu une idée, révèle Wojtowicz, les distributeurs sont conçus par les étudiants de l'Académie des beaux-arts de Varsovie, qui souhaitaient faire partie de notre projet. Nous voulons que nos machines soient instantanément associées avec le caritatif.»
Mais ce n'est pas tout. Tous les distributeurs, le site Internet et le magasin en ligne auront une «horloge caritative», qui, après chaque achat, montrera immédiatement au consommateur le montant de la «charité sociale» résultant de leur achat et le montant total de cette charité sociale générée par tel distributeur, ainsi que le total de toutes les machines.


«Les Polonais connaissent déjà ce genre d'horloges. Le compteur de dette situé au centre-ville de Varsovie leur montre la dette gouvernementale et à quel point elle augmente. Nous souhaitons inverser cette situation et montrer aux Polonais que leur argent peut aussi faire le bien», précise Mariusz Wojtowicz.
«Un élément important du programme est l'idée d'achat prosocial et de ce que l'on appelle RSC (responsabilité sociale collective)», ajoute ce dernier. «Le concept est simple: au lieu de donner de l'argent directement aux sans-abri faisant la manche dans la rue, nous voulons créer une opportunité pour les gens de faire un don à une organisation qui offre une aide élargie. La responsabilité sociale du business peut être vue dans le partenariat avec les centres commerciaux dans lesquels nous voulons installer nos distributeurs. Le centre commercial participant peut utiliser les machines pour construire sa propre image de marque dans la communauté, en échange de nous autoriser à les placer gratuitement. C'est gagnant-gagnant», affirme-t-il.
Le projet de «Distributeur de bien social» a déjà été repéré en Europe. Il a été choisi parmi les finalistes du concours européen de l'innovation sociale (catégorie Nouveaux Moyens de grandir, il a été sélectionné parmi 1400 participants venus de toute l'Europe). Monar espère installer et commencer à exploiter ses cinq à six premières machines dans les prochains mois à Cracovie, pendant les journées mondiales de la jeunesse en juillet et août 2016. Une opportunité, pour Monar, de montrer que l'on peut faire quelque chose de bien pour l'autre quand on en a la volonté. Monar qui souhaiterait, en outre, développer son «Distributeur de bien social».


Mais l'argent reste un problème. Monar a besoin de 50000 à 60000 zloty (12800 à 15340 USD; 11000 à 13000 euros) pour ses premiers distributeurs, même si l'organisme devrait recevoir une aide financière de l'Union européenne. Pour soutenir le projet, une campagne de financement participatif a commencé sur www.indiegogo.com intitulée «The Social Good Vending Machine». «Nous sommes pleins d'espoir et persuadés du succès de notre projet», confie Wojtowicz, enthousiaste.

 

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Monar, contre les addictions

Monar a été fondé par l'humaniste et psychologue polonais Marek Kotanski dans les années 1970. Il a créé un traitement de l'addiction aux drogues en Pologne basé sur une méthode de thérapie sociale qui inclut l'abstinence totale et le développement personnel. Marek Kotanski a organisé des campagnes sociales et des concerts, faisant la promotion de la vie sans addiction auprès des jeunes.
Dans les années 1990, en ouvrant des centres pour les personnes infectées par le VIH/sida, il a combattu la peur sociale et la stigmatisation liée à cette maladie et a appelé à la solidarité avec les personnes infectées. Marek a créé des centres qui procurent un endroit sécurisé où vivre, des soins médicaux et la possibilité de resocialisation des personnes sans domicile, des alcooliques et des ex-détenus. Marek Kotanski est décédé le 19 août 2002 des suites de ses blessures dans un accident de la route.
Son travail a été repris par ses anciens collègues. Actuellement Monar gère 19 centres de prévention-consultation, deux centres de désintoxication et 12 auberges postréhabilitation.

 

 

 

 

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Un distributeur de bien social pour lutter contre l'exclusion

À Varsovie, un centre d'aide pour les pauvres et les drogués dirigé par Monar. Photo Jerzy Dudek

Mariusz Wojtowicz travaille pour Monar depuis plusieurs années. Fondée il y a près de quarante ans par l'humaniste et psychologue polonais Marek Kotański, Monar est une organisation non gouvernementale qui opère à travers la Pologne. Spécialisée dans la thérapie des addictions et dans la prévention, l'organisme aide les personnes sans abri ou dépendantes à l'alcool ou aux drogues.

Tomasz KRZYZAK | Rzeczpospolita/POLOGNE
25/06/2016

Chaque jour, Mariusz (à l'instar de nombreuses personnes dans le monde) croise des distributeurs automatiques d'eau minérale, de jus et de sucreries. Les distributeurs sont partout. Dans les gares, les aéroports, le métro, les hôtels et les bureaux. La règle est simple : vous insérez une pièce, appuyez sur un bouton et en quelques secondes vous pouvez consommer votre achat. Personne ne se préoccupe du fait que derrière ces simples machines, qui satisfont nos envies, se dressent d'énormes entreprises qui emploient des milliers de personnes et génèrent des millions d'euros de revenus.
«Un jour, je me suis dit que l'on pourrait utiliser ce concept si basique dans notre travail avec les personnes au bord de l'exclusion sociale, qui après avoir reçu des conseils et quitté nos centres développent souvent des difficultés à se réinsérer dans la société», indique Mariusz Wojtowicz.


