L’édito de Émilie SUEUR

Et maintenant ? On continue

L’édito
10/05/2016

Oui, il y a de quoi être déçu par le faible taux de participation aux municipales de Beyrouth. D'autant plus déçu que les raisons de voter étaient nombreuses, des relents de la crise des déchets à celle, institutionnelle, qui s'est notamment traduite par l'absence de scrutin depuis six ans.

Oui, le miracle « Beyrouth Madinati » ne s'est pas totalement réalisé, même si une percée est indéniable.

Oui, tout Libanais qui espérait, dimanche soir, que souffle sur la capitale le vent du changement peut avoir un coup de blues.

À partir de là, deux options. Se morfondre, vouer les abstentionnistes aux gémonies, baisser les bras et faire sa valise ou essayer de tirer quelques leçons de ce scrutin.

L'une de ces leçons est que pour que le changement advienne, il faut créer les conditions de son avènement. Et convaincre.

Les conditions, pratiques, de son avènement passent notamment par une réforme du scrutin lui-même.

L'un des moyens de remobiliser l'électorat pour les municipales, scrutin par excellence de la démocratie de proximité, serait indéniablement de permettre une réappropriation par les citoyens de leur propre espace public. Difficile à réaliser quand l'électeur vote en son lieu d'origine et non en son lieu de résidence. Ramener les électeurs aux urnes passe également par un grand nettoyage au niveau du déroulement du scrutin, alors que le nombre d'infractions a augmenté de plus de 100 % par rapport aux municipales de 2010. Des bulletins pré-imprimés à l'établissement de règles strictes en matière de financement des campagnes, en passant par un contrôle du temps de parole des candidats dans les médias et des opérations de dépouillement... tout reste à faire pour instaurer transparence et équité, conditions sine qua non d'un rétablissement de la confiance des électeurs dans le système.

Il ne faut toutefois pas se méprendre : même si le système permettait, pratiquement, l'avènement du changement, nombreux sont les électeurs à ne pas avoir été convaincus par les listes le prônant.

Là se trouve l'autre nœud crucial : convaincre.

Convaincre les jeunes qui se sont mobilisés pour les listes indépendantes, qui ont réinvesti le terrain politique, de ne pas baisser les bras. Le changement, au Liban, ne peut être le résultat d'une blitzkrieg, seulement d'un engagement de longue haleine.

Or du chemin a été accompli, malgré tout, à l'occasion de ce scrutin.

Grâce à la participation de listes indépendantes à ces municipales, les contours d'une alternative se sont profilés ; certains dossiers, des espaces verts à la protection du patrimoine urbain de Beyrouth en passant par la gestion des déchets, sont désormais des têtes de chapitres dans le débat politique.

Le défi, aujourd'hui, est de maintenir la mobilisation.

Lors de la campagne, la tête de liste de « Beyrouth Madinati », Ibrahim Mneimné, avait évoqué, en cas de défaite, la formation d'un conseil municipal fantôme. Heureuse initiative. Et ce d'autant plus que, sous pression, la liste des Beyrouthins s'était réappropriée plusieurs éléments du programme de « Beyrouth Madinati ».

D'élément disruptif, la société civile doit désormais se faire chien de garde. Et rappeler, sans cesse et sans fléchir, à ceux qui se sont proclamés vainqueurs leurs engagements.

Pour ce faire, les représentants organisés de la société civile auront besoin de tous ceux qui veulent le changement. Besoin de leur mobilisation, de leurs actes, de leurs mots. Les municipales à Beyrouth ont été l'occasion d'ouvrir le débat. Aujourd'hui, il est de la responsabilité de tous ceux qui veulent ce changement de continuer de porter le débat partout où ils le peuvent, afin qu'il ne meure pas. Que le souffle ne s'éteigne pas.

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P.-S. En fin de soirée, soit plus de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, le ministère de l'Intérieur se décidait enfin à publier sur son site quelques résultats des municipales. Des « résultats » où seuls les noms des conseillers élus étaient divulgués aux citoyens, sans aucun score. La poursuite de la mobilisation est plus que jamais nécessaire.

 

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Liste de Bâïyroût Mâdînâtî : 31.933 Voix !
Et, deuxième sur la liste, NADINE LABAKI : 31.738 Voix !
BRAVO !
Et pan dans le faciès, de cette "Telle Quelle" de "liste" soi-disant beyrouthine !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

On aurait dit les élections internes du parti "socialiste" français ou celles de celui de Sarkozy !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST QUE LES PARTIES PRETENDUES CIVILES... ON L,A VU AVEC L,HISTOIRE DES DECHETS... LANCAIENT DES SLOGANS POLITIQUEMENT PARTISANS... MANIPULEES... D,OU LE MANQUE DE CONFIANCE EN LES APPARTENANCES DES INDIVIDUS QUI LES FORMENT...

RE-MARK-ABLE

On a pas l'impression qu'on essaye d'arrêter les vagues de la connerie avec les bras ?????

yves kerlidou

Election municipales à Beyrouth: habitants autour de 2 millions, inscrits 467 000 votants 20% donc 84 000 ce qui fait des élus majoritaires à 0,03 % des habitants de Beyrouth quelle belle démocratie !!
Changer le mode de scrutin "obligation de voter sur son lieu de résidence principale "
Mais ne demandez pas aux dirigeants politiques de changer la loi ! vous en connaissez vous des gens qui se tirent des balles dans le pied! on a un bon poste et on le garde quitte à faire des alliances avec le diable

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