Mais comment un simple distributeur automatique peut-il aider des personnes qui risquent l'exclusion sociale? Un des éléments du système de soutien élaboré par Monar est la post-réhabilitation, qui forme un pont entre la thérapie médicamenteuse pour les dépendants ou les personnes sans abri et leur réintégration sociale ainsi que leur retour à l'autonomie. En plus de proposer un endroit où vivre, l'élément le plus important du soutien prodigué est de préparer les ex-accros ou ex-sans-abri à être employés. Dans cet objectif, l'organisation mène des projets qui visent à enseigner des compétences sociales et professionnelles et créer de nouveaux lieux de travail. Les personnes traitées dans Monar sont des gens « avec un bagage»: des ex-dépendants, alcooliques ou avec un passif judiciaire. Il est presque impossible pour de telles personnes de trouver un emploi.


«L'inaptitude à retrouver un emploi mène souvent à la dépression et à la rechute, explique Mariusz Wojtowicz. Je me suis dit qu'en utilisant les distributeurs nous pouvions créer une entreprise sociale qui pourrait employer les personnes qui quittent Monar après un traitement réussi. Elles pourraient fabriquer les produits, les livrer aux distributeurs et même faire le travail de maintenance sur les machines.»


Voilà comment le projet «Distributeur de bien social» (en Polonais: «Dystrybutor Dobra» est né. Le projet se fond parfaitement dans la stratégie de l'organisation. L'entreprise sociale se servira de distributeurs d'un magasin en ligne et d'autres canaux de distribution pour dispenser de la nourriture saine et des produits manufacturés par les membres de Monar. Tous les bénéfices seront réinvestis dans le développement futur de l'initiative. En ce sens, le «Distributeur de bien social» soutiendra les personnes présentant des risques d'exclusion sociale.


Problème: Il y a toutes sortes de distributeurs dans les parages, comment distinguer ceux du projet «Distributeur de bien social» de tous les autres? «Eh bien, j'ai eu une idée, révèle Wojtowicz, les distributeurs sont conçus par les étudiants de l'Académie des beaux-arts de Varsovie, qui souhaitaient faire partie de notre projet. Nous voulons que nos machines soient instantanément associées avec le caritatif.»
Mais ce n'est pas tout. Tous les distributeurs, le site Internet et le magasin en ligne auront une «horloge caritative», qui, après chaque achat, montrera immédiatement au consommateur le montant de la «charité sociale» résultant de leur achat et le montant total de cette charité sociale générée par tel distributeur, ainsi que le total de toutes les machines.


«Les Polonais connaissent déjà ce genre d'horloges. Le compteur de dette situé au centre-ville de Varsovie leur montre la dette gouvernementale et à quel point elle augmente. Nous souhaitons inverser cette situation et montrer aux Polonais que leur argent peut aussi faire le bien», précise Mariusz Wojtowicz.
«Un élément important du programme est l'idée d'achat prosocial et de ce que l'on appelle RSC (responsabilité sociale collective)», ajoute ce dernier. «Le concept est simple: au lieu de donner de l'argent directement aux sans-abri faisant la manche dans la rue, nous voulons créer une opportunité pour les gens de faire un don à une organisation qui offre une aide élargie. La responsabilité sociale du business peut être vue dans le partenariat avec les centres commerciaux dans lesquels nous voulons installer nos distributeurs. Le centre commercial participant peut utiliser les machines pour construire sa propre image de marque dans la communauté, en échange de nous autoriser à les placer gratuitement. C'est gagnant-gagnant», affirme-t-il.
Le projet de «Distributeur de bien social» a déjà été repéré en Europe. Il a été choisi parmi les finalistes du concours européen de l'innovation sociale (catégorie Nouveaux Moyens de grandir, il a été sélectionné parmi 1400 participants venus de toute l'Europe). Monar espère installer et commencer à exploiter ses cinq à six premières machines dans les prochains mois à Cracovie, pendant les journées mondiales de la jeunesse en juillet et août 2016. Une opportunité, pour Monar, de montrer que l'on peut faire quelque chose de bien pour l'autre quand on en a la volonté. Monar qui souhaiterait, en outre, développer son «Distributeur de bien social».


Mais l'argent reste un problème. Monar a besoin de 50000 à 60000 zloty (12800 à 15340 USD; 11000 à 13000 euros) pour ses premiers distributeurs, même si l'organisme devrait recevoir une aide financière de l'Union européenne. Pour soutenir le projet, une campagne de financement participatif a commencé sur www.indiegogo.com intitulée «The Social Good Vending Machine». «Nous sommes pleins d'espoir et persuadés du succès de notre projet», confie Wojtowicz, enthousiaste.

 

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Monar, contre les addictions

Monar a été fondé par l'humaniste et psychologue polonais Marek Kotanski dans les années 1970. Il a créé un traitement de l'addiction aux drogues en Pologne basé sur une méthode de thérapie sociale qui inclut l'abstinence totale et le développement personnel. Marek Kotanski a organisé des campagnes sociales et des concerts, faisant la promotion de la vie sans addiction auprès des jeunes.
Dans les années 1990, en ouvrant des centres pour les personnes infectées par le VIH/sida, il a combattu la peur sociale et la stigmatisation liée à cette maladie et a appelé à la solidarité avec les personnes infectées. Marek a créé des centres qui procurent un endroit sécurisé où vivre, des soins médicaux et la possibilité de resocialisation des personnes sans domicile, des alcooliques et des ex-détenus. Marek Kotanski est décédé le 19 août 2002 des suites de ses blessures dans un accident de la route.
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